2014 : les zones de tension dans le monde

En 2014, la géopolitique et la stratégie internationale fluctuantes restent sous le signe des rivalités dans plusieurs points chauds de la planète.

Le réalignement diplomatique des Etats-Unis
Désormais, dans la politique de réajustement entreprise depuis 5 ans par Barak Obama, les Etats-Unis n’assurent plus seuls la sécurité de leurs alliés mais partagent avec eux le "fardeau" des responsabilités. Délaissant la rhétorique de "l’axe du mal" et du "terrorisme international", l’actuel Président américain amorce, comme prévu, le retrait complet progressif de ses troupes d’Afghanistan. Ce qui risque de déstabiliser par ricochet les pays frontaliers : le Turkménistan, l’Ouzbékistan et le Tadjikistan. En Egypte, Washington "recalibre" son aide en suspendant la livraison de gros matériel militaire. De même vis-à-vis de l’Armée syrienne libre, luttant pour faire tomber le gouvernement de Bashar el-Assad. Ainsi, dotés d'une plus grande autonomie énergétique, les USA se dégagent peu à peu politiquement du Moyen-Orient tout en restant présents énergétiquement et stratégiquement. En fait, la Maison Blanche souhaite déplacer le centre de gravité de sa diplomatie vers la région Asie-Pacifique afin de limiter la puissance chinoise. Pour preuve : l’envoi en décembre dernier de bombardiers B-2 en Mer de Chine, après la proclamation par Pékin d’une « zone d’identification aérienne » s’étendant de la Corée du Sud à Taïwan. Les Etats-Unis s'appuient dorénavant sur des puissances régionales moyennes comme l’Indonésie, les Philippines, le Vietnam, Taïwan et la Corée du Sud.

Le Pacifique en alerte
SenkakuCes dernières années, les rivalités en mer de Chine orientale se sont donc accrues. Pékin y a brutalement affirmé sa puissance en envoyant des navires de guerre sur les îles Senkaku sous souveraineté japonaise. Les dirigeants chinois veulent par là bousculer le « pays du Soleil levant », l’autre grande puissance asiatique, et entendent s’assurer une sphère d’influence dans le Pacifique occidental. Leurs revendications ne sont pas neuves et durent depuis 25-30 ans. Le conflit entre la Chine et les pays riverains reste éminemment géopolitique. En effet, les enjeux s’avèrent économiques (pétrole off-shore) et stratégiques (voies de passage des flux pétroliers entre le golfe Arabo-persique et l’Extrême-Orient). Du coup, face à l’Empire du Milieu de plus en plus conquérant et aux menaces permanentes de la Corée du Nord, le Japon se réarme, avec la bénédiction des Philippines. Car Manille se montre favorable à l’implication plus forte de Tokyo dans la sécurité régionale. Et ce, afin de contrebalancer la montée en puissance militaire chinoise et le danger nucléaire majeur du régime nord-coréen, doté de missiles balistiques toujours plus performants.

La désintégration du Moyen-Orient
Globalement, l’espace qui relie la Méditerranée orientale au Golfe, menacé par des forces internes et externes de dislocation, est confronté au risque de partitions ethnico-confessionnelles. C’est le cas notamment de l’Irak et de la Syrie. En Irak, l’Etat fédéral tel qu’il a été défini par la Constitution de 2005 ne fonctionne guère. Le pays est plongé dans un chaos entre pouvoirs sunnite et chiite. Parallèlement, les velléités d’indépendance des Kurdes vont croissantes. En Syrie, la guerre civile meurtrière se poursuit entre Armée syrienne libre (ASL), groupes islamistes et jihadistes, et forces gouvernementales. Malgré la résolution 2118 des Nations Unies Eiilsur le désarmement chimique du régime syrien et un improbable cessez-le-feu promis par Bashar Assad, la menace d’extension du conflit aux pays voisins demeure pressante. Comme au Liban, satellite direct de la Syrie, où le Hezbollah fort de 40.000 combattants surarmés par Damas et Téhéran, constitue un Etat dans l’Etat. Confronté à de nouvelles vagues de violences et d’attentats, le Pays du Cèdre se dirige-t-il vers une nouvelle guerre à caractère sectaire ? En tout cas, pour la première fois depuis deux ans, Israel a rappelé ses troupes à sa frontière nord car la situation libanaise risque aussi de déborder.

L’instabilité de l’Afrique du nord
En Egypte, le récent référendum constitutionnel approuvé haut la main, s’est déroulé en pleine vague de répression sanglante visant les partisans de Mohamed Morsi, l’ex président islamiste destitué, et les Frères musulmans en particulier. Ces derniers accusent d’ailleurs les militaires d'avoir perpétré un "coup d'Etat" le 3 juillet 2013. La confrérie radicale montée au pouvoir en 2011, a été depuis déclarée «organisation terroriste» par le gouvernement intérimaire. En effet, l’armée l’accuse d’aider les auteurs des attentats quasi-quotidiens contre les forces de l’ordre, en dépit de leur revendication par des groupes jihadistes sans lien connu avec l’organisation panislamiste.
De son côté, politiquement et culturellement, la Lybie semble divisée en deux. Le Congrès Général National (CGN, le Parlement libyen) ne parvient pas à un consensus sur le sort du gouvernement. Le pouvoir actuel est régulièrement critiqué pour n'avoir pas su rétablir la sécurité dans le pays, plus de deux ans après la chute de Mouammar Kadhafi. Suite aux violents combats entre partisans de l'ancien dictateur et forces de l’ordre libyennes, mi-janvier, le CGN a décrété l'état d'urgence.

L’islamisation de l’Afrique subsaharienne
Les avancées effectives de l’islam au Mali, en Centrafrique, au Kenya, en Somalie sèment la terreur. La facilité de sa diffusion en Afrique s'explique par le fait que désormais les pays du Golfe y financent la construction de mosquées et d’écoles coraniques. Ainsi, la zone compte actuellement 30% de musulmans. De ce fait, les affrontements interconfessionnels en République centrafricaine (RCA) tournent au conflit religieux et pourraient avoir des répercussions à l'échelle régionale. Le pays est dans la tourmente depuis que les rebelles, musulmans pour l'essentiel, ont lancé leur offensive il y a un an. Depuis, les violences meurtrières sont quotidiennes dans la capitale Bangui. La mission du prochain Président de transition sera de tenter de recoudre une nation en lambeaux. Pour sa part, le Kenya connait encore une série d'attentats à la bombe et à la grenade. En Somalie, en état de guerre civile depuis deux décennies, les islamistes shebabs constituent toujours le principal obstacle au retour de la paix. Ils continuent de contrôler de vastes zones rurales, imposant la sharia aux populations locales.

Les appétits russes
Pour le maître du Kremlin, l’Ukraine, sa riche voisine, n’est pas perçue comme une nation libre et autonome. Au contraire, elle fait partie des desseins régionaux de la Russie. De leur côté, les Ukrainiens qui souhaitent rejoindre l’Union Européenne maintiennent la pression, tiraillés entre leur aspiration à se rallier à l’Ouest et les appétits puissants de Moscou. Depuis deux mois, les échauffourées entre manifestants pro-européens et forces de l’ordre se durcissent. Mais la population elle-même est partagée entre catholiques à l’ouest et orthodoxes pro-russe à l’est. La remise en cause de la sphère d’influence du Kremlin par l’Ukraine a donc bien toutes les chances de déboucher sur une confrontation économico-politique. Enfin, le Caucase russe affiche lui aussi des revendications nationalistes qui ne plaisent pas à Vladimir Poutine. Les motivations anticoloniales des rebelles caucasiens, appartenant à la mouvance du salafisme radical liée à Al-Qaïda, les ont conduits à perpétrer l’attentat meurtrier de Volgograd le 30 décembre dernier.


Noémie Grynberg / Israel Magazine 2014

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Date de dernière mise à jour : 16/09/2014

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