Baruch Benacerraf : la révolution de la greffe sans rejet

Immunologiste d’origine vénézuélienne, Baruch Benacerraf est spécialiste des lésions macroscopiques et microscopiques des tissus. Ses recherches sur les gènes régulant les réponses immunitaires et la mise en évidence de leur rôle dans les maladies auto-immunes lui ont valu le Prix Nobel de médecine en 1980.

Baruch Benacerraf est né en 1920 dans une famille séfarade originaire d’Afrique du Nord installée à Caracas au Venezuela. En 1925, la famille quitte le Venezuela et s'établit à Paris. Mais à cause de la Seconde Guerre Mondiale, les Benacerraf repartent au Venezuela avant d’émigrer finalement aux Etats-Unis. Baruch rentre à l’Université Columbia où il obtient sa licence en Sciences. Fort de son diplôme, il choisit d'étudier la biologie et la médecine. Mais les universités américaines imposent alors un numerus clausus aux étrangers et aux Juifs. En dépit d'un excellent dossier scolaire à Columbia, ce n’est que grâce à l’intervention personnelle d’un ami que Baruch Benacerraf est reçu en médecine à l'université de Virginie, seule faculté à l’accepter. En 1942, à peine en première année de médecine, le jeune étudiant est enrôlé dans l'armée américaine. L’année suivante, il est naturalisé citoyen américain et se marie à Annette Dreyfus, une française rencontrée à l'Université.
Baruch est nommé Premier Lieutenant dans le Corps Médical de l’Armé américaine en 1946. Il est envoyé en Allemagne puis en France, à Paris d'abord, à Nancy ensuite pendant deux ans. Là, Benacerraf prend la tête d'une unité médicale à l'hôpital militaire de la ville. Démobilisé en 1947, il décide de s’orienter vers une carrière en recherche médicale. Il choisit l'immunologie et s’intéresse en particulier au mécanisme d'hypersensibilité. Souffrant d'asthme bronchique étant enfant, Baruch a développé une profonde curiosité pour les phénomènes allergiques.

Ayant obtenu une bourse, Benacerraf devient chercheur à l'Université Columbia en 1948. L’année suivante, Baruch accepte un poste au C.N.R.S. de Paris, dans le laboratoire de l'Hôpital Broussais. Pendant six ans, il se consacre à l'étude de l’ensemble des cellules fabriquant des éléments du sang. Il développe des techniques pour l'observation du passage des particules dans l’hémoglobine. Mais au bout de six ans de recherches à Paris, le scientifique américain comprend qu’en tant qu’étranger en France, il lui est  difficile de poursuivre sa carrière et de fonder un laboratoire indépendant. En 1956, il ne trouve plus de structure à Paris qui lui permette de travailler et de s'établir à son compte. Il décide donc de retourner aux Etats-Unis où il est nommé Professeur adjoint de pathologie de la New York University School of Medicine qui l’aide à développer son propre laboratoire et à soutenir sa recherche. De 1956 à 1961, Benacerraf travaille sur l'hypersensibilité cellulaire immunitaire et ses maladies complexes, l’hypersensibilité allergique et la structure des molécules de défense de l'organisme. Cette période se révèle particulièrement favorable au développement de l'immunologie. De nombreux spécialistes collaborent aux recherches avec enthousiasme. Parallèlement, Benacerraf enseigne et devient directeur de recherche pour les étudiants boursiers. Dans son laboratoire, il lance des études en immunogénétique. Il observe l’effet des antigènes (substance étrangère à l'organisme capable de déclencher une réponse immunitaire visant à l'éliminer) sur les mammifères et découvre que leur réactivité est contrôlée par des gènes (segments d'ADN). Cette étude donne l’occasion à Benacerraf de mieux comprendre les mécanismes comme celui du taux de compatibilité entre deux organes ou tissus, qui permet à une greffe d'organe ou de cellules de ne pas être rejetée. Cette affinité dépend des patrimoines génétiques du donneur et du receveur.
Malgré ses recherches passionnantes, Benacerraf languit le monde universitaire. En 1970, Baruch se voit offrir la chaire de pathologie comparative à la Harvard Medical School. Avec le doyen de la faculté, il y initie avec beaucoup de succès un programme interministériel d'immunologie de troisième cycle. Benacerraf poursuit ses observations sur les gènes immunitaires et leur rôle de régulation ainsi que sur les phénomènes d'immunosuppression.
Ses travaux fondamentaux lui valent une avalanche de récompenses et de nominations prestigieuses. En 1972, il est élu à l'Académie Américaine des Arts et Sciences et en 1973 à l'Académie Nationale des Sciences des Etats-Unis. La même année, il est également promu Président de l'Association américaine des immunologistes, puis un an plus tard, Président de la Société américaine de biologie expérimentale et de médecine. Il reçoit le prix de la recherche en immunologie et en cancérologie de l'Université hébraïque de Jérusalem en 1974.
En 1980, Benacerraf devient Président de l'Union Internationale des Sociétés d'Immunologie. Il est nommé Président de l'Institut Sidney Farber contre le cancer, poste qu’il garde jusqu’en 1992.
Dans la même année, le savant obtient enfin la consécration pour ses travaux de recherche. La plus prestigieuse des récompenses, le Prix Nobel de Médecine, le couronne pour sa découverte majeure du complexe de compatibilité des gènes du système immunitaire.

Son parcours ne s’arrête pas là. Benacerraf reçoit encore de nombreuses distinctions parmi lesquelles : Doctorat honoris causa ès Sciences à l’Université Virginia Commonwealth et à l’Université de New York (1981), à la Yeshiva University (1982), à Columbia (1985), à Harvard (1992) et à l’Université de Bordeaux (1993).
Il est élu à l'Institut de médecine en 1985 et obtient le prix Rous-Whipple Award de l'Association américaine des pathologistes.
Le lauréat du Prix Nobel de physiologie reçoit aussi le Diplôme honoraire de Docteur en philosophie à l’Institut Weizmann de Rehovot (1989). En 1990, Benacerraf se voit également décoré de la Médaille nationale des sciences pour ses contributions au monde de la médecine.

 
Israel Magazine / Noémie Grynberg 2009

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