Juifs de Perse

Les Juifs d’Iran sont les descendants des déportés de Sion, les réfugiés du premier exil. Ils forment l'une des plus anciennes diasporas. L’histoire juive est ainsi devenue indissociable de la Perse, en témoignent les méguilot d’Esther et de Daniel ou les livres des prophètes.

L’origine de la présence juive en Perse remonte à déportation des Hébreux de Samarie et à la destruction du 1e Temple de Jérusalem par Nabuchodonosor, roi de Mésopotamie, vers 586 avant l’ère chrétienne. Nombre de Juifs s’installent alors à Ispahan, surnommée Yahudiye.

Lorsque le roi Cyrus (556 à 530 avant J.-C.) autorise les Juifs à retourner en Judée devenue une province de l’Empire perse, certains préfèrent rester en exil. C’est sous le règne d’Assuérus, fils de Cyrus, que se déroule l’épisode de Pourim, entre 486 et 465 avant J.-C. Le tombeau de Mardochée et d’Esther se trouve à Hamadhan. Jusqu’à la révolution iranienne de Khomeiny en 1979, le mausolée était un lieu de pèlerinage pour les Juifs du Moyen-Orient. La tombe du prophète Daniel se trouve également à Soussa, près de la frontière actuelle avec l'Iraq.

Sous les Achéménides (550 à 330 avant J.-C.), les Séleucides (305 à 64 avant J.-C.), puis les Sassanides (224 à 651 après J.-C.), les communautés juives se développent et prospèrent. Avec l’islamisation graduelle de la Perse à partir du 7e siècle de l’ère vulgaire, apparaissent parallèlement plusieurs communautés karaïtes (courant refusant la loi orale et le judaïsme rabbinique) parmi les Juifs de la région. Ces derniers sont soumis au statut de dhimmi (sujet non-musulman discriminé comme sujets de seconde zone dont la situation est humiliante), ce qui n’affecte pas leur dynamisme économique dans l’artisanat (tissus, teinture, orfèvrerie). Le développement du commerce avec Bagdad fait apparaître une nouvelle classe de riches marchands juifs à Chiraz et Ispahan. Au 10e siècle, les Juifs rentrent dans les métiers d’usure et de banque. Ils deviennent des acteurs importants auprès des califes et vizirs. En 1258, l’invasion de la Perse par Hulagu Khan, petit-fils du mongol Gengis Khan, marque la fin du califat arabe abbasside dont la capitale était Bagdad. Le nouveau maître instaure la liberté de culte et l’égalité entre les sujets. Les Juifs participent aux affaires de l’Etat et certains deviennent très influents au niveau politique et économique. Au 13e siècle se développe, sur le plan artistique, une riche littérature judéo-perse.

Mais au 15e siècle, cette embellie prend fin et le pays retombe dans l’intolérance religieuse et le fanatisme. Les Juifs en payent les frais. Un siècle plus tard, sous la dynastie Safavide, les 30.000 Juifs de Perse sont victimes de persécutions. Au 17e siècle, ils sont même forcés à se convertir et deviennent des ‘’nouveaux musulmans’’ selon l’appellation consacrée. Les synagogues sont condamnées ou transformées en mosquées. Une sorte de marranisme se développe alors. Ce n’est qu’au milieu du 18e siècle que les Juifs retrouvent un peu de calme, avant de nouvelles discriminations sociales imposées par les Kajars, dynastie d’origine turque. Sans compter les famines et les épidémies. En 1873, la communauté juive d’Iran, mal structurée, compte 40.000 personnes, considérées comme des étrangers malgré leur présence séculaire. La mortalité est élevée vu les conditions de vie précaires. Les Juifs parlent le djoudi, un mélange de persan et d’hébreu.

A la fin du 19e siècle, l’Alliance israélite universelle s’implante en Iran et fait un très bon travail éducatif auprès des jeunes. Au début, les rabbins sont méfiants et voient d’un mauvais œil cet enseignement laïc. Les écoles, réparties à travers le pays, connaissent un certain succès. Elles accueillent des centaines d’élèves, garçons et filles. Le rayonnement de l’Alliance est reconnu par les autorités iraniennes. Il permet d’améliorer le statut de la femme et le niveau d’hygiène. Jusqu’en 1926, l’enseignement se fait surtout en français, à 70% du temps scolaire, mais aussi en persan et en hébreu. Ainsi, les écoles de l’Alliance israélite universelle permettent le développement social et culturel et la diminution des persécutions et humiliations des Juifs d’Iran. Mais parallèlement, la présence de l'Alliance Israélite Universelle et de l'ORT aurait aussi entraîné une grande assimilation, la diminution de l'encadrement religieux traditionnel et un développement des mariages mixtes.

Jusqu’au début du 20e siècle, les ghettos juifs sont pauvres et le niveau de vie des habitants assez bas car la plupart des métiers leur sont interdits. Les mariages précoces et la polygamie sont encore courants dans la communauté à cette époque. Le statut de la femme est déplorable.

En 1934, sous Reza Shah, fondateur de la dynastie Pahlavi, l'Iran établit son propre consulat à Jérusalem. A la veille de la Seconde Guerre mondiale, en 1938, une nouvelle loi interdit aux Juifs d’accéder à la fonction publique. Ils sont exclus de l’administration. En 1940, le ministère iranien de l’instruction publique décrète l’ouverture obligatoire des écoles juives le samedi et leur fermeture le vendredi, jour férié officiel du pays. La propagande antisémite s’intensifie. Quelques réfugiés juifs polonais arrivent en Iran à cette période et sont accueillis par la communauté locale. Pendant de la Seconde Guerre mondiale, les Juifs iraniens sont privés de leurs droits civiques.

Jusqu’en 1948, l'Iran est le pays oriental comptant la plus grande communauté juive : 95.000 âmes. Depuis l’indépendance de l'Etat d'Israël, le sionisme y a été actif. Selon les statistiques de l'Agence juive, jusqu'en 1968, une première émigration partielle de 55.000 Juifs aurait quitté le pays. Actuellement, il en resterait encore 25.000, vivant principalement à Téhéran, Chiraz et Ispahan. Dès le 11 mars 1949, le Shah d'Iran s'oppose aux pays arabes en reconnaissant Israël et en entretenant de bons rapports diplomatique, économique et militaire avec l’Etat hébreu. Une coopération fructueuse unit les deux pays jusqu’à la révolution islamique de 1979.

Mais depuis la montée de mollahs au pouvoir, la situation des Juifs s’est à nouveau considérablement détériorée. L’ancienne ambassade d’Israël a été transformée en ambassade de Palestine. Le président de la communauté juive de Téhéran a été exécuté pour cause de sionisme. Dix ans plus tard, en 1999, 13 Juifs iraniens ont encore été accusés d’espionnage au profit d’Israël et des Etats-Unis, crime passible de la peine de mort.

Le rapport de la Commission des droits de l'homme de 2000 sur les discriminations raciales, révèle que ‘’les Iraniens de confession juive doivent accomplir deux années de service militaire, mais ils ne peuvent être promus aux grades supérieurs de l'armée ni y faire carrière. Contrairement aux citoyens musulmans, les citoyens iraniens de confession juive doivent impérativement subir un interrogatoire approfondi ainsi que d'autres tests pour obtenir un passeport. La minorité juive d'Iran est la seule qui, pour quitter le pays, doit obligatoirement transiter par l'aéroport international Mahrabat. Outre leur nom de famille, tous les Iraniens de confession juive ont, apposée sur leur passeport, la mention « Kalimi », qui les identifie en tant que Juifs. Il est absolument interdit aux citoyens iraniens de confession juive de se rendre en Israël. Les lignes téléphoniques d'un certain nombre de citoyens iraniens de confession juive sont mises sur écoute. Les jeunes citoyens juifs qui atteignent l'âge du service militaire ne peuvent quitter le pays au cours des mois qui précèdent l'appel sous les drapeaux. Les écoles juives d'Iran sont sous administration musulmane et ont par conséquent perdu leur caractère juif, comme le démontre notamment l'obligation faite aux enfants juifs de se rendre à l'école le samedi, jour du sabbat. Les manifestations d'antisémitisme et de discrimination religieuse en Iran sont on ne peut plus flagrantes lorsque des citoyens juifs sont accusés de maintenir des liens avec leurs parents vivant en Israël.’’

Depuis 2005, le gouvernement conservateur du président Mahmoud Ahmadinejad oblige les Juifs à proclamer publiquement leur soutien au régime de Téhéran et de se désolidariser d’Israël à travers toutes sortes de manifestations encadrées.

Deux mille cinq cents ans plus tard, la haine d’Aman envers les Juifs semble restée intacte au pays d’Assuérus.


Noémie Grynberg 2008

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