Le présent du futur

Où en est la recherche aujourd’hui en Israël ?
Dr. Benny Motro (Maître de conférences en biologie cellulaire, spécialiste en génie génétique et en développement embryonnaire des mammifères à la Faculté des Sciences de la Vie de l’Université Bar Ilan) : Israël représente sans conteste une force dans le domaine de l’ingénierie génétique, aussi bien en recherche qu’en applications biotechnologiques et médicales.

Dans quel domaine se concentre-t-elle ?
Dr. B. M. : Les biologistes moléculaires savent aujourd’hui additionner ou soustraire des spécificités du patrimoine génétique encodé dans la chaine héréditaire des insectes, des champignons, des plantes et des animaux. Ces modifications restent stables et se transmettent dans l’hérédité des générations suivantes.

En quoi la biologie moléculaire intervient dans la médecine actuelle ?genie-genetique.jpg
Dr. B. M. : L’application la plus répandue est dans la production de médicaments : insuline, hormones, antibiotiques, etc. Les recherches génétiques sur le génome ont permis de trouver les séquences d’ADN déficientes les plus courantes provoquant des maladies. Mais le chemin est long jusqu’au médicament et la thérapie efficaces. Le génie génétique aide également à créer différents modèles de maladies expérimentés sur des rats, en leur ôtant certains gènes spécifiques. C’est le cas pour la fibrose kystique, une affection qui atrophie les muscles ou l’Alzheimer. Les rats servent ainsi à simuler la maladie chez les humains. Les scientifiques peuvent de la sorte comprendre son évolution et tester divers traitements.

Et dans l’agriculture ?
Dr. B. M. : L’application des dernières recherches génétiques sert à modifier plantes et animaux. Par exemple elles augmentent leur teneur en protéines ou leur valeur nutritionnelle. Autre cas : le riz doré contenant de très grandes quantités de béta carotène servant à fabriquer de la vitamine A dans le corps. Ce riz est sensé pallier la carence chronique de vitamine A dans de nombreux pays. Son insuffisance provoque la mort ou la cécité de plus d’un million de personnes chaque année. Les nouveaux gènes fabriqués deviennent aussi plus résistants aux diverses maladies, aux virus, aux microbes, aux insectes et aux champignons. Ce qui permet de diminuer l’utilisation de pesticides et autres poisons. Enfin, les vaches génétiquement modifiées produisent davantage de lait.

Quelles sont les limites éthiques de ces pratiques ?
Dr. B. M. : Créer des plantes et des animaux porteurs de modification génétique pose problème dans certains milieux. Les religieux prétendent que l’intervention humaine dans la création est interdite alors que l’ingénierie biomoléculaire crée de nouvelles espèces. L’opposition traditionnelle vient également des défenseurs des animaux qui contestent de tels emplois et craignent qu’ils ne fassent souffrir les bêtes. De toute façon, les scientifiques et les sociétés de biotechnologie ne peuvent rester objectifs. Et donc, il est nécessaire de généraliser un savoir impartial et précis. Ceci s’avère vital pour que le débat public fixe les limites sociétales, éthiques et halachiques.

Pourquoi le génie génétique fait-il peur à certaines personnes ?
Dr. B. M. : Le public croit que les OGM remplaceront bientôt la flore sauvage. Les consommateurs pensent que ces nouveaux organismes provoquent des allergies chez les personnes sensibles ou même des empoisonnements. Pourtant, la science tente de surmonter ces problèmes. Par contre, la majorité des Israéliens sont favorables aux produits agricoles et animaux génétiquement modifiés. Quoi qu’il en soit, l’utilisation d’OGM doit se faire par pallier et sous contrôle public.

Que prévoit l’avenir ?
Dr. B. M. : Selon moi, il n’y a aucun doute sur la poursuite du développement scientifique. L’utilisation des plantes et des animaux pour produire différents médicaments et matériaux biologiques se pratique de plus en plus. Le besoin de nourrir la planète augmente et les OGM présentent un potentiel intéressant concernant la quantité et la qualité des aliments. En Israël, les recherches intensives mèneront sûrement à l’augmentation de l’utilisation d’OGM dans tous les domaines de la biotechnologie et de la médecine. Le futur prévoit la possibilité de fixer des gènes ou d’implanter des cellules modifiées pour traiter les malades ou améliorer la qualité de vie. Cette perspective éveille d’immenses espoirs. Mais il est encore trop tôt pour en parler. D’autant que ces pratiques entrainent de potentiels risques médicaux et posent des questions éthiques.

Noémie Grynberg 2012

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Date de dernière mise à jour : 18/04/2012

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