Mario Moshe Levy, précurseur de l'agriculture biologique en Israel

Mario Moshe Levy Il y a environ 40 ans, désappointé par la forte dépendance de l'agriculture aux pesticides, Mario Levy a débuté ses expériences bio-organiques au kibboutz Sde Eliyahu dans le nord de la vallée du Jourdain. Le fermier voulait que le secteur primaire revienne aux lois de la nature. Il a donc commencé à éviter d'utiliser des produits chimiques synthétiques pour aider les cultures à rester en bonne santé. Le projet a tellement eu de succès que le ministère israélien de l'Agriculture l'a chargé de la mise en œuvre de ses méthodes biologiques à travers le pays.

A la naissance de l’Etat, il y a 70 ans, une des préoccupations prioritaires d’Israel était l’autosuffisance alimentaire. L’agriculture s’est donc tout de suite révélée primordiale. Petit à petit, le pays s’est lancé dans la production intensive, basculant d’une culture locale à une industrie exportatrice. Mais cette évolution a eu un cout écologique et un impact environnemental. Aussi, depuis quelques décennies, des pionniers du bio ont exploré de nouvelles voies. C’est le cas de Mario Levy qui a cherché voilà plus de 40 ans des solutions naturelles non pesticides à la lutte antiparasitaire contre certains insectes des plus nuisibles.

De l’agriculture intensive l’agronomie biologique
Mario Moshe Levy est né en 1924 en Italie. Il est élevé dans une famille sioniste pratiquante. Jeune, il émigre en Palestine et s’installe au kibboutz religieux Sde Eliyahu, établi en 1939 dans la vallée de Beit Shéan, dont il devient membre fondateur. Il étudie à l'école agricole Mikveh Israël de Holon. Fort de sa formation, il coordonne et développe le secteur primaire du village collectiviste pendant de nombreuses années.
Dans les années 60, les fermiers du kibboutz font face à diverses maladies touchant les champs. Les solutions conventionnelles de l'époque consistaient simplement à pulvériser et pulvériser encore, à substituer une lutte antiparasitaire à une autre, à ajouter des engrais pour favoriser la croissance et à choisir des espèces durables. Pour Mario, cela n'a aucun sens. Il n'est pas satisfait des résultats à court terme et non durables.
Aussi voyage-t-il en Suisse où il apprend les principes de base de l'agriculture biologique. Le fermier en revient ravi et enthousiaste. Il teste, expérimente et cherche alors des invertébrés bénéfiques qui pourraient aider à maintenir une agriculture plus respectueuse. De la sorte, Mario lance sa ferme expérimentale en 1974.
Au bout de 35 ans d’un très long processus, le kiboutznik donc décide d’abandonner le travail avec des produits chimiques conventionnels, dangereux pour la santé et l’environnement. Ce choix de développer le bio, de le faire progresser en Israël et dans le monde reste le moment le plus significatif de sa vie. D'ailleurs, d’autres agriculteurs rejoignent bientôt les efforts du cultivateur.
Une de ses innovations a été de trouver des prédateurs naturels pour combattre certains organismes déprédateurs. Ces insectes sont introduits dans les cultures, contrôlant biologiquement les populations de nuisibles aussi efficacement que les pesticides nocifs, tout en aidant à réduire la quantité de produits chimiques dans les fruits et légumes.
Par ailleurs, Mario Levy a aussi développé de solutions biologiques de pollinisation naturelle. Ainsi le Bombus, ou simple bourdon, a présenté pour l'agriculture en serre naissante d'Israël une solution à l'un de ses problèmes les plus insolubles : la pollinisation en milieu fermé. Au lieu que les ouvriers pollinisent les serres à la main, le Bombus se charge de transporter le pollen par n'importe quel temps et sans manquer une seule fleur.
Ainsi, désirant plus largement préserver la planète et ses habitants, Mario Moshe Levy s’est engagé à promouvoir, guider et mettre en œuvre les fondements de l'agriculture biologique, ce qui a grandement contribué à sa croissance et à son développement dans le pays. ’Il faudra quelques générations pour réparer les dommages que nous causons au monde avec des produits chimiques’’, convenait-il.
Maintenant, 44 ans plus tard, le précurseur est reconnu comme le pionnier du bio en Israël. "Quand j'ai dit que j'allais faire de l'agriculture organique, tout le monde pensait que j'étais fou", riait-il.
En fait, Levy voyait une connexion directe entre sa foi juive, son style de vie religieux et son travail. La Mitsva de protéger la santé humaine a toujours été un principe directeur pour lui. "J’ai découvert que l'agriculture conventionnelle est une tragédie pour la terre. L'approche juive nous oblige à nous préoccuper du bien-être humain, à prendre soin de nous et de notre santé, et selon mon opinion, l'agriculture biologique fait précisément cela", disait-il

Une reconnaissance nationale et internationale
Mario Levy a apporté une contribution remarquable au domaine de l'économie rurale en tant que fondateur en 1982 de l’Association de l'agriculture Bio-Organique d'Israël (IBOAA), qui définit les normes et directives dans ce domaine, fournit assistance aux professionnels pour l’exportation de leurs produits et initie des contacts avec des acheteurs et des organisations à l'étranger. En reconnaissance de son travail, l’agronome a reçu le prix de la Fédération internationale du Mouvements des Organisations agricoles et du Conseil des plantes. Enfin, l’Université Bar-Ilan lui a décerné un doctorat d’honneur.
La compréhension visionnaire de Levy a par-là servi à davantage sensibiliser les consommateurs, en stimulant la demande de produits biologiques en Israël et au-delà. En tant que co-fondateur et ex-chef de l’IBOAA, Mario a pu étendre sa mission à de grands distributeurs alimentaires comme Agrexco, une société d'exportation agricole du Carmel, qui envoie maintenant des avions pleins de poivrons et de tomates bio dans des villes comme New York, Chicago et Miami. IBOAA
Le nom de Mario Moshe Levy est aussi devenu une légende parmi les grands cultivateurs internationaux, les petits agriculteurs et les jeunes étudiants des universités américains. En effet, du fait de son expérience de l'agriculture biologique industrielle, capable de fournir la quantité de nourriture nécessaire dans des régions à forte population, les grands producteurs industriels américains ont fait venir Levi aux États-Unis comme consultant.
Inversement, son expertise a attiré au kibboutz des bénévoles américains - plus de 150 par an - qui espéraient travailler aux côtés de la légende dont ils ont entendu parler. Mais la plupart du temps, ce sont de jeunes Israéliens curieux de son savoir qui venaient apprendre avec Levi.
Ainsi grâce à lui, le bio est devenu l'un des secteurs les plus dynamiques de l'agriculture en Israël. Aujourd'hui, 400 paysans exploitent environ 6000 hectares de plantations organiques.
Durant plus de 70 ans, Mario Moshe Levy, décédé début mars, a consacré sa vie à l’agronomie du pays. Le précurseur du bio en Israel laisse derrière lui un important héritage écologique pour les générations à venir.


Noémie Grynberg / Israel Magazine 2018

Aucune note. Soyez le premier à attribuer une note !

Ajouter un commentaire

Vous utilisez un logiciel de type AdBlock, qui bloque le service de captchas publicitaires utilisé sur ce site. Pour pouvoir envoyer votre message, désactivez Adblock.

Date de dernière mise à jour : 20/09/2018

×