Suivez le guide de la gestapo à Paris

Ach, le ‘’Gross Paris’’!… Ses beaux quartiers, ses hôtels luxueux, ses boîtes de nuits, ses ‘’cholies mademoizelles’’. Rue Lauriston, rue des Saussaies, rue Bassano, rue de la Pompe, avenue Foch, hôtel Ritz, Crillon... Autant de lieux prestigieux aux noms évocateurs. Et pourtant. ces chics arrondissements de Paris portent la trace sombre des pires heures de la collaboration. Visite guidée dans ce Paris de la Gestapo.

Le 14 juin 1940, Paris est déclarée ‘’ville ouverte’’ et les troupes allemandes victorieuses défilent dans la ville descendant d’un pas martial les Champs Elysées.
Le général Von Stutnitz, 1er commandant du Grand Paris s’installe à l’hôtel Crillon  tandis que les drapeaux à croix gammées commencent à flotter de la Tour Eiffel à l’Arc de Triomphe. On avance les horloges d’une heure. C’est le début de l’Occupation.
Très vite, la Gestapo (Geheime Staatspolizei) police secrète du Troisième Reich créée par Hermann Goering et composée de SS triés sur le volet, s’installe et étend ses pouvoirs. Cette seule appellation donne encore froid dans le dos, synonyme de terreur, de violence, de tortures et de mort.
En France comme partout ailleurs en Europe, la Gestapo a comme tache première la répression. Elle dispose de pouvoirs très étendus et pratique des méthodes expéditives (exécution, torture). Son action se concentre sur la chasse aux opposants (politiques, résistants) et aux Juifs. A Paris, le siège de la Gestapo se trouve au 84 avenue Foch dans le 16e arrondissement.

Ce 14 juin 1940, les Parisiens peuvent entendre, diffusé par les haut-parleurs de camionnettes l’appel suivant :
‘‘Le Haut Commandement ne tolèrera aucun acte d’hostilité envers les troupes d’occupation. Tout sabotage et toute agression seront punis de mort. Le couvre-feu est fixe a 20 heures’’.
Parmi les détachements qui se répartissent dans Paris, on remarque les uniformes de la Geheime Feldpolizei, la police secrète de campagne. Cette nuit-la, descendent à l’hôtel du Louvre des hommes qui seront les premiers policiers de l’Occupation, embryon de la Gestapo. Ce Kommando autonome à mission spéciale est commandé par  Helmut Knochen. Celui-ci va s’efforcer d’élargir ses attributions en occupant successivement  l’hôtel du Louvre puis  l’hôtel Scribe, ensuite 57, boulevard Lannes et enfin 72, avenue Foch, dans le 16e arrondissement.
Son principal adjoint, le S.S. Sturmbannfurer (commandant) Boelmelburg, s’installe au 11, rue des Saussaies dans le 8e arrondissement. Cette adresse, près de l'Elysée, devient le quartier général de la Gestapo. Là, les questions étaient ponctuées de coups, d'immersions la tête la première dans une baignoire d'eau froide  et de coups de nerf de boeuf  renforcé par une tige d'acier flexible.

Les différents organismes de l’occupation allemande s’installent dans les beaux quartiers de Paris. Ainsi, à l’Hôtel Lutétia, 45 bd Raspail dans le 6e arrondissement, siège l’Abwehr, le service de contre-espionnage allemand.
L’échelon régional de la Propaganda Abteilung, service chargé des relations avec la presse française (Propagandastaffel), est, quant à lui, sis au 52 Ave des Champs-Elysées 8e arrondissement.

Après que l'armistice a rendu le pillage légal, les Allemands favorisent le marché noir en profitant du taux de change léonin et des sommes colossales payées par Vichy au titre des frais de l'armée d'occupation. Ils ouvrent ainsi plusieurs bureaux d'achat, dont le stupéfiant "bureau Otto", du nom d'un agent de l'Abwehr, Otto Brandl; ses officines réalisent des affaires incroyables, achetant quasiment tout ce qui peut être écoulé vers le Reich. A Paris, ces bureaux d’achat servent de couverture commerciale à l’activité de l'Abwehr, notamment ceux du 14 rue du Colonel Moll  et 25 bis rue de Constantine dans le 7e arrondissement, du 12 rue de Presbourg et du 101 ave Henri-Martin dans le 16e arrondissement.

Le général Thomas, représentant du chef de la police de Sureté pour la Belgique et la France choisit d’ouvrir ses bureaux au 57, boulevard Lannes. A cette adresse se retrouvent et se rencontrent les suppôts de la collaboration : Eugène Deloncle dissident de l’Action française, spécialiste des milices et des complots, Marcel Deat qui vient, lui, du parti socialiste et qui crée son parti RNP (le Rassemblement national populaire), Jacques Doriot, ancien communiste, chef du PPF (Parti populaire français). D’autres groupes collaborationnistes viennent compléter le tableau : le Parti franciste de Marcel Bucard, le Front franc de Jean Boissel, ‘’Feu ‘’ de Marcel Delaunay, le Parti français national-collectiviste de Pierre Clementi, les jeunes de l’Europe nouvelle de Marc Augier, la Ligue française de Pierre Costantini, sans oublier le Comite France-Allemagne de Georges Scapini et les cercles ‘’Collaboration’’ d’Alphonse de Châteaubriant.
Tous ces gens, boulevard Lannes, deviennent les conseillers politiques du général Thomas.

Le 9 mai 1942, Hitler institue un Höhere S.S. und Polizeifuhrer en France, Karl Albrecht Oberg. Chef suprême à Paris, Grand maître de toutes les polices en France, Karl Oberg est chargé d’assurer la liaison entre Himmler et les autorités allemandes en France ainsi qu’avec le gouvernement de Vichy. Il établit ses bureaux au 49 rue de la Faisanderie dans le16e arrondissement.
Jusqu'à la fin de la guerre, Karl Oberg tiendra bien en main ses services, un ensemble composés de 7 bureaux. D’après Jacques Delarue dans son ouvrage ‘’Histoire de la Gestapo’’(Fayard) : ‘‘La section IV déterminait quelles étaient parmi les personnes arrêtées celle qui devaient être jugées par le tribunal militaire siégeant 11, rue Boissy d’Anglas (8e) et celles qui devaient être déportées sans jugement’’. Sa sinistre besogne consiste également dans le choix des otages à fusiller par représailles. Les Français travaillant pour la Gestapo font partie de cette section IV. Ils siègent au 48, rue de Villejust, service de tueurs recrutés en général pour les enlèvements et les assassinats. Autre bureau de cette fameuse section IV B4 : le Juden-Referat, service de la Gestapo préposé aux Juifs dirigé par Dannecker qui reçoit ses ordres directement d’Eichmann. Établi au 31 bis ave Foch , dans le 16e arrondissement, il est impliqué dans la planification et la mise en œuvre de la ‘’Solution Finale’’ contre les Juifs de France.
La Gestapo, à coté de ses propres services, crée une police spéciale franco-allemande qui ouvre ses bureaux dans les locaux de l’ancien Joint américain au 19 rue de Téhéran dans le 8e arrondissement.

Sous l'Occupation, les autorités allemandes s’appuient donc sur des truands français pour leur confier le travail de basse police et les tâches les plus viles. Munis d'une carte allemande, ces voyous sont intouchables. L'essentiel du Milieu, dont la ‘’bande des Corses’’ du Bd Flandrin dans le16e arrondissement et des malfrats de très haute volée fréquentent la rue Lauriston ou la rue des Saussaies. Le QG de ce qu'on appelle la "Gestapo française" se trouve au 93 de la rue Lauriston dans le 16e arrondissement. Ce quartier général est dirigé par le truand Henri Lafond et un policier véreux et déchu Pierre Bonny. Racket, marché noir, prostitution, la bande de Bony et Lafont rend des services au Tout-Paris, traque les Juifs et les résistants. Ainsi, à cette adresse, lieu de triste mémoire, siége l'officine où des Français torturent et exécutent d'autres Français. Au 180 rue de la Pompe 16e arrondissement existe également un autre lieu de torture du même genre.

Quartiers prestigieux, luxe, marché noir et débauche tel est le ‘’Gross Paris’’ de l’occupation. La visite terminée, n’oubliez pas ces lieux de mémoire.

 
Israel Magazine / Noémie Grynberg 2006

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Commentaires (9)

Lavergne G
  • 1. Lavergne G | 02/07/2010
Merci de ces précisions 70ans + tard je ne peut
oublier.j'ai 64ans et tant appris sur ce sujet
il y a 45ans j'étais sous off en Allemagne mes 2 grds pères sont morts pour ça
noel
  • 2. noel | 19/07/2010
je vient de voir le film, la ralf,je savait que les gendarme et la police francaise avait colaboré avec la gestapo, en 1942, mais je suis outreé , voir dégouté des autorité francaise, qui on donner les sien, au allemand.HONTE A LA FRANCE? HONTE A LA GENDARMERIE FRANCAISE ET SA POLICE. traite , lache. dire que maintenant il joue les fiere, pour vous mettre des pv.HONTE D ETRE FRANCAIS et honte a la REPUBLIQUE francaise. PETAIN éTAIT UN ENCULER
Jack77
  • 3. Jack77 | 04/10/2010
Noel, je comprends ta douleur, mais ne peut accepter ton message. Non , pas honte à la France. Ma famille, comme tant d'autres, résista et paya le prix de l'honneur. Non, je n'ai pas honte d'être français,mais j'ai honte que des français ce soit conduit en tortionnaires.
Aujourd'hui, j'ai honte que des français se conduisent comme des chasseurs de roms, tsiganes, gens du voyage, sans-papiers,... comme à cette triste époque et je suis avec beaucoup de français en Résistance à cette politique que l'on croyait disparue.
artesarikas
  • 4. artesarikas | 01/12/2010
bonjour je fais un travail sur la libération de paris et j'ai une question. savez vous si encore un de ces lieux cités ci dessus sont aujourd'hui visitables?
merci bcp de me répondre

Artemis
jacques goguy
  • 5. jacques goguy | 28/12/2010
Se glorifier de faire la chasse aux délinquants, ce n’est pas le rôle du ministre, vous ne faite que votre devoir.
Protéger des voyous de votre administration, cela fait de vous un coupable ; vous devez immédiatement démissionner sans salaire, et être jugé pour les mêmes crimes que les individus impliqués dans ce courrier.

Jacques Goguy.
2, rue du Fief de la croix.
79330 St-Varent.
Tél. 05 49 67 68 03.

St-Varent le 17 décembre 2010.

Monsieur Brice Hortefeux ministre de l’intérieur.
Place Beauvau.
75008 Paris.


Objet : des criminels de votre administration sont en liberté !
Lettre en recommandé avec avis de réception.


Monsieur le Ministre,

J’ai adressé plusieurs courriers à votre ministère, pour vous signaler que des individus de votre administration, des criminels impliqués dans une très grosse affaire d’escroquerie, ces voyous sont en liberté. Je vous demande si vous protégez ces crapules.

Les individus en question, un ancien contrôleur général de la police Suire, son fils, commissaire divisionnaire en activité à Paris, et la plus grande crapule de la police française Guillot, ancien commandant de police, cet individu m’a drogué pour me dépouiller de mes biens.

Vous êtes intervenu sur un jugement en faveur de sept policiers, qui ont accusé un automobiliste d’avoir renversé un policier lors d’un contrôle routier. Pour cette fausse accusation vos agents ont été condamnés à six mois et un an de prison ferme. Je pense que le juge a été clément.

Le faux témoignage article 434-14 du Code pénal.
Modifié par Ordonnance n°2000-916 du 19 septembre 2000 - art. 3 (V) JORF 22 septembre 2000 en vigueur le 1er janvier 2002
Le témoignage mensonger est puni de sept ans d'emprisonnement et de 100 000 euros d'amende :
Je suis surpris, de votre intervention sur une décision de justice, c’est une preuve qu’il n’y a pas de séparation des pouvoirs.
Victime des voyous de votre administration, je vous demande à faire en sorte que mes droits soient respectés, mes biens restitués rapidement. Au cas contraire, je vous accuserai de complicité de malfaiteurs.
Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur de Ministre, mes très respectueuses salutations.
Jacques Goguy.
Pour plus d’informations avec google voir affaire goguy.

Pascal Lagrandeur
  • 6. Pascal Lagrandeur | 07/09/2011
Merci à votre site qui m'a permis d'aller me recueillir devant le 84 de l'Avenue Foch là où mon grand-père fût torturé par les Allemands après son arrestation et celle de ses collègues à la Préfecture de police. Mon grand-père, Camille Lagrandeur avait participé aux activités de résistance d'un réseau situé au sein même de la Préfecture de police. Son chef de réseau, Arsène Poncey (nom de code Capitaine Lapeyrouse) fût déporté et mourût en captivité.
Caroline Reys
  • 7. Caroline Reys | 24/11/2011
Article intéressant et bien documenté qui m'a permis de nourrir un travail de rédaction.
Yagil, Limore
  • 8. Yagil, Limore | 26/12/2011
Bonjour
Il importe aussi de mentionner qu'en France 3/4 des juifs , c'est à dire environ 220.000 juifs ont eu la vie sauve, grâce à l'aide de nombreux citoyens de toutes les classes sociales, des religieux et des laiïques. A lire notre étude:
Limore Yagil, La France terre de refuge et de désobéissance civile 1936-1944: l'exemple du sauvetage des juifs, Edit du Cerf 2010-2011, 3 tomes, 1200p.
Il est temps que Yad Vashem mentionne cet ouvrage de référence, qui analyse les modalités de sauvetage, et qui mentionne à la fois les personnes reconnues comme Justes et ceux qui n'ont pas eu la médaille mais qui ont pris des risque pour secourir des juifs, et ceci dès 1940.
Limore Yagil, historienne HDR
molay
  • 9. molay | 08/12/2013
Bonjour

Vous dites n’oubliez pas ces lieux de mémoire (de la France ).Vous pouvez faire le tour du monde madame l'aura de notre pauvre planète remferme que des atrocités .Vous dites cela de la France combien de judéens et de judéennes travaillent dans les diverses télévisions .les médias ,les artistes ,les hommes politiques ect .Vous contrôlez presque tout dans le monde ....Que voulez vous de plus ...Vous avez la clef d'or de votre avenir c'est à dire faites aux autres ce que vous voudriez que l'on vous fasse .Fraternellement
Un Rosicrucien

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