Meira Mimouni ou la peinture ‘’sociale’’

Artiste israélienne, Meira Mimouni est une tsabarit. Elle a grandi avec le pays et a vécu les drames de son histoire. Aujourd’hui ses tableaux dépeignent la réalité de la vie quotidienne israélienne comme autant d’instants immobilisés, une mosaïque de situations figées dans le mouvement.

Le parcours de Meira Mimouni se révèle lentement évolutif, suivant son développement propre. Après des études d’arts manuels à Tel-Aviv, elle enseigne les émaux auprès de la municipalité de Ramat Hasharon pendant 5 ans. Elle commence à exposer son travail d’émail en 1985, d’abord aux Etats-Unis. Vingt ans plus tard, elle expose à nouveau, dans une galerie de Tel-Aviv, mais cette fois il s’agit de toiles. Depuis, elle présente chaque année ses derniers tableaux tout en continuant à enseigner le dessin. Parallèlement, l’artiste crée aussi des bijoux. En 2005, Meira Mimouni obtient la reconnaissance en tant que peintre puisque le Musée d’Art Moderne de Cologne en Allemagne lui achète une ouvre.
Sa récente exhibition intitulée ‘’Regards’’,  présentée en mars dernier au Collège Académique de Netanya, a attiré des nombreux amateurs.

Meira Mimouni peint surtout des personnages dans la vie courante. Des instants volés dans l’existence d’inconnus croisés au hasard. Les scènes sont à la fois proches et distantes. Un univers réaliste et social en écho à la société, aux situations ordinaires, transposé en art.

Qu’est-ce qui vous a d’abord poussé vers le monde de la création ?
Meira Mimouni : J’ai passé une licence en Histoire de l’art et un diplôme d’enseignement. Ensuite pendant 30 ans, j’ai créé des bijoux tout en enseignant les émaux puis du dessin.
Comment êtes-vous passée des bijoux à la peinture ?
M. M. : Un jour de 1999, en envoyant la photographie d’un de mes bijoux pour un concours international, les responsables m’ont demandé de joindre un croquis. Or jusque là, je n’avais jamais dessiné. Plutôt que de le donner à réaliser par quelqu’un d’autre, j’ai relevé le défi en m’inscrivant à l’Institut d’art Avni de Tel-Aviv. J’y ai appris très sérieusement la peinture. Depuis, c’est devenu mon moyen d’expression. C’est un amour tardif.
Quels procédés privilégiez-vous ?
M. M. : L’acrylique sur toile principalement car j’aime ce qui sèche rapidement.
Quels thèmes vous inspirent ?
M. M. : Les sujets sociétaux comme les cafés, les sportifs, les femmes battues, les enfants, les laissés pour compte mais aussi des vues d’ensemble que j’ai intitulé ‘’vues de haut’’ comme si je regardais la scène d’un point élevé. J’aime peindre des séries car un tableau ne suffit pas seul à exprimer ce que je sens. J’ai ainsi réalisé une série sur les joueurs de tennis de Roland Garros, une autre sur les relations mères/enfants ou encore sur la maltraitance. Je suis surtout inspirée par les scènes que je vois dans la rue, mais aussi par un match de sport retransmis à la télévision ou par une histoire vécue.
Que cherchez-vous à raconter dans votre peinture ?
M. M. : Mon style est réaliste. C’est comme si je tendais un miroir au public pour qu’il se voit dans toutes les situations même déplaisantes comme dans la série sur les femmes battues. On lit mes émotions dans mes tableaux. Je donne beaucoup. A cause des difficultés de la vie en Israël en général et de la mienne en particulier (j’ai perdu mon premier mari en 1973 pendant la guerre de Kippour), chaque toile me fait du bien, à moi et aux autres aussi. En même temps, je suis quelqu’un qui se protège, qui garde ses distances. Je n’entretiens pas les liens.
Quelles attaches avez-vous avec le judaïsme, Israël ?
M. M. : Mon père, originaire de Pologne, m’a transmis son amour du judaïsme et de la tradition. Cela reste très important pour moi. Ils font partie de ma vie. Quant à mon lien avec Israël, je suis née et j’ai grandi dans ce pays. Je n’ai vécu que 8 mois à l’étranger, à Paris. Toute ma vie, je l’ai passée ici.
Vous considérez-vous comme une artiste engagée et pourquoi ?
M. M. : Tout à fait. Parce que j’aime les gens, j’aime aider.
Comment le public réagit-il à vos toiles ?
M. M. : Certains en ont le souffle coupé. En général, le public les apprécie beaucoup bien que certaines soient dures, à ne pas accrocher dans tous les salons. Chacun y trouve quelque chose de lui-même.
Quels sont vos projets à l’avenir ?
M. M. : Continuer ma série sur les cafés puis en commencer une autre sur les jeunes. Poursuivre les tableaux ‘’sociaux’’.


Noémie Grynberg 2011

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