Heshvan : entre déluge et prophétie

Le calendrier juif est riche d’enseignements. Chaque mois a sa spécificité. Contrairement aux autres mois, Heshvan est un des deux mois de l’année juive qui porte un nom biblique hébreu : Boul. Huitième mois de l’année hébraïque selon le calendrier traditionnel débutant à la sortie d’Egypte, il est cité dans le Livre des Rois : ‘’Dans le mois de Boul, le huitième mois, le Temple a été terminé’’.

La sortie d’Egypte s’accompagne d’un premier cadre temporel pour le peuple juif. Avant elle, le temps s’écoulait indifféremment. Avec elle, apparaît le calendrier des mois hébraïques, dénommés numériquement dans la Bible. Une seconde modification temporelle va intervenir avec l’érection du Temple à Jérusalem entreprise par le roi Salomon. En effet, le Temple se révèle le lieu où va changer le temps. Le huitième mois de l’année hébraïque devient nommément le mois de Boul. Ce n’est qu’au retour de l’exil de Babylone que les mois hébraïques, dans un troisième temps, auront les noms qu’on leur connaît aujourd’hui, en l’occurrence Heshvan pour celui énoncé ici.

Ainsi, l’événement tant attendu par Israël de l’achèvement de la construction de premier Temple a, entre autre, pour conséquence, de faire sortir le mois de son anonymat numérologique et de lui attribuer un nom propre. Cette particularité nous renvoie à l’origine de ce mois et de son nom : le déluge (Ma-Boul en hébreu). En effet, le déluge a débuté en Heshvan et depuis lors, jusqu’au temps du roi Salomon (selon le Midrash Tanhouma Noah), chaque année à cette période se répétait un mini déluge de 40 jours de pluie consécutifs replongeant la création dans une sorte de matrice diluvienne insupportable, comme une malédiction. C’est la prière du roi Salomon, dans la joie d’observer la demeure sacrée enfin érigée sur le Mont Moriah, qui annulera enfin cette pluie récurrente. Dès lors, à cette époque, le peuple hébreu échappant au vécu humide peut jouir d’une terre ferme et asséchée. De sa racine Ma-Boul est exclu le « M » de valeur numérique 40 comme le nombre de jours que dura le déluge ; le nom Boul apparaît alors. Le retour de la résidence divine entraîne donc une mutation du temps et d’un nouveau nom, une modification de l’espace et de la conscience, une ouverture vers la lumière, l’espoir et la joie. Cette fenêtre ouverte est profondément ancrée dans l’âme juive, se révélant être la source de la réparation spirituelle dans le cas de nombreuses maladies.

De cet enseignement il ressort qu’en automne les dépressions liées à cette saison sont très fréquentes. Au-delà des causes exogènes et bioclimatiques, il y a en cette période une sorte de résurrection d’un souvenir collectif ‘’déprimant’’ qui serait inscrit dans le patrimoine de la ‘’génétique spirituelle’’ de l’humanité. Par contre, l’identité Boul gravée dans l’âme hébraïque authentiquement imprégnée de sa foi est capable de réveiller un processus ‘’anti-dépresseur’’ inverse, nous élevant au-dessus du carcan du déterminisme naturel. Celui-ci, ressenti comme une aliénation et une contrainte est inacceptable pour l’âme juive libérée de ce fatalisme depuis la sortie d’Egypte.

La Kabbala nous donne le point de vue de la Vérité et de l’Eternité du monde qui n’est pas encore devenu réalité. Ainsi, le Sefer Hayetsira enseigne entre autre, que le sens de l’odorat correspond au mois de Hechvan. On remarque en effet que ce sens est amoindri par toute présence humide soit dans le nez lui-même (encombré de mucus) soit sur l’objet humé (comme une plante odoriférante recouverte de rosée) qui ne serait plus senti.

Par ailleurs, le prophète Isaï proclame qu’une des facultés qui se réveillera chez le Messie, fils du roi David, réside dans sa capacité à juger au nez. Appliquée au profane, cette notion donne plusieurs expressions de sagesse populaire, comme si il préexistait une étincelle messianique en chaque être humain.

Ce perfectionnement du sens de l’odorat est lié en fait à un degré de prophétie qui attend l’annonce messianique pour s’exprimer. Perçue comme une aberration, la racine de cette capacité étant en fait justement l’hiver dans le mois de Heshvan-Boul, temps où le monde a basculé de l’humide au sec une première fois, favorisant pleinement l’expression de l’odorat, contrairement au phénomène naturel.

Dans la désolation actuelle liée à l’absence du Temple, la potentialisation finale de l’odorat est encore attendue. Mais Heshvan attend la plus belle des fêtes de l’année juive, celle de l’inauguration du troisième Temple enfin reconstruit.

  

Israel Magazine / Noémie Grynberg 2005
En collaboration avec le Dr Shlomo Chiche

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