Marcel Nakache : le regard photographique d’un plasticien

Un besoin irrépressible de raconter des histoires, de s’évader, de voyager conduit l’artiste Marcel Nakache tout au long de sa création visuelle.

Qu’est-ce qui vous a attiré vers l’image ?
Marcel Nakache : Tout a commencé par le cinéma qui me faisait rêver et imaginer toutes sortes d’aventures lorsque j’étais gosse. Ma vocation était évidente : cinéaste je serai ! Je m’y suis préparé en aimant, en écoutant, en parlant beaucoup, en observant sans cesse, en riant toujours. J’ai étudié le cadrage dans la vraie vie, celui qu’on retrouve dans mes photos, dans mes documentaires. Les musées m’ont offert des cours particuliers en me dévoilant en une image les plus grandes leçons de cinéma. J’ai donc fait des films, surtout des commandes, des pubs, quelques court métrages, pas encore de long, mais l’envie est toujours là, omniprésente, de jouer avec la lumière des projecteurs et celle des sentiments. Quand on dit ‘’moteur’’, ma vie commence. La passion des histoires, des images, de la fiction, des gens de tous les jours, de la vie, m’anime et m’offre une vie formidable que je partage en famille avec mes proches.

Comment êtes-vous passé de l’image en mouvement à l’image fixe ?
M. N. : Ma forme d’expression visuelle est la photographie plasticienne. Il y a quelques années, j’achevais un film documentaire sur les artisans marocains et à sa sortie, j’avais du mal à le quitter car pendant un tournage, on vit un partage en mode autarcique avec l’équipe. J’avais un très fort désir de m’attacher aux personnages qui avaient jalonné mon chemin. En isolant des photogrammes, j’ai prolongé ce film. J’ai donné naissance à une série de portait sous forme de vidéographies, en fait mes premières photos plasticiennes. C’était ma première expérience artistique d’images fixes et surtout, exposées en galerie, avec du public... Depuis, je crée des images, je les manipule, je les retrace, les redessine pour raconter encore d’autres histoires, dans une totale indépendance qui favorise une vraie liberté de ton, d’initiative.

Que cherchez-vous à exprimer dans votre travail ?
M. N. : Dans la série réalisée en Israël en 2009, entre Tel-Aviv et Jérusalem, j’ai écrit des histoires en images. J’ai cherché à exprimer une immense toile humaine avec des gens qui s’aiment, se détestent, se quittent, se rejoignent. C’est comme une chanson, parfois un cri de douleur, parfois un unisson, un abîme, l’accouchement d’une vie parallèle, un monde à part, une autre dimension. Chaque tableau est une composition dans laquelle des rencontres fortuites se télescopent. Les villes sont transfigurées. Personnages à part entière, elles dépassent leur rôle de décor. Elles enveloppent les héros en devenir d'une ambiance souvent chaotique, dans un mélange de perspectives, de quartiers, de couleurs et de lumières revisités. A Tel-Aviv, j’ai joué sur des personnages et des contrastes architecturaux saisissants. Si mes racines influencent mes œuvres ? Mes images de Jérusalem et de Tel-Aviv parlent toute seules.

Quels sont vos liens avec le judaïsme, Israël ?
M. N. : J’ai été élevé dans la tradition. Je me sens très juif. Les rites m’émeuvent car ils me rappellent mes parents et l’amour dont j’ai été entouré. J’aime ces coutumes parce qu’elles cimentent notre identité, parce qu’elles sont diverses, qu’elles sont un trait d’union entre toutes nos origines diasporiques. Pour moi, c’est un peu comme la musique juive. Même en étant sépharade, on se reconnaît en elle quand s’il s’agit de musique yiddish. Mon lien avec Israël est très fort, poignant, indéfectible depuis toujours, vivace dans ma réflexion quotidienne, comme juif et aussi comme homme. Mais je peux être critique, aussi parce que je suis juif.

Quelle est votre prochaine  actualité?
M. N. : Fin mars, j’ai la joie et l’honneur de présenter mes photos plasticiennes sur Tel-Aviv et Jérusalem pendant toute la durée du Festival du Cinéma Israélien au Cinéma des Cinéastes, dans le 17° arrondissement de Paris. Dans la foulée, j’ai une autre exposition début avril à Saint Germain-des-Prés, organisés par les Ateliers Ephémères, autour de la même œuvre avec également d’autres images réalisées en Inde, au Rajasthan. Je prépare aussi un aménagement de mon travail réalisé à New York en 2010, à l’Ecole Nationale du Paysage de Blois, prévue en automne 2011.
Et j’ai un projet ambitieux d’une installation monumentale à Tel-Aviv que je ne peux détailler pour le moment car je n’en suis qu’aux prémices.


Noémie Grynberg 2011

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