Eliyahu Eric Bukobza, peintre de l’identité juive multiple

Le peintre israélien d’origine tunisienne, Eliyahu Eric Bukobza, a présenté à l’exposition United Colors of Judaica, organisée par le Musée du Peuple Juif à Tel-Aviv, des toiles axées sur le passé et le présent, l’ancien et le nouveau, l’anachronique et le contemporain, l’Orient et l’Occident. L'occasion pour l'artiste d'évoquer son travail sur les questions d’identité ethnique, religieuse, culturelle et nationale.


Après des études de pharmacie, pourquoi vous êtes-vous tourné vers l’art ?
- En réalité, on nait artiste. J’ai toujours dessiné, été proche du monde de l’art. Mais je ne pensais pas en faire un métier. Comme tout fils de mère juive, j’avais l’option entre médecin ou avocat. J’ai choisi pharmacie, tout en continuant une activité artistique comme hobby. En 1989, le magazine israélien de décoration « Binyan & Diour » a publié à sa Une, un de mes tableaux peint pour mon intérieur. Du coup, nombre d’amateurs m’ont appelé pour acheter cette toile. A 32 ans, je me suis alors inscrit dans une école d’art de Tel-Aviv : Kalisher (aujourd’hui fermée). Pendant une dizaine d’années, j’ai poursuivi mes deux activités en parallèle. Depuis 5 ans, je me consacre exclusivement à la peinture.

Comment qualifiez-vous votre style ?
- L’idée est d’avoir le sien propre. Je n’appartiens à aucune école. Mais j’ai des affinités avec celle de l’art Naïf, le douanier Rousseau, Matisse ou les peintres israéliens du 20e siècle comme Nahum Goldman ou Réouven Rubin. En fait, j’introduis de la peinture Naïve (colorée, attrayante) dans l’art contemporain, à savoir dans des sujets non traités par les Naïfs. Je suis motivé par les motifs cachés contrairement aux précédents. J’ai à la fois un regard extérieur et une attitude critique.

Vos tableaux sont très colorés. Que symbolise pour vous la couleur ?
- Nous vivons dans un environnement saturé d’images (publicité, télévision). Il faut donc attirer le regard. Pour cela, j’utilise plusieurs techniques dont celle des couleurs qui font partie de la manipulation avec le public.

Quelle technique utilisez-vous ?
- Cela dépend des idées. Je mélange technique traditionnelle (huile sur toile, aquarelle) avec des procédés modernes (acrylique, ordinateur). J’emploie plusieurs peintures dans un même tableau - ancre et aquarelle, huile et acrylique – pour les nuances et une vision plus contemporaine. Je me sers aussi d’impression digitale.

Quelles sont vos sources d’inspiration ?
- Je n’en ai pas véritablement. Je peins des sujets en rapport avec ma vie, mon existence.

Qu’exprimez-vous à travers vos toiles ?
- Je définis mes œuvres comme de l’art contemporain juif, une exploration de l’identité juive multiple à l’heure du multiculturalisme. Aussi, mes tableaux se lisent-ils à Bar mitzvaplusieurs niveaux, comme la complexité de la vie. Une image en cache une autre, tel un jeu. Je m’en sers pour soumettre le spectateur à mes idées. J’effectue un travail sur le narratif. J’insinue des messages, dans un langage contemporain moins direct que l’écrit, qui permet l’ambivalence. Je tente ainsi de gérer les contradictions de mon identité plurielle en me mettant en scène dans mes tableaux.

Que signifie à vos yeux l’exposition United Colors of Judaica ?
- Je l’ai spécialement conçue pour le Beit Hatfoutsot. C’est une commande du Musée. Elle traite de l’identité, du rapport au pays, du conflit israélo-palestinien. Ici, la démarche artistique est ancrée sur la généalogie, la famille du peuple juif. Mais au-delà, elle traite de racisme, de politique, de genre mais aussi d’immigration – des questions universelles qui intéressent tout le monde, pas seulement les Juifs.

Comment définissez-vous votre propre identité ?
- Ma judéité fait partie de mon patrimoine culturel, de mon identité. Ma signature de même : Eliyahu est mon nom juif, Eric mon nom français et Bukobza mon nom oriental. Je possède donc une identité multiculturelle : francophone et israélienne ; juive et laïque ; de gauche et pacifiste. Je vis la culture israélienne, américaine, française et orientale au même niveau. Je ne fais pas de hiérarchie, ni de préférence. Je tente de créer une harmonie entre des parties qui ne ‘’collent’’ pas, de les intégrer, pas de les renier.


Noémie Grynberg / Israpresse 2015

 

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Date de dernière mise à jour : 27/09/2015