Pardon et renaissance

1992 a marqué le tournant des relations entre la communauté et l’Espagne, 500 ans après l’expulsion des Juifs par Isabelle la Catholique. Le roi Juan Carlos dans un discours mémorable a demandé aux Juifs de son pays de pardonner leur bannissement du royaume sous l’Inquisition. Cette déclaration a permis de tourner une page d’histoire douloureuse et a renforcé l’épanouissement d’une communauté ressuscitée.

Démographie de la communauté juive moderne
La communauté juive d’Espagne est une des plus petites d’Europe. Le nombre de Juifs vivant aujourd’hui dans ce pays est difficile à estimer car beaucoup de ceux arrivés ces dernières années ne se sont pas identifiés ou ne souhaitaient pas être enregistrés dans la communauté. Certains l’estiment à 50.000. D’autres pensent qu’elle oscille entre 20.000 et 40.000.
La majorité de la communauté est sépharade, émigrée de régions hispanophones tels le Nord du Maroc et plus particulièrement les anciennes colonies d’Amérique du Sud (principalement l’Argentine dans les années 1970 et 1980). Les Juifs argentins ont fui leur pays pour échapper à la junte militaire. Ils sont plutôt Ashkénazes. Plusieurs autres vagues de migration post-deuxième Guerre Mondiale venant des Balkans et de différents pays européens, se sont également greffées à la communauté.
Les plus importantes centres se trouvent à Barcelone (la plus grande concentration de Juifs en Espagne : 4.000-5.000 membres), Madrid (3.500 personnes) et Malaga plus petit.
La population de Barcelone est majoritairement composée de familles venant de la première vague d’immigrants revenant en Espagne, qui a pris fin avec l’immigration massive venant du Maroc en 1956. La lente mais solide immigration juive, commencée au siècle dernier, a revitalisé cette communauté après plus de 600 ans d’expulsion de Catalogne, en 1391. Les Juifs de la ville ont particulièrement bien réussi professionnellement dans les domaines de l’édition, de l’architecture et du commerce.
De plus petites communautés sont aussi présentes à Alicante, Benidorm, Cadiz, Granada, Marbella, Majorque, Torremolinos et Valencia.
En 2004, une radio juive par Internet a été créée. Elle émet depuis Madrid et diffuse des informations, de la musique, des interviews, etc.

Vie religieuse
La Fédération des Communautés Juives d’Espagne représente l’institution centrale des Juifs du pays. Elle est composée actuellement de treize communautés traditionalistes et orthodoxes. La FCJE a conclu un accord avec le gouvernement espagnol régulant le statut du rabbinat, de l’enseignement, des mariages, des fêtes, des taxes et de la conservation du patrimoine.
A Barcelone, plusieurs groupes et associations juives actives existent ainsi que dans le reste de la Catalogne. La Communauté Israélite de Barcelone (CIB) représente la population séfarade la plus traditionaliste. Elle compte entre 500-600 familles, 2 synagogues (une sépharade, une ashkénaze situées dans le même immeuble), une petite école, un large éventail d’activités et d’associations, un nombre croissant de fondations et de fédérations ainsi qu’un nouveau champ de recherche académique et de préservation historique. Comme d’autres communautés juives post-deuxième Guerre Mondiale d’Europe, la CIB a reçu un support financier substantiel de la part d’organisations juives nord-américaines afin de reconstruire une communauté traditionaliste.
Avec l’afflux des Juifs d’Argentine moins observants et l’éloignement des jeunes générations nées en Espagne, le besoin de solutions alternatives s’est fait ressentir dans les années 1990. Ainsi, la « Comunitat Jueva Atid de Catalunya” (Atid) est née en 1997. Atid dispose d’un espace plus modeste et d’un budget plus limité que la CIB. La communauté compte à peu près 70 familles et 50 célibataires. Elle dispose d’une vie rituelle, intellectuelle et sociale. Son rabbin, Ariel Edery, est originaire des Etats-Unis.
En plus des deux synagogues, des organisations comme la Fundació Baruj Spinoza et la Federación Judae de España de Barcelone soutiennent des projets éducatifs, religieux et  culturels. Dans les années 2000, le premier Congrès annuel pour les Etudes Juives en Catalogne a été lancé ainsi qu’un Festival annuel du Film Juif.
Des synagogues sont également actives à Alicante, Benidorm, Malaga, Marbella, Séville, Torremolinos et Valencia. De plus, des écoles juives se sont ouvertes à Madrid, Murcia et Malaga.
A Madrid, la nourriture kasher est fournie au centre communautaire.
Des associations telles que la WIZO et le B'nai B'rith existent aussi en Espagne.
Quant à la région de Murcia dans le sud du pays, elle produit des olives kasher qui sont exportées dans le monde entier.

Tourisme juif
Alors que la communauté continue de grossir, le tourisme juif a trouvé à Barcelone une nouvelle escale dans son circuit historique européen. En effet, Barcelone est maintenant devenu une importante vitrine de l’histoire juive avec la réfection de la synagogue médiévale de la ville rouverte en 2002 dans le quartier historique juif. Des informations et des visites guidées en anglais sont disponibles et peuvent être arrangés par l’intermédiaire de l’Heritage Tours.
D’anciennes synagogues peuvent aussi être découvertes à Avila, Bembibre, Caceres, Estella, Montblanc et Séville. Les vieux ghettos, les juderias, peuvent être visités à Besalu, Burgos, Caceres, Gerona, Granada, Hervas, Madrid, Montblanc, Segovia, Séville, Tarazona, Tarragone et Tudela.
A Tolède existe le Musée Sefardi, situé dans la synagogue El Transito, dans l’ancien périmètre juif.
La synagogue de Maimonide peut être visitée à Cordoue et sa statue a été érigée dans l’ancien quartier juif de sa ville natale.
Ces dernières années, Girona a été ajoutée au séjour touristique à cause d’un regain d’intérêt pour la Kabbale. En effet, la ville était un centre d’étude kabbalistique médiéval important et la ville a restauré le vieux secteur juif. Malheureusement, Girona n’a pas de communauté active aujourd’hui.

Antisémitisme
La majorité des Espagnols ne connaît pas de Juif. Leur connaissance de ceux-ci reste très limitée et déformée par les stéréotypes antisémites dont les préjudices persistent jusqu’à aujourd’hui. Une étude menées dans les années 1980 et 1990 a montré que l’image des Juifs en Espagne était ambivalente : des clichés péjoratifs comme l’avarice, la tricherie et le déicide contrastaient avec des appréciations positives comme l’éthique et le sens des responsabilités. Mais, une autre étude menée en 2002 a relevé des résultats moins ambivalents : 34 % des Espagnols révélaient des attitudes antisémites, score le plus haut parmi les dix pays européens couverts par l’enquête.
En 2003-2004, la communauté juive d’Espagne a été confrontée à de nombreux actes de violence et de vandalisme, à des menaces et des insultes. Une délégation de pompiers et une équipe de secours israéliens présents à Barcelone pour concourir aux Olympiades de la police, ont été attaquées en juillet 2003 par des skinheads saouls qui les ont coursés et leur ont crié des slogans antisémites.
Politiquement, l’Espagne possède une longue histoire d’organisations d’extrême droite ouvertement xénophobes et néo-nazies. L’idéologie de ces groupuscules est radicale. Après plusieurs défaites électorales, la formation Frente Español regroupant un large spectre d’extrémistes espagnoles, a tenté d’organiser un retour lors de l’élection générale de mars 2004, sous le slogan “Pour l’unité de l’Espagne.” Frente Español était mené par la Democracia Nacional qui a inspiré le Front National de Le Pen en France. Trois autres partis phalangistes ont également concouru lors des élections. Heureusement, l’extrême droite n’a pas de représentation parlementaire à ce jour. Aucun parti radical n’y a gagné de siège.
En mars 2004, la police madrilène a annoncé que la violente branche néo-nazie espagnole Hammerskin Nation a été démantelée, ses armes confisquées et ses membres arrêtés.
A la même époque, après les attentats de Madrid qui avaient fait près de 200 morts et 1.400 blessés, il y a eu une recrudescence d’actes antisémites. En avril 2004, la police espagnole a découvert un complot terroriste à l’instar des explosions meurtrières de la capitale. Les terroristes planifiaient des attaques imminentes contre deux cibles juives dans les envions de Madrid. Cette menace a longtemps effrayé la communauté.
A Barcelone, un monument commémorant l’Holocauste a été profané deux fois, en mai et juin 2004. Dans le même intervalle, lors d’un match de football à Madrid, entre le Real Madrid et l’Atletico de Madrid – des spectateurs portant des insignes de swastikas ainsi que d’autres emblèmes nazis ont déroulé une longue banderole sur laquelle on pouvait lire “Juifs, bâtards.” Personne n’est intervenu malgré les lois anti-racistes espagnoles. Cette tendance a continué dans la seconde moitié de 2004.
En 2005, une controverse a éclaté à Barcelone à propos de manuels scolaires. Les autorités éducatives de la ville ont promis de revoir le livre d’un enseignant de secondaire qui prétendait que les barrières de sécurité israéliennes en Judée-Samarie présentaient “beaucoup de similitudes avec le génocide Nazi.”
Seule une intellectuelle espagnole, Pilar Rahola, a combattu l’anti-sémitisme en proclamant "Yo acuso!" (J’accuse !). Cette femme a en effet reproché aux gauchistes et intellectuels leur anti-sémitisme rampant et leur anti-sionisme à propos du conflit israélo-palestinien.

 


Noémie Grynberg 2008

 

5 votes. Moyenne 5.00 sur 5.

Commentaires (8)

Haim Shiran
  • 1. Haim Shiran | 18/02/2011

je cherche l'adresse de la communaute juives de madrid et aussi k'adresse et les telephone du Rabbin Benito Garson qui etait le grand Rabbin D'eapagne

lellouch stephan
  • 2. lellouch stephan | 24/02/2011

merci de me communiquer les coordonnées d'une personne qui parle français (si possible)à la communauté juive de Malaga car je compte m'y installer avec mon épouse et éventuellement acheter un petit appartement dans les meilleures conditions - Cordialement - SL

mihal vaknin
  • 3. mihal vaknin | 20/09/2011

peut etre pourriez m'aider?je viens d'apprendre le deces de ma cousine qui habitait a Denia...j'ai compris qu'elle va etre enterree a Denia dans un cimetiere non juif...y a t'il une autre possibilite?Alicante??
merci

telemaque
  • 4. telemaque | 19/01/2012

Il y a une chose que je ne comprends pas et qu'on pourra peut-être m'expliquer sur ce blog. Depuis des siècles, depuis près de 2000 ans les Juifs ont milité et agi avec un grand enthousiasme pour avoir une patrie en disant qu'ils étaient un peuple et depuis 1948 ils ont eu le bonheur de voir s'accomplir leur rêve, la création de l'Etat d'Israël ; alors pourquoi de nombreux Juifs vont s'installer en Espagne d'où ils ont été chassés depuis 500 ans au lieux d'aller vivre en Israël. Je connais de nombreux Juifs et chaque année ils disent "l'an prochain à Jérusalem" que je traduis par leur désir d'aller vivre dans leur patrie qu'ils ont fini par obtenir après tant de siècles d'espérance. De même, en France, je ne vois pas beaucoup de Juifs quitter le pays pour s'installer définitivement en Israël. Si vous pouvez, expliquez-moi. Merci.

Toumi Souad
  • 5. Toumi Souad | 16/07/2012

Je suis doctorante en archéologie. Ma thèse de doctorat sur les juifs en Tunisie. Je vous demande une bibliographie sur la relation entre les juifs de Tunisie et les juifs d’Espagne. Aussi, je besoin d’avoir la relation entre eux –si possible-.

albeert   levy
  • 6. albeert levy (site web) | 10/10/2012

REPONSE A TELEMAQUE; EN CE QUI CONCERNE LES JUIFS QUI AU LIEU D ALLER S INSTALLER EN ISRAEL, LE FONT EN ESPAGNE, IL EST BON DE SAVOIR QUE LE JUIF SEFARDI EST DEPUIS DES GENERATIONS TRES LIES A SEFARAD, QUE EN HEBREU VEUT DIRE ESPAGNE. LES SEFARDITAS OU JUIFS DE CULTURE , TRADITION , VALEURS, ET MEME LANGUE JUDEO- ESPAGNOLE, SE TROUVENT CHEZ EUX EN ESPAGNE, ET CE MEME CINQ SIECLES APRES L INQUISITION. L ESPAGNE C EST POUR NOUS LES JUIFS SEFARDITAS NOTRE DEUXIEME PATRIE. DEPUIS TOUJOURS, LES JUIFS SEFARDITAS ONT COLLABORE A L ESSOR ET AU BIEN ETRE ESPAGNOL. JE SUIS ESPAGNOL, JE SUIS SEFARDITA, JE SUIS JUIF, EST JE SUIS FIER D ETRE LES TROIS A LA FOIS. SHALOM ET PAIX A NOUS TOUS , SANS RACISME, SANS ANTISEMITISME, SANS NOUS ARRETER A VOIR NOTRE RELIGION , NI NOTRE COULEUR DE PEAU. TOUT HOMME A LE DROIT DE VIVRE SELON SES CROYANCES ET SES VALEURS, DANS NOTRE ESPAGNE DEMOCRATE.VOUS AVEZ DEMANDE UNE EXPLICATION, VOILA JE VOUS L AI DONNE. JE VOUS SUGGERE DE REFLECHIR SUR CETTE QUESTION. AVE C TOUTE MOM AMITIE.

Charly Dahan
  • 7. Charly Dahan | 27/12/2012

Je suis nee au maroc a Rabat de religion juive ,de parent marier sous la loi du marshal CASTILLION ,je suis americain de nationalite ,je voudrais avoir des information plus detaillee pour faire le necessaire pour recuperer ma nationalite espagnol de mes ancetre sefarade venant d espagne
En attente de voter repose je vous remercie

Jean-Paul
  • 8. Jean-Paul | 21/01/2015

Désolé si mon post est un peu hors sujet, je ne sais pas trop sur quel site écrire.
Jusqu'à il y a peu, je ne savais pas de manière certaine que j'avais des ancêtres juifs, des portugais plus précisément, des Duarte et des Texeira Da Motta qui ont fuit l'Inquisition au 17ème siècle vers toutes les Indes possibles.

Certains sont allés au Brésil, où l'Inquisition n'était hélas pas tout à fait absente, d'autres ont rejoint l'Ecosse ou l'Italie et d'autres encore ont débarqué aux Indes orientales et plus tard à La Réunion où, de génération en génération, le souvenir de leur judéïté s'est presque perdu, presque car malgré tout transmis dans la tradition orale de certaines familles.

J'ai dû quitter La Réunion avant l'âge de deux ans et je n'ai jamais réussi à me sentir vraiment chez moi ici ni là. Je me trouvais donc quelques affinités historiques avec le peuple Juif. Au hasard de mes lectures, j'en ai découvert et apprécié des aspect de l'esprit et de la culture...

Un jour, je venais de guider une visite dans un château du sud ouest de la France et un homme qui avait suivi la visite avec sa petite famille m'a demandé "Est ce que vous êtes juif ?", et à ma dénégation, il a répondu "Eh bien vous auriez pu l'être !" Ca m'a fait tellement plaisir que j'en pleurais presque. Moi qui avais tellement souffert d'être rejeté de toute part (juste à cause d'une structure mentale atypique, tout prétexte est bon pour se faire rejeter...)

Tout ça reste assez largement symbolique et fantasmatique dans ma vie, mais c'est loin d'être sans importance. L'amour de l'humanité qui est profondément ancré au coeur de la culture juive, je l'ai vu et il me plait.

A tous, shalom.

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 04/10/2013

×