Les expulsés du Goush Katif

Trois mois après le désengagement israélien de la Bande de Gaza, la plupart des familles n’ont toujours pas été relogées. Dispersées dans le pays, certaines résident encore dans des hôtels car leur demande de regroupement n’a pas été accepté par la Minhelet Tséla, l’autorité chargée de gérer ce problème.

Ainsi 57 familles de Nevé Dkalim ont directement été transéfées à l’Hôtel Gold de Jérusalem, situé en plein centre ville. Aujourd’hui, elles ne sont plus que 40 ; 17 d’entre elles sont parties s’installer dans la ville de Nitsan près d’Ashkélon. Nitsan compte à ce jour 200 familles.

58 autres familles de Nevé Dkalim sont logées dans des caravilot (villas-caravanes) à Ein Tsourim, entre Ashkélon et Kiriat Malahi, tout comme 17 familles de Gadid et 55 de Netsah Hazani. D’autres évacués de Nevé Dkalim se sont réinstallés provisoirement à Even Shmouel, Ashkélon, Yad Binyamin, le Village de la Foi.

Pour les familles de Nevé Dkalim restées à l’Hôtel Gold, rien de définitif n’est encore construit pour l’instant. Certaines ont préféré loué un appartement par leur propre moyen. D’autres attendent un projet de nouveau yéshouv à Retsouat Lahish, entre Kiriat Gat et Beit Jibril, qui devrait voir le jour d’ici 2 ans. En attendant, ces familles seront relogées provisoirement.

Les conditions de vie à l’hôtel sont particulièrement inconfortables pour ces familles qui comptent en moyenne 4 à 5 enfants, dont beaucoup de très jeunes. Certaines familles restées groupées comptent 3 générations de déplacés, allant des grands-parents aux petits-enfants. Les familles sont réparties en plusieurs chambres suivant le nombre d’enfants : en général une chambre pour les parents et une chambre pour 2ou 3 enfants. Les pièces assez étroites sont encombrées de quelques meubles en plastique contenant les affaires personnelles des déplacés : vêtements, jeux, objets de la maison, etc.

Les parents ont du mal à occuper les jeunes. Partis d’un cadre de vie large, en plein air, dans une ambiance toranique et sionistes, ils se retrouves dans des chambres exigües, sans aires de jeux. Les familles aidées de volontaires extérieurs tentent d’organiser des activités pour les enfants quelques heures par jour. Le reste du temps, les jeunes le passent soit devant la télévision (chose qu’ils ne connaissaient pas chez eux), soit devant l’ordinateur mis à disposition par l’hôtel. Tous souffrent du manque d’intimité lié aux conditions temporaires de logement. Les repas sont pris en commun dans la salle à manger de l’hôtel. Les mamans se plaignent de ne pas pouvoir préparer elles-mêmes les repas familiaux. Ce manque est doublement ressenti le Shabbat. Les souhaits les plus souvent exprimés par les adultes sont : le retour à la vie normale et rythmée par les habitudes et la routine retrouvées, le regroupement des communautés dispersées et l’intégration de leur nouveau logement définitif.

La dispersion est vécue comme un second arrachement, comme une volonté politique délibérée à leur encontre afin de briser leur union comme force politique. Les familles du Goush se sentent sacrifiées sur l’autel des ambitions personnelles. Elles éprouvent beaucoup de rancœur et d’injustice. Elles accusent le pouvoir d’être corrompu, d’être mené par les intérêts et l’argent. Indirectement, les familles pensent que leur évacuation forcé du Goush Katif est la conséquence des 4 années d’intifada.

Spirituellement, elles restes fortes, solides, convaincues de leur valeurs. C’est la famille, la valeur la plus forte, qui les tient moralement. Le plus dur est d’accepter l’idée du non retour, bien que certains croient à une reconquête israélienne de la bande de Gaza suite à l’échec de l’autonomie palestinienne. Les adultes s’étant installés dans le Goush ont moins de mal que ceux nés là-bas. En effet, ils ont une autre ville natale à laquelle ils peuvent se raccrocher, chose que n’ont pas les natifs du Goush. Les plus dur est pour les adolescents qui ont perdu tous leurs repaires de jeunesse. Ils n’ont plus rien, plus de maison, plus de village où retourner. Les petits expriment souvent le désir de ‘’rentrer à la maison’’.

Professionnellement, le replacement et la réinsertion des déplacés est plus problématique. Beaucoup d’anciens du Goush Katif étaient employés par leur propre yéchouv ou dans les usines de la région qui n’ont pas toutes été rouvertes ailleurs. Certains racontent que les arabes du Goush qui travaillaient dans les villages israéliens ont pleuré lors de l’évacuation ; ils savaient qu’en perdant leur travail, ils perdaient leur source de revenu, la possibilité de faire vivre leur famille.

Certaines familles avouent vivre de dons pour paliers leurs difficultés économiques. Politiquement, si tous les anciens du Goush expriment leur déception et leur colère face à la droite traditionnelle, à la politique du Likoud et de son ancien chef Sharon, chacun choisit une stratégie électorale différente pour les prochaines élections : soit un vote radical pour la droite dure, soit carrément un vote extrême inverse à gauche (Mertz) pour être sûr que la droite ainsi dans l’opposition, jouera son rôle traditionnel. 

Pour conclure, il faut noter une cohésion et une cohérence de ressenti et de discours parmi les familles du Goush. Elles parlent d’une seule voix. Il n’y a pas de dissonances entre elles.

 

 

© Noémie Grynberg 2005

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