La petite révolution des arabes chrétiens d’Israël

Partout dans les pays arabes, les chrétiens sont malmenés, chassés, tués. Tout le Moyen-Orient semble mener une croisade à leur encontre. Tout ? Non ! Un seul pays de la région échappe à la curée : Israel. Aussi dernièrement, conscient de la situation, un nouveau parti politique arabe chrétien a appelé ses partisans à reconnaitre la souveraineté juive de l’Etat et à s’intégrer pleinement à sa société.

Le printemps arabe n’a apporté ni démocratie, ni tolérance religieuse, ni liberté de culte. Au contraire. Il a accéléré la marginalisation des chrétiens en Irak et en Jordanie. Depuis 2011, les coptes d’Egypte font face à des attaques contre des églises et à des assassinats de prêtres. En Syrie, des prélats orthodoxes et catholiques sont enlevés et les rebelles islamistes imposent la charia dans les villages chrétiens qui tombent sous leur contrôle.
Face à ces événements, Israël semble un havre de paix au Moyen-Orient. En effet, il est probablement le seul endroit que les Chrétiens ne fuient pas. Cette réalité a initié une évolution sociologique et idéologique chez les arabes chrétiens d’Israël qui représentent 9% de la population du pays. Déjà actifs dans la vie politique et civile, certains servent dans Tsaha sur la base d'un engagement volontaire. Pourtant aujourd’hui, cherchant à se démarquer, les Arabes chrétiens d’Israel veulent plus : s’intégrer pleinement à la société et ce, en passant par la case armée. Cette nouvelle attitude rompt le statu quo en vigueur depuis la déclaration d'Indépendance concernant les Arabes, jusque là généralement dispensés de service militaire obligatoire pour raison de sécurité nationale. Leur exemption constituait une particularité socioculturelle. Mais dorénavant, une étape vient d’être franchie, brisant l’apparente homogénéité de la société arabe israélienne.
En effet, Basara Shlayan, 58 ans, chrétien originaire de Nazareth, capitaine de vaisseau dans Tsahal, insiste désormais pour que les jeunes servent dans l’armée. Il aBasara Shlayan d'ailleurs œuvré pour que le bureau du recrutement militaire compte à l'avenir un arabe chrétien. Au demeurant, un conseiller spécial a été nommé par le ministère de la Défense pour s’occuper exclusivement de cette communauté. Bien plus, Bashara Shlayan a créé un nouveau parti politique intitulé Bne Brit Hahadasha, les Fils de la Nouvelle Alliance, en référence au Nouveau Testament. A l’inverse des autres formations arabes, celle-ci souligne sa fidélité à l’Etat hébreu en tant que « foyer du peuple juif ». S’expliquant dans la presse nationale, Basara Shlayan déclare : « Nous sommes d'abord Israéliens, la religion vient ensuite. Unissons-nous ».
De son côté, se joignant à l’appel, le prêtre grec-orthodoxe de la région de Nazareth, le Père Gabriel Nadaf, préconise lui aussi une alliance entre juifs et chrétiens au service de l’Etat hébreu. Selon lui, les chrétiens sont fatigués de vivre comme des dhimmis (citoyens de seconde classe) dans le monde musulman et commencent à comprendre qu’Israël représente leur porte de sortie. C’est pourquoi, d’après le Père Nadaf, l’Etat juif doit cesser de classer les chrétiens locaux avec les «Arabes» car cette minorité souhaite à présent désolidariser son sort de celui des musulmans. Effectivement, face aux violences antichrétiennes sévissant actuellement au Moyen-Orient, de plus en plus de chrétiens s’identifient ouvertement avec Israël ou se définissent comme des alliés de l’Etat hébreu.
Car si jusqu’a présent, beaucoup dans la communauté avait peur de parler, l’influence du printemps arabe a poussé les chrétiens d’Israël à exprimer publiquement des opinions considérés jusque là comme inacceptables dans la société arabe. « Nous ne vivons pas en Syrie où les chrétiens ne sont pas autorisés à parler ou en Irak où les églises sont bombardées. Nous vivons dans un État juif, démocratique et libre. En tant que chrétiens israéliens, nous nous considérons comme une partie de cet État et non comme une partie de ceux qui s’y opposent » poursuit le Capitaine de réserve. « Au moins en Israël, tous ceux qui sont restés ont eu le droit de devenir des citoyens et de s’intégrer dans la société. L'État fait beaucoup de choses, c’est un partenaire » reconnait Shlayan.
Bien que la Nouvelle Alliance soit aussi née d'une forme de découragement par rapport à l'offre politique proposée aux Palestiniens, Bashara Shlayan ne se leurre pas. Il avoue avoir rencontré de l'incrédulité quant à la possibilité de changer les choses. « Les gens voient ce qui se passe au Liban, en Égypte et en Syrie » explique le fondateur du nouveau parti. « Je leur dis : pendant 65 ans, nous avons tout donné aux partis communistes arabes. Pendant 65 ans, ils n'ont rien fait ! Les partis arabes veulent nous éliminer et ne songent pas à l'intégrité de leurs citoyens. Or un citoyen appartient à son pays. Donnez-moi trois ans et je parviendrai à résoudre leurs problèmes » poursuit-il. A ses compatriotes qui adoptent une position anti-israélienne et pro-palestinienne automatique, qui critiquent son initiative et la voient comme une forme de trahison, il répond : « C'est de la stupidité. Ils croient qu'être contre Israël, c'est ça le nationalisme arabe. Et si vous vous opposez à cette façon de voir, cela fait de vous un traître. Voilà ce qui doit être changé. C'est pourquoi je demande que nous, les chrétiens, nous soyons reconnus comme des citoyens loyaux de l'État d'Israël ».
Les efforts de Shilyan semblent commencer à porter leurs fruits : 90 diplômés du secondaire ont intégré l’armée israélienne ces derniers mois, une goutte d’eau compte tenu des 130.000 chrétiens du pays. Mais ce chiffre a déjà triplé par rapport à 2010. Néanmoins, ce petit nombre a suffit pour faire enrager les dirigeants musulmans et les politiciens du parti nationaliste Balad. Assurément, les récentes positions des chrétiens israéliens ont déclenché une véritable hystérie de la part des députés arabes qui s’opposent avec véhémence à la participation au service national au sein de Tsahal de peur qu’elle ne légitime l’existence de l’Etat juif.
Gabriel NadafAussi, le Père Nadaf s'est attiré les foudres du Patriarche grec-orthodoxe de Jérusalem, en plus de celles des 12 députés arabes de la Knesset qui ont fait pression sur le chef de l'Église pour qu’il démette le prêtre de ses fonctions. Des menaces de mort ont même été proférées contre le Père Nadaf obligé de vivre sous protection. Et depuis plusieurs mois, il est même interdit d’entrer dans l’église de la Nativité, dans sa propre ville ! Le ministre israélien de la Justice, Tzipi Livni, et le ministre de l’Intérieur, Gideon Saar, ont immédiatement transmis leur soutien au pope et lui ont offert leur aide. Pour sa part, le Bureau du procureur général d’Israël a annoncé qu’il avait ouvert une enquête sur les activités des membres musulmans du Parlement qui ont poussé à la démission du prêtre de Nazareth. « Il est inacceptable qu’à la Knesset, les députés arabes soient des chevaux de Troie et envoient des lettres de menace à un ecclésiastique qui encourage les jeunes chrétiens à s’enrôler dans l’armée » a déclaré Miri Regev, députée Likoud.

Quoi qu’il en soit, cette petite révolution politico-idéologique des arabes chrétiens d’Israël constitue enfin, si elle réussit, une alternative démocratique viable pour cette communauté qui cherche activement à s'intégrer. Volonté d’autant plus remarquable à l’heure où, de leur côté, les jeunes juifs orthodoxes refusent encore d’effectuer leur service militaire…


Noémie Grynberg / Israel Magazine 2013

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Date de dernière mise à jour : 16/03/2014

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