Les relations judéo-chrétiennes : une incompatibilité doctrinale et théologique

Les dernières tergiversations du pape Benoît XVI concernant la levée de l’excommunication de 4 évêques intégristes dont un ouvertement révisionniste, relancent la polémique concernant les relations judéo-chrétiennes.
Arnold Lagémi, professeur de philosophie et licencié en théologie catholique, analyse de façon très pertinente l’attitude ambiguë de l’Eglise face à Israël.

Arnold Lagémi, juif originaire d’Algérie, est un ancien élève des Jésuites. Ayant fait un retour au judaïsme grâce à Manitou, il connaît donc parfaitement de l’intérieur les deux religions. Il sait débusquer la pensée des canons de l’Eglise et reste un observateur vigilent et engagé aux côtés d’Israël contre les tentatives de falsifications théologiques.
Pour Arnold Lagémi, le retour de l’antisémitisme de ces dernières années à travers les propos et attitudes de l’Eglise aujourd’hui ne sont que la résultante de 2000 ans de propagation de la pratique de la haine.

L’analyse d’Arnold Lagémi souligne que l’antisémitisme est une tradition occidentale, fondée sur le patrimoine de ses valeurs communes. Le caractère inéluctable de l’antisémitisme chrétien se fonde sur la mort du judaïsme, ce qui induit une tentative de substitution, l’Eglise devenant le ‘’nouvel Israël’’ et ne se justifiant que par sa volonté de convertir. Le christianisme a donc pour vocation de tenter de remplacer Israël dont il prétend être l’héritier. L’existence des Juifs, surtout si elle s’inscrit dans un renouveau national et donc historique, disqualifie la prétention chrétienne à la messianité. Le caractère de l’antisémitisme reste par conséquent profondément théologique dans l’inconscient car basé sur la peur du rassemblement des Juifs comme continuité historique. Les Juifs qui se revendiquent comme tels n’ont jamais été acceptés religieusement ni politiquement saufs morts ou intégrés. Jamais l’Eglise, en tant qu’Institution, n’a envisagé la perspective d’un revirement doctrinal au regard du rétablissement de la vérité historique qui aurait conféré à l’aveu du pardon un crédit d’authenticité et de moralité. D’où l’évidence de l’impossibilité de convergence entre les deux doctrines, les deux systèmes dont l’un ne justifie son existence que par l’éloignement, voire la disparition de l’autre.
Cette réalité matricielle explique la vocation antisémite du christianisme. Beaucoup de Juifs ne voulant pas reconnaître son aspect irréductible, attribuent à l’attitude amicale et repentante de quelques Chrétiens, la portée illusoire d’une évolution théologique.
La constante de la position chrétienne face aux Juifs, à leur destin, à leur mission n’a pas varié et s’inscrit dans une cohérence religieuse inévitable quant à la sauvegarde de la doctrine.
Un avenir commun est-il tout de même possible entre judaïsme et chrétienté ? Arnold Lagémi n’est pas crédule.

Noémie Grynberg : Les dernières décisions du Pape sont-elles surprenantes ?
Arnold Lagémi
: Le Pape utilise le langage casuistique* jésuite. Il use de la langue de bois du Vatican. Sa condamnation du négationnisme est une déclaration politique pas théologique. Il n’y a pas réellement de geste réparateur. Il y a un semblant de renoncement à l’anti-judaïsme mais sans y renoncer vraiment. La base de l’Eglise est théologique. Il y a donc un rapport de concurrence vitale entre elle et Israël.

* (théologie morale qui s’attache à résoudre les cas de conscience. Dans son sens péjoratif : subtilité excessive. En terme moderne : pinailler)

N. G. : Que peut-on attendre de Benoît XVI ?
A. L.
: Le pape agit par opportunisme. Il reste jésuite dans son attitude.

N. G. : Constatez-vous une régression dans les relations judéo-chrétiennes ?
A. L.
: Formellement non. Le problème reste sous-jacent. De temps en temps une éminence de vérité sort de l’Eglise. Mais judaïsme et christianisme restent des rivaux doctrinaux.

N. G. : Quelle est précisément l’incompatibilité entre judaïsme et Vatican ?
A. L. : L’Eglise base son assise sur le remplacement d’Israël. Pour elle, les Juifs sont disqualifiés. En se faisant passer pour le Nouvel Israël, elle tente de tromper l’Histoire. Or Israël est toujours vivant et reste l’héritier légitime. L’Eglise voudrait faire croire que nous sommes frères. C’est une antinomie.

N. G. : Pourquoi selon vous les relations judéo-chrétiennes sont-elles un leurre ?
A. L.
: L’existence des Chrétiens est fondée sur la mort des Juifs. Ils sont donc concurrents. Pour justifier et légitimer théologiquement l’existence chrétienne, l’Eglise doit discréditer les Juifs de l’Histoire. Cette amitié est donc fausse puisque basée sur la notion de remplacement des uns par l’autre. Il s’agit d’une perversion.

N. G. : Y a-t-il possibilité théologique de réconciliation ?
A. L.
: Entre les hommes oui, entre les doctrines non. Le rapprochement des vertus humaines est possible. Par contre, les théologies sont inconciliables. Le problème de l’Eglise est qu’elle ne reconnaît pas cette position d’incompatibilité.

N. G. : Quel avenir commun pour les relations judéo-chrétiennes ?
A. L.
: L’amitié reste possible entre hommes pas entre religions. L’Eglise peut rester ce qu’elle est si Israël n’est plus Israël. Alors, il ne reste plus de concurrence. Pour ce faire, l’Eglise n’a de cesse de rappeler l’incompétence d’Israël dans son rôle historique. Si elle prétend l’avoir remplacé, c’est qu’Israël est discrédité.

N. G. : Finalement, Vatican II est-il une parenthèse dans l’Histoire des relations judéo-chrétiennes ?
A. L.
: C’était une étape messianique importante. Mais cette position, remise dans son contexte de l’après Shoah reste opportuniste. En effet, à l’époque, personne ne pouvait plus entendre un discours purement anti judaïque. Puis il a évolué. Aujourd’hui, il devient antisioniste. Mais la doctrine, elle, garde son fondement anti judaïque.

N. G. : Pourquoi le judaïsme ne voit pas la fausseté des relations judéo-chrétiennes ?
A. L.
: Les Juifs souffrent d’une maladie chronique : le mal d’amour. Ils sont tellement à la recherche de la moindre marque d’affection, qu’un simple geste, une parole leur suffit pour devenir amnésiques. Lorsque les Chrétiens visent l’affect, les Juifs perdent la mémoire.

 
Noémie Grynberg 2009

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Commentaires (4)

Béatrice Koch
  • 1. Béatrice Koch | 27/04/2009

UN FILS D’ISRAËL



J’ai vu ce matin un fils d’Israël affublé d’habits sacerdotaux. Mitré, le dos un peu voûté sous le poids de cet équipage incongru, il étreignait une croix de sinistre mémoire, timidement, comme pour se fondre en elle et disparaître à l’ombre de cette cathédrale complice du martyre de tant de ses frères, comme si, malgré lui, il avait voulu se soustraire à leurs regards réprobateurs, conscient que la flamme que le Christ avait allumée dans ses yeux ne parviendrait peut-être pas à les embraser, eux.

Ce spectacle, pour si majestueux qu’il fût, me donna la nausée et même les accords quasi-divins de l’Alléluia de Haendel ne purent dissiper mon malaise.

Comme Marie-Madeleine pleurant devant le tombeau vide, je demande : où a-t-on mis mon Seigneur ? Lui qui n’avait pas où reposer sa tête, pourquoi lui a-t-on construit ces bâtisses démesurées et froides comme des mausolées ?

Lui qui a lavé les pieds de ses amis, qui a laissé une prostituée baigner ses propres pieds de larmes et les essuyer de ses cheveux, pourquoi lui offre-t-on ces pâles simulacres, orgies d’étoffes et de vaisselles précieuses pendant la semaine sainte dans la ville du Grand Roi ?

Lui qui s’est laissé clouer au bois comme un bandit pour ôter les péchés du monde, pourquoi a-t-on exploité son nom pour accuser au lieu de pardonner ?

Seigneur, je suis lasse de nos dévotions désincarnées ! Laisse-moi aller vers ton peuple, chair de ta chair, pétri à tous les creusets du monde, comme toi meurtri, peuple enfin rassemblé, contraint chaque jour de relever au pied du mur le défi de sa destinée, petit troupeau emporté par tous les vents de folie, errant dans le désert brûlant à la rencontre de son Berger.

Laisse-moi retrouver la terre où fleurit le bougainvillier, terre malgré tout nue sous l’œil des canons, terre épousant inlassablement la lumière aux contours de ses roches arides où je sens battre ton cœur plus sûrement qu’en nos cathédrales car c’est sur cette terre-là qu tu reviens !



1985
( après une messe télévisée célébrée par le Cardinal Lustiger en la cathédrale Notre-Dame de Paris )
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Béatrice Koch
  • 2. Béatrice Koch | 28/04/2009

Ai trouvé une belle illustration des propos de Mr Lagémi dans le commentaire du jour (d'aujourd'hui) d'un site catho "l'Evangile au Quotidien" que je vous copie ci-après mais une attitude plus proche de ce que découvrent de nombreux chrétiens actuellement (y compris cathos) est celle d'un article récent de Michel Rémaud "Pour lire le Nouveau Testament, faut-il être juif ?" que je vous propose de découvrir:
http://www.un-echo-israel.net/Pour-lire-le-Nouveau-Testament

Il existe une littérature chrétienne importante contre la théologie de la substitution (de l'Eglise à Israël)- à commencer par Paul lui-même dans les chap.9,10 et 11 de son épître aux Romains - et contre l'enseignement du mépris, mais ce n'était plus ou pas encore celle de ce Cyrille d'Alexandrie...
Ce que j'ai découvert personnellement, c'est une réelle proximité spirituelle entre Juifs et Chrétiens vivant la Parole de D. par le Saint-Esprit. Parfois Hassidim et chrétiens charismatiques (pas exclusivement) sont tellement sur la même longueur d'onde qu'il n'est pas impossible de croire que le "nouvel" ou "verus Israël" pourrait être l'association des 2, bref, un miracle. N'y croyez-vous pas ?

Le mardi de la 3e semaine de Pâques : Jn 6,30-35
Commentaire du jour
Saint Cyrille d'Alexandrie (380-444), évêque et docteur de l'Église
Sur Isaïe, IV, 1 (trad. Sr Isabelle de la Source, Lire la Bible, Mediaspaul 2000, t. 6, p. 112)

« C'est mon Père qui vous donne le vrai pain venu du ciel »

« Chantez au Seigneur un cantique nouveau ! » (Ps 95,1) Nouveau est le cantique, pour s'accorder aux réalités nouvelles ; Paul l'a écrit : « Si quelqu'un est dans le Christ, il est une créature nouvelle ; le monde ancien s'en est allé, un monde nouveau a été fait » (2Co 5,17). Ceux qui étaient Israélites par le sang ont été libérés de la tyrannie des Égyptiens grâce au médiateur de ce temps-là, le très sage Moïse ; ils ont été libérés de la corvée des briques, des sueurs inutiles des tâches terrestres..., de la cruauté des surveillants, de la dureté inhumaine de Pharaon. Ils ont traversé la mer ; dans le désert, ils ont mangé la manne ; ils ont bu l'eau jaillie du rocher ; ils ont passé le Jourdain à pied sec ; ils ont été introduits dans la Terre de la promesse.

Or, pour nous, tout cela s'est renouvelé, et le monde nouveau est incomparablement meilleur que l'ancien. Nous avons été libérés d'un esclavage, non terrestre, mais spirituel ; nous avons été délivrés non plus des tâches de cette terre, mais de la souillure des plaisirs charnels. Nous avons échappé non aux contremaîtres égyptiens ou au tyran impie et impitoyable, homme comme nous, mais aux démons malins et impurs qui incitent à pécher, et au chef de leur engeance, Satan.

Nous avons traversé les flots de la vie présente, comme une mer, avec son tumulte et ses folles agitations. Nous avons mangé la manne spirituelle, le pain descendu du ciel, qui donne la vie au monde. Nous avons bu l'eau jaillie du rocher, en faisant nos délices des eaux vives du Christ. Nous avons traversé le Jourdain grâce au saint baptême que nous avons été jugés dignes de recevoir. Nous sommes entrés dans la Terre promise aux saints et préparée pour eux, cette terre dont le Seigneur fait mémoire en disant : « Bienheureux les doux, car ils recevront la terre en héritage » (Mt 5,4).

marom m
  • 3. marom m | 30/12/2009

Esaie 53
Psaumes 2

Jean-Michel SIMON
  • 4. Jean-Michel SIMON | 10/07/2011

Je viens d'une famille catholique. Pourtant, j'ai ressenti une souffrance toute particulière quand j'ai découvert que des Juifs qui portaient le même patronyme que le mien ont été déportés et exterminés.

Au fond de moi-même, je me sens Juif et non chrétien. Je compte me faire débaptiser prochainement. Je ne sais pas si je pourrais retourner au judaïsme ? Pour le moment, j'essaie d'améliorer mon comportement, de corriger mes travers. J'aimerais rencontrer des Juifs et non-Juifs qui s'intéressent au judaïsme. Nous pourrions former un groupe de Bnei Noah, sous autorité rabbinique. (Je vous conseille les articles consacrés aux Bnei Noah sur "breslev.co.il", ainsi que le site "Leava" - les cours du Rav Ron Chaya sont vraiment intéressants (par exemple la leçon intitulée "Guermamia")... Je suis isolé et je recherche des personnes qui ont le désir d'être au service d'Hashem.

Contactez-moi svp (jacopo@hotmail.fr)

Dans un autre domaine : je suis aussi passionné de peinture...

Jean-Michel SIMON (jacklemon@hotmail.fr ou jacopo@hotmail.fr)

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