L'année 1942

Tournant tragique dans les événements de la Shoah, l’année 1942 reste une date funeste pour le destin de millions de Juifs d’Europe et particulièrement de France. Elle marque en effet la première mise en application des décisions de la Conférence de Wansee (20 janvier 1942) appelées ‘’Solution Finale’’, qui entraînera le début des rafles systématiques, dont celle du Vel d’Hiv à Paris.

Les premiers changements radicaux et des vexations supplémentaires apparaissent : port de l’étoile jaune obligatoire pour un repérage plus facile en zone nord, lois et décrets interdisant aux Juifs la fréquentation des parcs et lieux publics, restriction des transports en commun (dernier wagon du métro réservé uniquement aux Juifs), aryanisation des commerces avec la nomination de gérants français.

Cette année voit également le début de la collaboration étroite entre Vichy et l’Allemagne sur ‘’le problème juif’’. C’est Laval en personne qui met la police française au service de la Gestapo et autorise - fait nouveau - la déportation des enfants de moins de 16 ans, des femmes, des vieillards et des malades. Ce sont les premiers convois de la mort.

Pour finir, l’invasion de la zone libre en France et le début des rafles en zone sud noircissent encore le tableau déjà bien chargé.

Les déportations
La décision politique infamante des autorités allemandes, relayée par l'administration française, imposant la déportation des Juifs de France et d’Europe vers les camps de la mort, est concomitante du début des grandes rafles de 1942.

Toute la machine infernale faisant suite à la conférence de Wannsee sur la ‘’Solution Finale’’ est en marche : délation, dénonciation, collaboration aidant ainsi à la déportation par les autorités locales d’enfants et de familles entières.

Face à ce plan de destruction massive et planifiée, les organisations juives se mobilisent et créent des réseaux de résistance, destinés surtout au sauvetage des enfants. Ses différentes sections travaillent sans relâche sous l’égide de leurs chefs idéalistes dont Denise Gamzon, figure historique qui nous a quittés récemment.

Parallèlement, au sein de la population française, seuls quelques simples citoyens et des membres du clergé se révoltent contre l’injustice et la barbarie. N’ayant perdu ni leur dignité ni leur sens moral, ils vont, au péril de leur vie, aider à sauver des Juifs de la tourmente et de la mort. Ce sont les Justes des Nations auxquels Yad Vashem rend régulièrement hommage pour leurs actes courageux.

La rafle du Vel d’Hiv
A l’origine, le Vélodrome d’Hiver était un terrain sportif couvert, avec une piste cyclable incurvée en bois pour les courses qui s’y déroulaient.

L’idée de réquisitionner cet endroit comme lieu de rassemblement n’était pas nouvelle. En effet, en 1937, le Vel d’Hiv avait déjà servi à des réunions politiques. En 1939, on y rassembla les opposants ressortissants allemands, et en 1940, les femmes juives allemandes en transit vers les camps du midi de la France.

Dès le 15 juillet 1942, certains policiers français et agents de la SNCF font savoir qu’une rafle se prépare. L’opération ‘’vent printanier’’ débute en effet le 16 juillet 1942 à 4 heures du matin et se poursuit jusqu’au soir du 17 juillet. La rafle du Vel d’Hiv marque le symbole officiel du vichysme antisémite.

Quelques Parisiens préviennent les Juifs des rafles. Certains les cachent. La police française n’est pas seule à y être impliquée. Les pompiers y sont également associés. Malgré les rumeurs, personne ne veut croire à cette histoire de rafle. A cette époque, le quartier du Marais est essentiellement habité de petits commerçants juifs. Ainsi, il est facile de trouver au moins une à deux familles juives par immeuble.

Mais l’Histoire est pleine de rebondissements. En effet, en 1948, à l’occasion de la création de l’Etat d’Israël, la communauté juive et les mouvements de jeunesse célébrent l’événement dans ce même lieu du Vel d’Hiv qui, 6 ans plus tôt avait été le départ vers la mort de milliers de Juifs. Belle revanche que d'entendre la Hatikva et de voir flotter le drapeau bleu et blanc dans ce lieu hanté de fantômes. Cette fois, l'étoile devient symbole d'indépendance et de fierté.

Cependant, il faut attendre les années 70 pour que les survivants osent commencer à parler, à demander des comptes, à briser le silence. Certains des témoins de ce ‘’jeudi noir’’, rescapés ou enfants de rescapés commencent à raconter leur expérience personnelle : ceux qui ont été pris, ceux qui ont miraculeusement échappé, ceux emmenés en autobus ou à pied, ceux qui ont pu se sauver, ceux qui rappellent également les actes de résistance de certains fonctionnaires français. Pour tous, ce drame reste intimement lié à leur histoire, à leur vécu.

En 1993, le Président François Mitterrand signe un décret instituant le 16 juillet journée nationale commémorative des persécutions racistes et antisémites. Et enfin, en 1995, Chirac prononcera son fameux discours reconnaissant la responsabilité du gouvernement Vichy dans la déportation des Juifs français.

Aujourd’hui, grâce à l’initiative du MJLF et du Rabbin Daniel Fahri, chaque année pour le Yom Ha Shoah, une cérémonie a lieu devant la plaque commémorative du Vel d’Hiv et le nom de chaque disparu est lu. Cette commémoration incarne un aspect important du devoir de mémoire et rappelle la nécessité de transmettre aux jeunes générations ce lourd patrimoine historique.

Depuis quelques années, à l’occasion de cet anniversaire, chaque 16 juillet, une cérémonie organisée par Aloumim a lieu à Yad Vashem, dans la Vallée des Communautés, pour commémorer la mémoire des 12.884 victimes de la rafle du Vel d’Hiv, dont 4.051 enfants.

Parmi les centaines de participants, de nombreuses personnalités sont présentes : l’Ambassadeur de France en Israël, Madame le Consul de France à Tel-Aviv, le représentant des Français à l’étranger, la conseillère principale de la direction de Yad Vashem et le Président des Anciens de la Résistance Juive de France.

La cérémonie d’hommage solennel comprend des témoignages, des chants, la lecture des noms des disparus, le Kadish (prière pour les morts) et l’allumage de bougies du souvenir dans la vallée consacrée à la France.

L’accent est mis sur deux aspects : le devoir de mémoire des survivants pour les générations nouvelles et la transmission de cette tragédie historique pas apprise dans les livres ou à l’école mais au sein de sa propre famille. Le flambeau doit être à présent transmis à la 2e et 3e génération.

Comment penser la Shoah soixante ans après ? Cette question récurrente, la deuxième et la troisième génération se la posent constamment. De quelle façon l'aborder, réagir ? Chacun tente de trouver sa propre réponse face au problème de la transmission de l’impensable, de l’indicible : les uns en effectuant un voyage de pèlerinage, d’autres en devenant éducateurs, formateurs ou enseignants.

Certains rescapés de la Shoah ont justement voué toute leur vie au devoir de mémoire c'est-à-dire à celui de transmettre leur expérience personnelle en témoignant. C'est le cas d’Imre Kertesz, qui vient de recevoir le prix Nobel de littérature 2002 pour toute son oeuvre consacrée justement à cette tâche. Une belle victoire sur l’Histoire, en somme !


Noémie Grynberg 2002

 

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Commentaires (3)

jean-pierre duvivier
  • 1. jean-pierre duvivier | 08/10/2008

je ne suis pas juif mais catholique
mais je suis un inconditionnel du soutien aux juifs peuple courageux

nelly sitbon-bibas
  • 2. nelly sitbon-bibas | 17/07/2012

Clair, interessant,detaille sans remplissage.Merci

roulenski
  • 3. roulenski | 13/06/2013

à jean-pierre duvivier
le chien laiche la main de son maitre

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