Entre archéologie et orthodoxie : un conflit d'intérêts

migdal.jpgL’archéologie en Israël se révèle si intense qu’il faut souvent de nombreuses fouilles successives pour mettre à jour les trésors innombrables laissés par les différentes époques historiques. Il ne se passe pas un chantier de construction de route, de tunnel, de lotissements sans que les ouvriers ne tombes sur des vestiges anciens. Cela n’est pas sans poser certains problèmes d’ordre religieux.

Les fouilles n’ont pas toujours posées problème dans l’Etat hébreu. Au début de sa création, l’archéologie revêtait un intérêt nationaliste pour légitimer le retour des Juifs sur leur terre ancestrale. Personne ne semblait s’opposer aux recherches sur le terrain, à la mise à jour de vestiges anciens. Jusqu’au cours des années 80, les excavations archéologiques sont menées de manière relativement sereines. Mais au cours du temps, l’idéologie sioniste a évoluée et la répartition démographique de même. Les laïcs ne dominent plus sans partage le pouvoir et les orthodoxes sont montés en puissance. Du coup, la question des fouilles a été soulevée, elle qui paraissait faire le consensus dans le pays. Pour les haredim, la problématique ne va pas de soi et aborde certains interdits halakhiques. Ces dernières années, les manifestations et les actions contre les fouilles se sont multipliées.

Au nom de la Halacha, les rabbins leur interdisent de toucher aux cadavres juifs. Mais par principe, les religieux s’opposent également à la profanation de squelettes chrétiens ou autres. Or, souvent lors de fouilles, des ossements humains surgissent des profondeurs de la terre.
En 1995, les haredim manifestent à Jaffa contre le projet de construction du quartier chic d’Andromède situé à proximité d’un ancien cimetière. Lors du creusement du sol, des ossement sont découverts, ce qui provoque l’opposition des religieux à la poursuite des travaux.
En 1998, les archéologues israéliens protestent devant la Knesset contre les altercations quotidiennes avec les orthodoxes. Ils sont accusés par ces derniers de troubler le repos éternel des morts sur leur chantier de fouilles près de Haifa, découverts près de la route no 1. Les orthodoxes menacent alors de quitter le gouvernement Natanyahou si des mesures contre ce qu’ils considèrent comme un sacrilège ne sont pas prise rapidement. Le Premier ministre se décide à nommer un nouveau Conseil archéologique «plus respectueux» à l'égard des morts. Le directeur de l'Office des antiquités, Amir Drori, un ancien général, est remplacé. Les orthodoxes veulent également que des envoyés du grand rabbinat soient présents sur les sites archéologiques. Lorsque des ossements sont découverts sur le chantier d'une route ou d'un immeuble, ils sont confiés au ministère des Cultes qui procède ensuite à une nouvelle inhumation. Mais les rabbins s'opposent à leur déplacement.
En 1999, à Jérusalem, les orthodoxes se dressent contre les fouilles archéologiques du Premier Temple, de peur de violer des sépultures juives.
En 2000, une trentaine d’orthodoxes s’opposent aux forces de police sur le site d’excavations organisées par l'Autorité Israélienne des Antiquités dans une grotte romano-byzantine de Netanya.  Installés dans la grotte, les religieux tentent d’empêcher la poursuite des fouilles destinées à mettre à jour cette ancienne caverne. La police est appelée pour essayer de les déloger. L'Autorité Israélienne des Antiquités a souligné que les recherches menées étaient en conformité avec une ordonnance du tribunal de Netanya, en accord avec le du Ministère des Affaires Religieuses et en coordination avec la police israélienne.
En octobre 2004, à Acre cette fois, les creusements d’un site romain sont suspendus en raison de manifestations orthodoxes suite à la découverte de tombes. Le Ministre des Transports de l’époque, Meir Shitrit, a ordonné de retarder les travaux du tunnel prévu, à la suite d'information concernant l'intention des orthodoxes d'aggraver les tensions. Mais le directeur des fouilles, l'archéologue Yotam Tefer, au nom de l'Autorité des Antiquités, déclare qu'il s'agit en fait d'un cimetière où sont enterrés des soldats romains.
En 2005, les orthodoxes se lancent à nouveau dans une lutte contre la fouille des tombes trouvées lors du traçage de la route no 6. Ils manifestent dans la région de Pardès Hanna. A Jérusalem, les harédim bloquent le carrefour Kikar Shabbat. Les forces de police arrivées sur le lieu dispersent les manifestants religieux.
Enfin, en 2008, les haredim s’opposent encore à de nouvelles excavations de tombes à Talpiot, dans le sud de la capitale.


Noémie Grynberg 2009

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Date de dernière mise à jour : 15/10/2013

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