Les tribus retrouvées

Selon plusieurs spécialistes*, dans la région montagneuse au nord est de l'Inde, vivent des peuplades appelées "Shinlong" ou ‘’Kuki-Chin-Mizo’’ revendiquant depuis peu leur appartenance au judaïsme et se prétendant les mystérieux descendants de la tribu de Manassé, fils de Joseph. Elles sont estimées entre un et deux millions d'âmes. Les ancêtres des Mizos, autrefois farouches guerriers et coupeurs de têtes, auraient émigré à travers la Chine, puis la Birmanie, pour finalement se fixer à la frontière de l'Inde il y a quelques 200 ans. Depuis 10 ans, environ mille membres de la tribu ont décidé de revenir à l'observance des commandements de la Tora et espèrent retourner un jour sur la terre de leurs des ancêtres, à Sion. Dans le Tanach, il est écrit que le peuple d'Israël viendra aussi du pays des chinois.

Histoire
En l'an 722 avant J.C., exilées d’Israël, les dix tribus ont été déportées vers Babel par les rois d'Assyrie. Après son second exil, en 457 avant J.C, la tribu de Ménassé se réfugia en Perse, sous le règne de Darius et Assuérus. En 331 avant J.C., quand Alexandre le Grand conquit la région, ces tribus ont été exilées en Afghanistan (Pachtoune) et vers d’autres pays, et sont devenus bergers. Puis, suivant la route de la soie, d'Afghanistan, les Ménassé ont migré vers l'est à travers l’Indo-Kouch, jusqu'à ce qu'ils arrivent dans la région du Tibet et de la Mongolie, à la frontière chinoise en –231. De là, ils ont continué à se déplacer jusqu'au centre de la Chine. Les Chinois cruels envers eux, les traitaient comme des esclaves. Du fait de l’influence chinoise, le processus d'assimilation commença. Devant ces pressions, une partie de ces familles se sont échappées et ont commencé à habiter dans les cavernes de la région, dans une terrible pauvreté. Ils ont été alors appelés Shinlong "les hommes des cavernes", ou "hommes des montagnes". Jusqu'à la conquête arabe, ils ont réussi à garder les traditions israélites et un rouleau de la Torah en hébreu. Convertis de force à l'Islam, ils se seraient alors dirigés vers le Siam. Malgré toutes ces pérégrinations, ils auraient gardé le souvenir de leur ascendance grâce à la tradition orale perpétuée par les prêtres, y compris les observations rituelles du culte, jusqu'au début du 19e siècle où les missionnaires britanniques évangélisèrent le nord de l’Inde. Aussi furent-ils tout à fait stupéfaits d’y découvrir des hommes croyant en un Dieu unique et connaissant de longue date les traditions bibliques – ce qui les incita à l’époque à déployer encore plus d’ardeur pour les convertir au Christianisme…

Coutumes et lois
Les pratiques religieuses des Shinlongs sont empreintes d'idolâtrie et de superstitions. Une certaine forme d’expiation était pratiquée sur un oiseau, dont les ailes étaient sacrifiées et ses plumes jetées au vent. Malgré tout, les Ménassé ont perpétué scrupuleusement à travers les siècles l’observation stricte et méticuleuse des dix commandements de la Torah. Les Shinlongs disent obéir au Dieu de Ménashé, appelé Yi'wa, vers lequel ils se tournaient en cas de problème. Ils croyaient en la réincarnation, jeûnent une fois par an pour expier leurs fautes à Kippour et pratiquaient une forme de pureté alimentaire par l'abattage rituel, vidant l'animal de son sang. Leurs fêtes traditionnelles correspondaient aux festivités juives et ils transmettaient de père en fils un poème relatant l'histoire de l'Exode. Le repos hebdomadaire du shabbat est pratiqué. L'incinération n'était pas pratiquée. Ils enterraient leurs morts dans une tombe à côté de sa maison, ce qui est rare dans cet environnement. Ils pratiquaient les règles de pureté et le lévirat (le plus jeune frère devait se marier avec la veuve de son aîné, et nommer son premier-né fils du nom de son frère décédé pour garder le nom vivant). Ils portaient une espèce de tallith avec des franges bleues et purifiaient les lépreux avec une eau de source. L'inceste était formellement prohibé. Toute infraction à cette Loi conduisait à l’excommunication et au bannissement de la tribu.
Concernant le mariage, il se pratiquait entre cousins. Les parents mariaient leurs enfants d'après des accords mutuels entre les deux partis. Par contre, le divorce est interdit quelle que soient les circonstances. Pour l’héritage, les possessions du père revenaient au fils aîné qui prenait en charge la responsabilité de la famille entière. Quant aux femmes, elles n'étaient pas impliquées dans les affaires des hommes. Elles ne devaient porter des vêtements masculins. Elles devaient s'asseoir séparément dans la synagogue (comme c’est pratiqué aujourd'hui) et il était de leur devoir d’honorer leurs maris.
Dans chaque village, suivant sa taille, il y avait un ou deux prêtres,  toujours appelé Aaron. Sa fonction était héréditaire. Un de ses devoirs était de veiller sur la collectivité. Portant une tunique, un manteau brodé attaché avec une ceinture et une sorte de couronne sur la tête rappelant ceux du Grand Prêtre, les prêtres étaient censés être dotés de pouvoirs supérieurs. Ils s’occupaient du culte. Au début de tout rassemblement, le prêtre invoquait une chanson au sujet de l’ancêtre "Ménassé". La tribu célébrait une fête de la circoncision pratiquée avec une "pierre taillée" le huitième jour après la naissance.
En cas de lèpre, le prêtre sacrifiait un oiseau dans les champs. En cas de maladie, le prêtre était appelé pour bénir la personne malade et offrir un sacrifice expiatoires pour qu’elle guérisse . Ainsi, le prêtre tuait un mouton, un oiseau ou une chèvre, et enduisait son sang sur l'oreille, le dos, et les jambes de la personne malade, en récitant des vers du Lévitique en même temps. Pour l'expiation des péchés, un chevreau était offert en sacrifice sur l'autel, dans le temple qu'ils avaient construit. Le sang était répandu sur les quatre coins de l'autel et asperge les organes du repenti ou du malade. Le reste de la viande était mangé par les Ménassé. La vaisselle sacrée du prêtre était en argile, en tissu, en bois, etc.
La prêtrise s’est lentement perdue, faute d’héritiers.

Traditions et religion aujourd'hui
Entre 1854 et 1910, du fait de l'arrivée des premiers missionnaires baptistes américains, le prêtre tribal a perdu son statut et la communauté a été soumise à des influences chrétiennes. La nouvelle génération a oublié l'héritage spirituel de ses pères et aujourd’hui, une certaine forme de christianisme persiste encore. Il y a une trentaine d'années un missionnaire appelé Tanrouma prêcha auprès des Shinlongs le retour à Sion, prédisant leur destruction prochaine s'ils n'abandonnaient pas le christianisme. Il les exhorta à retrouver leurs racines juives en Israël. Dès lors, de petites synagogues appelées "Beit Shalom" où les Ménassé se rassemblent pour shabbat ont été créées localement et les jeunes vont à l'école ORT de Bombay pour se ressourcer dans le judaïsme et apprendre l’hébreu. Une fois terminées leurs études, ils se convertissent au judaïsme et se marient avec d’autres "Bnei Israël".
Récemment, on assiste à un retour de ces « nouveaux Chrétiens » d’origine juive à la Torah, suite aux contacts avec des missionnaires Juifs et à la liberté de culte. Aujourd'hui, les Menassé essaient d'observer les commandements écrits de la Torah, mais ignorent la Loi Orale. Ils se dénomment eux-mêmes les "Juifs du nord-est de l'Inde". Depuis la création de l'État d'Israël, les Ménassé aspirent au retour à Sion.

Alyah
Un centre d’étude de l’hébreu, du judaïsme traditionnel et de l’histoire juive, fondé en 1975 au nord de l’Inde par l’association Amichav du rav Elyahou Avihaï, spécialiste mondial des tribus perdues à Jérusalem, accueille des centaines de Juifs indiens voulant apprendre l’hébreu.
Grâce à lui, quelque 600 à 800 Bné-Ménassé ont déjà émigré vers Israël, notamment dans le Néguev, à Ashkelon et dans le Goush Katif (Névé Dekalim). Ils doivent cependant se reconvertir en suivant une éducation religieuse renforcée. Six à sept mille Shinlongs et Mizos pratiquant déjà le judaïsme halakhique espèrent vivement suivre cette voie du retour. Le gouvernement israélien a d’ailleurs accepté d'en recevoir 3000. Une centaine de personnes arrivent chaque année. Fin mars 2005, le rav Shlomo Amar, le grand Rabbin Séfarade, a décidé de reconnaître les Bné Ménashé comme les descendants des anciennes tribus exilées. Il a envoyé des émissaires en Inde pour les convertir de façon orthodoxe. Des études génétiques comparative portant sur des centaines de sujets ont été effectuées au Technion de Haifa. D'après les premiers résultats, il semble que les gènes moyen-orientaux aient été transmis par les femmes de la tribu.

Des milliers de descendants de la tribu biblique de Ménaché ont finalement pu traverser l’histoire sans se perdre. Après plus de 2000 ans de conquêtes et de brassages avec les populations régionales, les Bné Ménashé ont réussi à maintenir leurs traditions contre vents et marées, certains les conservant de façon continue, les autres les perdant pour mieux les retrouver ensuite…


Noémie Grynberg / Israel Magazine 2005

 

*Rav Marvin Tokayer, Rav Elyahou Avih'ayil, Michael Freund

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Date de dernière mise à jour : 17/02/2015

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