La pollution marine en Israel

La Méditerranée et la mer Rouge figurent parmi les biens naturels les plus précieux d'Israël. Cependant, la pollution marine constitue un problème environnemental grave qui affecte à la fois baigneurs, pêcheurs et diversité écologique. Au point que cette question est devenue une préoccupation nationale. Protéger le littoral des impuretés, de l'urbanisation, de l'industrialisation, de l'agriculture et du tourisme semble maintenant une priorité.

La mer représente un écosystème fragile. Or trop souvent, elle est encore envisagée comme une immense décharge. Déchets plastics, nylon, bouteilles, nourriture, filets provenant des plages dérivent au large. Mais aussi les fuites ou dégazages de carburants provenant des navires. Ces rejets nocifs constituent des poisons qui ont des impacts environnementaux, affectent la faune et la flore, causent la mort des mammifères marins et des tortues qui les avalent. Mais l’économie en pâtit aussi par la contamination de la pêche aux métaux lourds ou la pollution des plages qui éloigne les touristes. Enfin, ces effets sont également sanitaires avec le développement d’allergies et d’éruptions cutanées pour les baigneurs, voire des cancers.

Constat écologique
Avec 85% de la population nationale concentrée le long des 170 kilomètres des côtes, le littoral israélien y condense donc zones industrielles et résidentielles, activités commerciales, touristiques et humaines : ports, centrales éclectiques, usines, marinas, etc. Celles-ci entrainent une contamination marine organique, microbienne et chimique.
En effet, selon la Société de protection de la nature, environ 75% de la pollution marine provient de sources terrestres (eaux usées industrielles et sanitaires, produits chimiques, métaux lourds : mercure, cadmium, arsenic, cuivre, plomb, nickel, zinc). Ainsi, les usines de traitement des eaux usées rejettent les effluents liquides en mer, de même pour les égouts, l’agriculture et la pisciculture (engrais et pesticides) via les rivières polluées qui s’y déversent. Sans compter le réchauffement climatique (absorption du CO2 en baisse).
De plus, le risque d'un incident grave en Méditerranée en général et dans son bassin oriental en particulier, s’avère singulièrement élevé puisque environ 30% du commerce maritime mondial et 20% du volume global du transport maritime de carburant la traverse. Une étude de 2016 confirme cette région comme l'une des plus souillées : la concentration de plastique y est 10 fois supérieure à la moyenne de la Méditerranée occidentale. Cela vient du fait que les polluants des mers fermées ont un faible taux de dilution dans l'océan de par leur conformation.
De la sorte, à la fin des années 90, six principaux sites d’impureté ont été identifiés le long de la côte israélienne : Nahariya, Acre, Naaman, Kishon, Shafdan et Ashdod. Depuis, les deux premiers disposent d’une installation de traitement des eaux usées et la rivière Kishon a été assainie. De même, la coopérative agricole près de l’estuaire Naaman, les sociétés Agan Chemicals et les Raffineries d’Ashdod, ainsi que la station de traitement des eaux usées de Tel-Aviv et de ses environs ont considérablement réduit leurs rejets.
Du côté de la mer Rouge, la station de prévention de la pollution marine à Eilat, créée en 1976, sert à protéger des carburants et des huiles émis par les navires et les installations offshores, le corail et l'environnement marin sensible du Golfe. En mer et sur terre, ses inspecteurs préviennent et traitent les risques écologiques, contrôlent et vérifient l'application des normes par : le port d'Eilat, la EAPC (pipeline de pétrole Eilat-Ashkelon), le système d'égout municipal, les ports de plaisance, les carrières, les usines et les décharges. Enfin, l’agriculture marine à Eilat, qui constituait dans le passé un danger pour l'environnement, a été stoppée par le Ministère de l’environnement.

Loi anti-pollution et protection marine
L'interdiction de déverser des déchets provenant de sources terrestres est inscrite dans la loi relative à la prévention de la pollution de la mer. En 2005, un amendement à ce texte a donné aux autorités compétentes le pouvoir de punir les fautifs en leur infligeant une surtaxe. Les amendes fixées par les tribunaux ont été renforcées pour les contrevenants : 584.000 ₪ à Haïfa Chemicals en 2005, 700.000 ₪ à Carmel Chemicals et 2,7 millions₪  au port d'Ashdod en décembre 2015. Entre septembre 2015 et juin 2016, sept navires amarrés dans le port de Haïfa ayant rejeté leurs eaux usées ont écopé à leur tour de 42.000 ₪ de contravention en tout.
Par ailleurs, un Plan d'action national (PAN) pour la réduction des polluants en Méditerranée à partir de sources terrestres a été adopté. Il est conçu pour identifier ceux qui ne sont pas traités régulièrement. Les résultats montrent que la principale amélioration nécessaire reste le traitement des effluents (eaux usées purifiées) directement déversés dans la mer ou dans les rivières. La solution : proposer un meilleur recyclage. De son côté, le Ministère de l’environnement a adopté des normes pour la qualité de l'eau de mer. Elles ont pour but de servir d’outil pour déterminer les exigences environnementales appropriées.
Grace aux actions conjointes de prévention et de répression opérées par les départements de la mer et du littoral du Ministère de l’environnement, un changement clair de tendance du volume du déversement en mer de déchets terrestres a été observé.

Faune et flore aquatiques : une biodiversité à protéger
Israel dispose d’un trésor naturel marin très varié qui diffère suivant la géographie. La côte méditerranéenne abrite 6 à 7% des espèces aquatiques connues de la planète, soit près de 17.000, principalement concentrées dans les zones côtières et le plateau continental à une profondeur de 200 mètres : pieuvres, méduses, éponges, oursins, crabes, tortues de mer, crapauds, hippocampes, salamandres, raies, anguilles, poisson-chat, requins, arthropodes, hydrozoaires, coraux mous, algues. Pour sa part, le récif corallien d’Eilat, déclaré réserve naturelle, abrite 270 espèces de coraux durs et mous, ainsi que plus de 2.500 autres espèces sous-marines (gorgones, éponges, anémones), dont plus de 1.000 d’animaux vertébrés comme les poissons-clowns, les poissons-papillons, les poissons-perroquets, les rascasses, les poissons-scorpions, les poissons-grenouilles, les mérous, les serpents de mer, les barracudas, les balistes, les murènes, les dauphins et occasionnellement les requins-baleines. Pour préserver ces trésors vivants, Israel a créé plusieurs réserves naturelles marines, comme celle d’Eilat ou de Rosh Hanikra. Mais est-ce suffisant ? Les associations de protection de l’environnement pensent que non. Aussi se montrent-elles très actives pour créer de plus en plus de zones protégées.

Un été noir
Malgré les efforts, des cas de pollution arrivent encore. L’été 2016 semble particulièrement touché, même si les incidents restent relativement circonscrits. Début juillet, un pipeline vétuste a été endommagé par un navire alors qu’il subissait des travaux de remplacement. L’accident a provoqué une pollution pétrolière et un incendie dans la baie de Haïfa. Mi aout, une tache jaune est apparue à Apollonia – Herzlia, la même qu’en 2005. Le Ministère de la Santé, conjointement avec le Ministère de l'Environnement, a prévu de mener une enquête approfondie. En attendant les résultats, conformément au principe de précaution, il a déconseillé au public de se baigner à cet endroit.
Mais parfois, les cas d’impureté proviennent des pays ou territoires voisins. Ainsi le 23 aout, la fuite d’un pipeline au terminal de carburant jordanien du port d’Aqaba, a déversé 200 tonnes de pétrole brut dans la mer Rouge. Israël été informé de l’incident. Le Ministère de l'environnement a suivi de près l'incident, disant qu’aucune pollution immédiate ne menaçait les plages d'Eilat ni les récifs coralliens protégés.
Moins d’un mois auparavant, c’est la Méditerranée qui était touchée. Les eaux usées de la bande de Gaza, directement reversées dans la mer et ramenées par les courants marins tout au long de la côte vers le nord d’Israël, ont occasionné des pollutions causant potentiellement des dommages aux aquifères, à savoir aux réserves d’eau souterraine. Les opérations de l’usine de dessalement d’eau de mer d’Ashkelon ont d’ailleurs été interrompues à plusieurs reprises en raison des souillures dues aux rejets massifs d’effluents liquides provenant de Gaza.

Préserver un bien précieux
Déployée le long de la Méditerranée, du golfe d'Aqaba et de la mer Morte, l’Unité nationale de protection de l’environnement marin dépendant du Ministère de l’environnement, assure de nombreuses tâches. Elle est chargée de contrôler le niveau de pollution du littoral, de gérer les cas de souillure par hydrocarbures, de fixer une politique environnementale, de coordonner les activités de la Commission pour l'octroi des permis de rejet des eaux usées en mer, de faire respecter et appliquer la loi, les accords et traités internationaux, de légiférer les réglementations nationales, enfin d'éduquer et d'informer le public sur la préservation de l'environnement marin et côtier. Ainsi, d’après son directeur, Nir Amir, l’Unité nationale de protection de l’environnement marin dépense chaque année 15 à 17 millions de shekels pour ses diverses activités. Sans compter une rallonge de 4 à 15 millions, suivant les projets, pour
les programmes nationaux. Afin de quantifier les résultats obtenus dans la lutte contre la pollution et la préservation marine, deux fois par an, le Programme National de Surveillance publie un rapport sur le niveau de sédiments, l’état de la faune, le nombre d’espèces, etc. Selon les données, entre 1998 et 2013, le tonnage de déchets organiques, de solides en suspension, d’huiles minérales, de phosphore et de métaux lourds rejetés à la mer est passé en Méditerranée de 15.646 à 61. Ceci grâce entre autres au recyclage effectué par les usines comme la raffinerie d’Ashdod ou la centrale électrique de Haïfa. Dans le même souci, en 2014, un nouveau filtre pour traiter les eaux usées de l’Aquarium des requins a été installé dans la Mer rouge. Pour Nir Amir, la tendance est donc nettement à la diminution de la pollution depuis 15 ans, qu’elle soit d’origine terrestre ou nautique. Cependant, contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’été ne constitue pas la saison de l’année la plus polluante mais l’hiver, à cause des fortes pluies et des courants qui entrainent des accidents plus importants.
Nir Amir a conscience bien sûr de l’extrême fragilité de la mer, à l’origine de la vie et de toute la chaine alimentaire, notamment pour les protéines organiques. Il sait que le moindre changement entraine des conséquences immédiates, que ce soit sanitaires ou économiques. Pourtant, il semble tout de même optimiste car selon lui, Israel se place en tête des pays européenne respectant la Charte de Barcelone pour la préservation de la Méditerranée. Ce qui n’empêche pas de persévérer dans les efforts. Et justement, il profite de la tribune du journal pour transmettre directement aux lecteurs une recommandation qui lui tient à cœur : « il est essentiel de préserver la propreté du littoral qui appartient à tout le monde. Il faut comprendre qu’il s’agit d’un bien naturel, d’un trésor que tout le monde nous envie. Aussi je demande que chacun ramasse ses ordures, de les jettent dans les poubelles, sans quoi cela dégénère en catastrophe écologique. De plus, 750 shekels d’amandes sont prévus en cas de non respect. Je compte faire passer le message ».

Noémie Grynberg, 2016

 

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Date de dernière mise à jour : 31/01/2017

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