Le récurrent problème des vacances scolaires

La question des rythmes scolaires, souvent synonyme de galère pour les parents, s’avère aussi vieille que l'école. Surtout en Israël qui semble l'un des champions du monde du nombre de jours de relâche. Mais pas des congés payés. Conséquence : un casse-tête endémique pour les parents qui travaillent.

calendrier.jpgLa vie des jeunes est rythmée par l’alternance école/vacances. En ce sens, les élèves israéliens paraissent vernis. Tout au long de l’année, ils bénéficient de fréquentes coupures, en plus des grandes vacances : Rosh Hashana - trois jours, de Yom Kippour à Souccot - quinze jours, Hanoukka - huit jours, Pourim – deux jours, Pessah – dix-huit jours, Jour de l'Indépendance - un jour, Lag Baomer - deux jours. Soit 7 semaines libres en plus des huit semaines d'été. Dans le même temps, les parents n’en disposent que de deux par an. Soit un écart congés parents/enfants de 76 jours !
Pourtant, contrairement à l'impression, en Israël les jeunes passent plus de temps en classe que ceux des pays occidentaux : 878 heures pour les 7-8 ans contre 759 heures en moyenne dans l'OCDE ; 999 heures pour les 12-14 ans contre 886 heures dans les pays développés ; 1036 heures en Israël pour les 15 ans et plus contre 902 heures en Occident.

La goutte d’eau qui fait déborder le vase
Mais dernièrement, le congé de trop a été celui des deux jours octroyés pour Lag Baomer dans le pays. En effet, il a déclenché une vague de protestation chez les parents qui travaillent. Nombre d’entre eux ont interpellé le nouveau Ministre de l'Education, Shay Piron, dans le cadre d'une campagne exhortant à réduire les vacances scolaires et à les adapter à leur emploi du temps professionnel. "Tout le pays travaille, pourquoi pas les enseignants ?" ont-ils grondé. Plus radical, le responsable nationale des parents d’élèves a déclaré : « il faut annuler les congés de Hanoukka et de Pessah et raccourcir les vacances d'été. » Devant ce tollé, Piron a reconnu : « Vous avez raison, deux jours de congé à Lag Baomer, juste comme ça, ce n'est ni juste, ni souhaitable. Le calendrier de vacances doit correspondre – tant que possible - à celui des parents qui travaillent. Il faut développer des cadres le permettant et ne pas laisser ces derniers se débrouiller seuls.» Aussi, face à la pression des familles, le Ministre de l'Education s'est engagé à réduire l'inadéquation entre le système scolaire et celui des parents en activité. Dans un premier temps, Piron a pensé remplacer les journées de vacances par l’ouverture de colonie de jour au sein des établissements. Ainsi, le Ministère propose de tester cette nouvelle solution : plusieurs fois par an, le primaire et les jardins d’enfants, en service minimum, au lieu de dispenser les cours habituels, offriraient des activités d’éveil, sous la houlette d’enseignants ‘’de garde’’ en échange d’un supplément de salaire. En réponse, les instituteurs ont déclaré qu’ils n’étaient pas des «baby-sitters».
En outre, dès la rentrée prochaine, le Ministère de tutelle a promis de réadapter le calendrier des écoliers afin de le conformer au mieux à celui des parents. Pour ce faire, l’administration formera une équipe consultative qui comprendra les représentants des syndicats d'enseignants, des collectivités locales et des parents. Une expérience sera alors lancée pour adapter de façon maximale, le planning des vacances entre parents et enfants afin d’éviter à l’avenir la désagréable surprise de cette année.
Il faut rappeler que par le passé, les syndicats d'enseignants se sont déjà opposés au raccourcissement des vacances d’été parce qu’à cette période, nombre d’entre eux suivent des formations continues obligatoires en vertu d'accords professionnels.
Aussi, les chances du ministère de l'Éducation de réussir à changer significativement l’agenda reste particulièrement faible en raison des conventions collectives signées entre les enseignants et l'Etat, qui leur assurent un certain nombre de jours d’inactivités annuel.
Du coup, pour ouvrir les accords, l’administration se voit contrainte de dédommager financièrement les professeurs pour chaque jour supplémentaire travaillé. Or, selon l’estimation du Ministère de l'Education et du Syndicat des Enseignants, depuis 2012, les maîtres travaillent déjà cinq jours de plus par an. Ce qui coute annuellement à l'Etat de 350 à 500 millions de shekels. C’est pourquoi actuellement, au vue des coupes budgétaires, dont celles dans l'Éducation, l’occasion d’une telle mise en œuvre semble mince.
Dans ce contexte, une nouvelle solution semble émerger : supprimer l'école le vendredi. Selon de hauts responsables ministériels, "puisque la plupart de l'économie ne fonctionne pas le vendredi, octroyer à nouveau ce jour de congé aux enseignants n’affectera pas trop de parents." Cette fois, le Syndicat des Enseignants - représentant principalement ceux du primaire - et l'Organisation des Enseignants du Secondaire n'ont pas exclu cette possibilité.

La tannée des grandes vacances
Qu’il s’agisse de vacances-consommation ou de vacances éducatives, le problème tourne toujours autour de la peur du vide qu’engendre le temps libre, notamment vacances.jpglors des congés d'été (en particulier pour les enfants de maternelle et de l'école élémentaire). Rares sont les foyers qui peuvent intégralement payer à leur progéniture des congés aussi longs. Même pour les adultes à la maison, occuper les juniors pendant deux mois n’est pas une mince affaire. Car au bout de quelques semaines, les petits s'ennuient. Les parents, qu’ils travaillent ou pas, doivent les canaliser en recherchant des solutions souvent très coûteuses. Pa contre pour les plus grands, les jobs d’été représentent une double alternative : occupation/expérience et rémunération.
Par ailleurs, pédagogiquement, de trop longues vacances augmentent les écarts entre bons et mauvais élèves. En effet, les familles de faible niveau économique ont plus de difficulté à payer à leurs enfants des leçons ou des activités privées.
Alors, pour résoudre ce casse-tête saisonnier, une idée fait son chemin : pourquoi ne pas déplacer les grandes vacances au mois de Tichri au cours duquel les Israéliens travaillent peu en raison des fêtes ? Les opposants à cette solution rétorquent que la réduction des congés scolaires risque d'avoir un impact économique, en particulier pour le secteur du tourisme et des loisirs.
Pour mémoire, en 2012, le Ministère de l'Éducation avait déjà raccourci la pause scolaire estivale de cinq jours et en contrepartie avait prolongé les vacances de Pâque, Soukkot et Hanukkah.
Quoi qu’il en soit, il demeure pénible pour tous les juniors de retourner à l'école après une coupure de deux mois.

Ces congés qui handicapent les femmes actives
L’inégale répartition des tâches éducatives entre père et mère évolue peu. Effectivement, l'activité professionnelle des femmes n'est ni intégrée dans l'organisation des modes de garde, ni dans l'organisation du travail concernant l’articulation des rythmes scolaires. Ainsi, ceux-ci pénalisent l'emploi des mamans. En effet, ils les obligent à trouver des solutions de garde qui peuvent s'avérer couteuses. Aussi, nombre de salariées se voient contraintes soit de travailler à temps partiel, soit de cesser leur activité professionnelle pour s'occuper de leurs enfants en dehors de l'école. Car presque toujours, ce sont encore les femmes qui sacrifient leur carrière professionnelle pour consacrer plus de temps à leur géniture. L’activité  n'est donc pas répartie de façon optimale. Travaillant moins, ceci a notamment pour conséquence de réduire les pensions de retraite de la gente féminine.
De plus, la non reconnaissance des frais de garde induits nuit particulièrement aux travailleuses. Cette méconnaissance viole le principe de justice distributive et discrimine les femmes par rapport aux hommes, avec comme conséquence des retombées économiques négatives. Le pire étant pour les mères célibataires, déjà en précarité financière et professionnelle.
Il semble donc qu'un redéploiement du calendrier scolaire calqué sur l’emploi du temps féminin et une diminution globale des congés des écoliers permettraient à la majorité des femmes de ne plus être confrontées au choix entre carrière et famille.

Noémie Grynberg 2013

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Date de dernière mise à jour : 20/06/2013

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