Amitié France-Israel : un lien indéfectible

Lors de son voyage en Israel en novembre dernier, le groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée nationale a été reçu par les plus hautes instances israéliennes : le Président Moshé Katsav, le Premier Ministre Ariel Sharon et le Ministres des Affaires Etrangères Sylvain Shalom. La délégation française tente ainsi d’œuvrer pour la paix et le rapprochement entre les deux pays. Elle se bat également pour qu’Israel rentre dans la francophonie : un lien et un vecteur de communication supplémentaires entre les deux Etats.

Monsieur Rudy Salles, vous êtes le Président du groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée nationale. Quelles sont les circonstances qui vous ont amené à vous intéresser à Israel ?
R.S.
: D’abord, je m’intéresse à Israel depuis très longtemps parce que pour moi la création de l’Etat d’Israel est une des plus belles aventures humaines du 20e siècle, avec la création de l’Union Européenne. Elles m’apparaissent comme deux aventures humaines extraordinaires. Je souhaite qu’elles réussissent. Ensuite, Israel est une démocratie et pour moi une démocratie vaut mieux que toutes les dictatures. Evidemment, je suis à priori un ami de la démocratie et à priori aussi hostile aux totalitarismes. Une démocratie, un pays de droit qui respecte la justice, tout cela fait beaucoup d’arguments pour que je milite en faveur d’Israel. Enfin, j’ai aussi des raisons personnelles d’être proche d’Israel parce qu’une partie de ma famille est juive. Par conséquent, tout cela fait que je suis très attaché et très intéressé par ce pays.

Comment êtes-vous devenu Président du groupe d’amitié France-Israël à l’Assemblée nationale et Président de l’association France-Israël Côte d’Azur ?
R.S.
: A l’Assemblée nationale, je suis membre de ce groupe depuis que je suis député, c’est-à-dire depuis maintenant 15 ans. J’en ai été le vice-président et depuis la dernière législature, j’ai été élu président. C’est en quelque sorte la suite d’un cursus à l’intérieur d’un groupe d’amitié avec lequel j’ai travaillé pendant très longtemps. J’ai voulu mettre au service de ce groupe d’amitié ma fougue et mon travail pour Israel. Ce qui me fait surtout très plaisir dans ce groupe qui est le plus nombreux de l’Assemblée nationale – 103 députés – c’est que toutes les formations politiques sont représentées y compris les communistes. Ce qui me fait plaisir aussi, c’est qu’à l’issue de notre voyage en Israel, nous repartons sur une tonalité consensuelle. C’est assez exceptionnel et cela mérite d’être souligné. L’Association France-Israel Côte d’Azur, je la préside depuis presque 20 ans. C’est une association qui a beaucoup d’activités. Elle organise des conférences et sort un petit journal. Malheureusement, lorsqu’il y a des attentats en Israel, nous posons des gerbes au Monument aux Morts de Nice pour montrer notre solidarité. Losqu’il y a des événements qui nous déplaisent, comme la venue de Monsieur Bashar El Hassad à Paris, nous manifestons notre mécontentement dans les rues de Nice. Quant à la disparition de Ron Arad, j’avais débaptisé la Place Masséna qui est la place centrale de la ville de Nice pour l’appeler Place Ron Arad. C’est un jalonnement d’événements que nous essayons d’organiser pour bien faire prendre conscience aux Niçois et aux Azuréens qu’Israel est un pays ami. Nous avons une responsabilité toute particulière parce que nous sommes riverains de la Méditerranée donc voisins. J’ai plaisir à dire que Nice est la ville française la plus proche d’Israel ne serait-ce que géographiquement mais j’espère aussi par le cœur.

Quel est l’objectif politique que vous développer à ces postes ?
R.S.
: Renforcer l’amitié entre la France et Israel et renforcer la compréhension mutuelle. Il faut absolument que les Israéliens comprennent les Français et les Français les Israéliens, que ce soit au niveau des peuples ou au niveau des pouvoirs politiques parce que nous sommes des amis, souvent des frères et des sœurs. Par conséquent, il n’y a aucune raison pour qu’un malentendu s’installe. Il peut en exister, même dans les familles. Mais quand il y a un malentendu, il faut le briser pour qu’il disparaisse et que l’entente soit retrouvée.

Quel est le but de votre actuel voyage en Israel et quelles retombées en attendez-vous ?
R.S.
: Rencontrer l’ensemble des personnalités israéliennes pour leur faire passer le message de la France et entendre le message d’Israel. Ce que nous en attendons, c’est que ce voyage puisse servir avec d’autres missions et avec d’autres efforts à un rapprochement entre la France et Israel.

Comment pensez-vous pouvoir promouvoir ou renforcer la coopération scientifique, économique et technologique entre Israel et la France ?
R.S.
: Concrètement, nous sommes en train de mettre sur pied un jumelage, un accord entre l’Université Hébraique de Jérusalem et l’Université de Nice-Sophia Antipolis. C’est quelque chose qui nous tient à cœur parce qu’il faut absolument que les scientifiques français et israéliens puissent travailler ensemble. C’est dans l’intérêt non seulement des savants, mais aussi de la science donc de l’Humanité. C’est un exemple parmi d’autres et nous y attachons du prix. Par ailleurs, je suis en train de mettre sur pied des échanges de correspondants. Aujourd’hui, les jeunes n’écrivent plus, ils envoient des mails. Je souhaite faire des jumelages entre des jeunes de collèges français et israéliens qui correspondraient par mail et qui par ce biais arriveraient à découvrir le pays de l’autre. A partir de cette découverte par internet, ils devraient faire un mémoire, un rapport pour dire comment ils voient la France du côté israélien et comment ils voient Israel du côté français. Mon association France-Israel remettrait un prix à chacun de ces élèves : un billet d’avion pour aller passer quelques jours dans la famille d’accueil de part et d’autre. Voilà un projet qui ne coûte pas grand chose, qui est une initiative simple mais qui permet de montrer qu’au niveau des jeunes aussi on peut jouer le jeu du rapprochement entre nos deux pays.

Qu’attendez-vous du renforcement des liens entre les deux pays ?
R.S.
: Le renforcement des liens est multiple : sur le plan culturel, scientifique, humain, touristique. La France est un magnifique pays que les Israéliens aiment visiter, Israel est un magnifique pays que les Français aiment visiter. Il faut renforcer tout cela. Par exemple, j’organise chaque année le Yom Haatsmaout à Nice car nous avons des amis Israéliens. Nous allons organiser pour le prochain Yom Haatsmaout une grande fête franco-israélienne avec un spectacle israélien, dégustation de spécialités israéliennes, et musique israélienne pour bien faire découvrir et assurer la promotion d’Israel. Je ne souhaite pas qu’on parle d’Israel simplement à propos des problèmes du Proche-Orient mais qu’on puisse aussi en parler d’une autre façon, mettre en valeur toutes les richesses, toutes les beautés de ce pays.

Pensez-vous pouvoir œuvrer efficacement au sein de l’Assemblée nationale en faveur du rapprochement des deux pays ?
R.S.
: Oui parce quand on est un groupe d’amitié de 103 députés, on a du poids. On représente quelque chose. Lorsque nous entamons des actions, elles font du bruit. Nous souhaitons donc en faire de plus en plus. Tant pis pour ceux qui n’aiment pas le bruit. Il faudra qu’ils s’y habituent. Avec le groupe d’amitié France-Israel, nous souhaitons en tout cas que ce soit un bruit mélodieux, qui véhicule l’amitié entre nos deux pays.

Quelle place souhaiteriez-vous voir jouer la France aux côtés d’Israel ?
R.S.
: Je voudrais dire le premier comme dans le passé. La guerre des Six Jours a été gagnée par Israel avec l’aide de la France. Lorsque l’on voit à la Knesset les magnifiques tapisseries de Chagal offertes par le Général De Gaule, on est à la fois fier et nostalgique d’être Français. Mais je souhaiterais qu’on soit à nouveau simplement fier et qu’on mette la nostalgie de côté pour que la fierté de cette amitié totalement retrouvée puisse à nouveau être contemporaine.

Personnellement, quels sont vos pronostiques concernant l’avenir de chacun des deux pays et leur avenir commun ? Etes-vous optimiste ?
R.S.
: Je suis tout à fait optimiste. Je pense que l’avenir entre nos deux pays est une histoire ancienne et qui se prolongera éternellement. Pour beaucoup de raisons : parce que la France a joué un grand rôle aux côtés d’Israel au moment de son indépendance mais aussi parce qu’il y a en France une communauté juive très importante, la première d’Europe, et que cela crée un lien indéfectible. Par conséquent, ce lien-là ne peut pas être distendu même si de temps en temps, il y a des brouilles passagères. Donc je pense que cet avenir, il faut le travailler à partir d’une conscience collective de part et d’autre en disant que ce lien doit être fort. L’avenir doit être constructif. Il faut que la France puisse aider Israel et qu’Israel puisse aider la France parce que nous avons des problèmes en commun. Israel lutte contre le terrorisme, nous aussi. Israel veut se doter des technologies les plus modernes pour pouvoir être un pays de pointe dans l’avenir, la France aussi. Dans ces deux domaines nous avons des liens. Et puis évidemment, la France est le pays des arts, de la culture et Israel aussi. Il y a ici une des plus forte concentration au monde d’artistes, d’écrivains, de sculpteurs, de musiciens. Ce lien-là, comment voulez-vous qu’il ne soit pas fort entre nos deux pays ?

Ce n’est pas votre premier voyage en Israel. A quand remonte le précédent et quels changements avez-vous constaté depuis ?
R.S.
: Le précédent remonte à février 2002. J’étais venu avec François Bayrou pendant la campagne des présidentielles. C’était un voyage extrêmement intéressant. Le changement, c’est que j’ai trouvé le pays plus optimiste qu’il ne l’était il y a un an et demi. Pendant notre séjour la dernière fois, nous étions dans une période terrible d’attentats. Aujourd’hui, je trouve que le pays reprend confiance, espoir. Pour moi, c’est un point extrêmement encourageant. C’est un sentiment d’espoir que j’emporte avec moi.

Quel message aimeriez-vous laisser aux Israéliens au terme de votre voyage de solidarité ?
R.S.
: Un message simple : leur dire que je les aime, que si nous sommes là, c’est que nous nous aimons. Nous devons cultiver cet amour et nous devons peut-être de temps en temps nous témoigner davantage de marque d’affection. Nous avons parfois un amour un peu tumultueux, comme deux amants qui s’aiment. Nous sommes des amoureux passionnés et parfois la passion amène à quelques excès qu’il faut corriger. Le message est bilatéral. Lorsque vous parlez aux Français d’Israel, ils estiment qu’Israel est un beau rêve qui se réalise. Je souhaite que nous ayons la possibilité de retrouver le chemin de l’admiration mutuelle. Les Israéliens ont toujours admiré la France, les Français ont toujours admiré Israel. Il faut que cette admiration réciproque soit cultivée entre nous.


Propos recueillis par © Noémie Grynberg 2003

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Commentaires (1)

Levy cedric
  • 1. Levy cedric | 03/10/2010

bonjour je m'appel Levy cedric et j'etudie a Netanya en Israel.
Je fais actuellement un projet sur le jumelage Nice Netanya , j'aimerais avoir des informations , des declarations... et biensur du rapprochement France Israel.
Merci d'avance.

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Date de dernière mise à jour : 20/08/2012

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