Intégration des Falashmouras : de l’archaïsme à la modernité

Lors de la crise politique et humanitaire qu'a connu l’Ethiopie en 1984 - alors dictature marxiste prosoviétique - l’Etat hébreu décide de lancer une grande opération militaire de rapatriement des Falashmouras (Juifs éthiopiens) par pont aérien vers Israël, avec l’aide des Etats-Unis et du Soudan. C’est ‘’l’Opération Moise’’ qui permet le transfert clandestin des ces réfugiés, internés momentanément dans des camps au Soudan, vers la Terre Promise.

Malheureusement, un grand nombre d’Ethiopiens décèdent lors de l’opération. Le pont aérien mis en place dure un mois et demi (21 novembre au 5 janvier). 8.000 Falashmouras sont ramenés en Israël via Bruxelles, Rome ou Bâle. Les Falachas arrivent à l'aéroport David-Ben-Gourion à la cadence de plusieurs centaines par nuit. En bouts de piste, des bus et des ambulances les attendent. Pour ne pas compromettre l'opération Moïse, les autorités israéliennes imposent une censure sans faille sur toute information liée à cette affaire. Mais lorsque l'information parvient aux pays arabes, ils font pression sur le Soudan pour stopper cette émigration.

En 1985, les Etats-Unis viennent à la rescousse d’Israël. George H. W. Bush, alors vice-Président, aide l'État hébreu par l’intermédiaire de l'Opération Josué ou Opération Reine de Saba pour transférer 800 Falashas supplémentaires du Soudan vers la Terre Promise.
D’autres importantes communautés de Falashas restent bloquées par le régime d’Addis-Abeba rendant difficile leur émigration de masse jusqu'à la crise de 1991. L'affaiblissement du pouvoir éthiopien offre une occasion d’agir rapidement. Le nouveau gouvernement abyssinien accorde à ses ressortissants juifs de partir en échange de 40 millions de dollars. C’est la seconde grande vague d’immigration des Juifs d'Éthiopie. Grâce à l'Opération Salomon, en 36 heures, 34 avions de la compagnie El Al et des C-130 de l'armée de l'air israélienne se relaient pour transporter 14.325 Juifs hors d'Éthiopie vers Israël où ils sont accueillis. Cette opération enregistre le record du nombre de passagers en un vol le 24 mai 1991 avec 1.222 immigrants (1.087 enregistré plus les enfants en bas age) transportés dans un Boeing 747 de El Al.
Au total sont arrivés dans le pays dans le cadre des 3 opérations de sauvetage des Juifs d’Ethiopie, plus de 35.000 personnes. Mais en 2009, plusieurs milliers de réfugiés attendent encore dans les camps d’Addis-Abeba leur rapatriement vers la Terre Promise. Les immigrés éthiopiens d’Israël demandent à ce que leurs familles et proches soient autorisés à les rejoindre.

Intégration
En Israël, l’intégration des Ethiopiens ne s’est pas faite sans heurts. Au contraire. Cette population rurale essentiellement de tradition orale, dont la structure sociale et culturelle se fonde sur les coutumes, a soudain été confrontée, lors de son rapatriement humanitaire vers Israël, à une société urbaine, occidentalisée, centrée sur l'écrit et le droit moderne. L’intégration des Ethiopiens s’est heurtée à l’échec des politiques de logement et d’éducation qui ont mené à une ghettoïsation et à une marginalisation de cette population.
Les causes de ces ratés répétés sont probablement dues en premier lieu aux centres d’absorption où règnent bureaucratie, paternalisme et dépendance des Juifs éthiopiens envers ces administrations.
Cependant, la communauté juive éthiopienne se mobilise au travers de ses réseaux associatifs. Malheureusement, un certain racisme anti-Ethiopiens a vu le jour en Israël depuis leur immigration et persiste encore aujourd’hui.

Répartition géographique
1/5 des Falashmouras vivent dans les grandes villes. Cependant, Tel Aviv compte moins d’1% d’Ethiopiens. Dans les localités rurales, ils sont extrêmement minoritaires (environ 2%). Quant aux yéshouvim communautaires, ils y sont pratiquement inexistants. Fin 2004, dans les localités urbaines, on comptait 13.000 Juifs d’Éthiopie à Netanya (la plus grande communauté du pays), 10.000 à Ashdod, 5.800 à Rehovot (actuellement 9.000), 7.900 à Be’er Sheva, 4.586 à Ashkelon, 5.000 à Hedera, 2.289 à Haïfa, 2.500 à Jérusalem.
En 2006, la population éthiopienne se regroupe principalement dans 2 grands districts : 38% dans le centre et 25% dans le sud. Les sous-districs d’Ashkelon, de Rehovot et du Sharon réunissent la plus grande concentration de Falashmouras du pays. A Kiryat Malakhi, 1 habitant sur 6 est d’origine éthiopienne.

Education
Dans les premières années d’intégration, de nombreux problèmes d'alphabétisation et d'acquisition d'une deuxième langue se sont posés pour les immigrants éthiopiens en Israël, population illettrée dans sa propre langue maternelle. L'intégration linguistique de la vie quotidienne s’est heurtée à l’univers de l'écrit scripturale, graphique et mathématique. Selon une étude de 2006, dans les écoles, ces enfants ont souvent un niveau inférieur à celui des autres élèves, en particulier en mathématiques, en sciences, en anglais et en hébreu. Seul un tiers d’entre eux ont obtenu le bac en 2005 alors que la moyenne nationale est de 60%. Beaucoup abandonnent l’école. Certains sont placés dans des internats ou dans des écoles spécialisées à cause de leur difficulté à suivre des programmes normaux.
Cependant, certain réussissent. En 2006, 1.800 Ethiopiens sont étudiants à l’université. Certains sont déjà devenus professeurs, médecins, chirurgiens, avocats.

Intégration en politique
En 1996, Addisu Messale, l’un des leaders du mouvement de protestation contre le racisme, est élu député à la Knesset dans le parti travailliste. D’autres Éthiopiens occupent des postes comme : conseiller municipal (à Rehovot), conseillers ministériels, employés d’agences gouvernementales, travailleurs sociaux, etc. Lors des élections en 2006, le rabbin éthiopien de Beersheba, Mazor Bayana, responsable de la communauté de sa ville (10.000 membres) était treizième sur la liste du parti Shass qui n’a obtenu que douze sièges.
La même année, Shlomo Molla, était le seul député éthiopien du parti Kadima au Parlement israélien.


Noémie Grynberg 2009

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