Fatah-Hamas : à la recherche d’une chimérique union politique

AP.jpgDepuis avril 2011, les divisions internes entre Fatah et Hamas ont constamment repoussé les échéances des prochaines présidentielles et législatives, initialement prévues en mai prochain, dans les territoires autonomes palestiniens. En février dernier, le nouveau pacte conclu entre Mahmoud Abbas et son concurrent exilé à Doha (Qatar), Khaled Mechaal, tentait une fois de plus de remettre à l’ordre du jour le processus de reconnaissance d’un État palestinien par la communauté internationale, dont la date butoir est fixée à septembre 2012.

Après des semaines de négociations, le Fatah (Mouvement national palestinien de libération) et le Hamas (Mouvement de résistance islamique), les deux principales organisations palestiniennes, semblaient enfin parvenus à s’entendre fragilement sur une nouvelle plateforme politique en vue des élections attendues. L’engagement conférait au chef de l’AP le poste de Premier ministre. En contrepartie, le Hamas exigeait tous les ministères clés du futur gouvernement, y compris le Ministère de l'Intérieur, et insistait pour maintenir la structure actuelles des forces de sécurité de Gaza. Cette demande laissait ainsi aux miliciens sunnites le contrôle exclusif de la bande côtière tout en gardant une influence sur les enclaves de Judée et de Samarie. En concluant cet accord, Khaled Mechaal pensait sans doute préparer le terrain pour sa propre ascension.
Or le pacte intégrait également l’idée d’une résistance non armée contre Israël et la reconnaissance d’un Etat palestinien dans les lignes d’armistice de 1967. Selon Abbas, le futur gouvernement se montrait donc prêt à respecter les accords signés entre l'AP et Israël. Mais cette déclaration a provoqué l'hostilité du Hamas et entraîné encore une fois le report de nomination d’un pouvoir de transition sensé être dirigé par l’actuel Président de l’AP.
Déjà, le Hamas inquiet craignait que le cumul temporaire des attributions de Mahmoud Abbas ne se pérennise. Pour rassurer son partenaire, le Comité exécutif de Ramallah avait envoyé un communiqué indiquant que le double pouvoir du Président palestinien serait "exceptionnel et provisoire, afin de ne pas dépasser le mandat de quelques mois du nouveau gouvernement, le temps de préparer les élections". De son côté, M. Abbas avait réaffirmé son intention de ne pas briguer un mandat présidentiel supplémentaire d’autant que la double fonction s'avérerait contraire à la Loi fondamentale. En fait, sous ses préoccupations de constitutionalité, Khaled Mechaal cacherait son intention de prendre la relève de Mahmoud Abbas à la tête de l'Autorité palestinienne. Mais pour l’heure, les élections sont repoussées sine die.
Quoi qu’il en soit, cette troisième trêve en cinq ans entre Hamas et Fatah prouve son instabilité tant leurs divergences restent nombreuses et affaiblissent les deux camps. Dans l’illusoire réconciliation esquivant les problèmes réels, les deux précédentes tentatives de rapprochement, en février 2007 et mai 2011 salué comme «historique», s'étaient conclues sur des impasses. Devant ce piétinement endémique, les Palestiniens de la rue s’exaspèrent, autant contre le Fatah que contre le Hamas qui ne leur ont apporté ni sécurité, ni État et encore moins la paix. C’est pourquoi ils doutent des chances de succès de cette énième alliance.

Un accord de dupe ?
La réconciliation palestinienne paraît avant tout un moyen de continuer la lutte d'influence entre les frères ennemis. Le chef du politburo sunnite, Khaled Mashaal, a estimé qu’en fin de compte, le protocole d’union ne serait pas achevé cette année, malgré sa déclaration de principes signée avec le président palestinien Mahmoud Abbas.
Conséquence ou pas, dans la bande de Gaza, le contrôle du Hamas se voit de plus en plus contesté. Deux principaux groupes terroristes espèrent lui ravir son pouvoir et l’accusent de «s'écarter de la voie du jihad» en faveur de la réconciliation avec le Fatah.
Ainsi, les Brigades des Martyrs Al-Aqsa, l’aile militaire du Mouvement national palestinien, prétendument démantelée il y a plusieurs années, mènent des opérations armées. Contrairement au Fatah politique qui négocie, ces escouades combattent, notamment contre ses rivales des Brigades Izz al-Din al-Qassam, branche armée du Hamas. Le groupe terroriste Al-Aqsa rassemble un agglomérat hétéroclite de factions très autonomes dépourvues de chef suprême. La base est plutôt constituée de bandes de 15 à 50 hommes liés personnellement à un chef local. Les dizaines de cellules se répartissent géographiquement selon les quartiers, zones rurales, camps de réfugiés, à Ramallah, Djénine, Naplouse, Qalandiya, etc. Mais dissensions claniques et luttes familiales forment autant d’obstacles à toute perspective d’unification des Brigades.
Autre concurrent du Hamas, le Djihad islamique, organisation de tendance chiite financée par l’Iran, se concentre sur l’action politique et la lutte armée. De même qu’Al-Qaïda qui tente de s’implanter dans les territoires autonomes palestiniens.
Enfin les CRP (Comités de résistance populaire) regroupent des membres du Fatah, du Hamas, du Jihad islamique palestinien et des Brigades des martyrs d'Al-Aqsa. Début mars, ils ont revendiqué les tirs de roquettes sur le sud d’Israël, brisant par là la trêve du Hamas. Mais en fin de compte, quels que soient les groupuscules, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

Dorénavant à Gaza, la roue tourne. Les règles du jeu semblent avoir changé. Même si l’organisation sunnite, censée maintenir l’ordre dans la bande côtière, encourage différents groupes terroristes à tirer des roquettes sur Israël, elle n'y est désormais plus l’acteur majeur. Aujourd'hui, le Jihad islamique et les CRP posent un sérieux défi à la domination du Hamas. Les dernières violences ont placé le Mouvement de Résistance Islamique dans la même position que l'Autorité palestinienne avant 2006, lorsqu’elle contrôlait ce territoire. Dans ce contexte tendu, paix et fraternité ne sont donc pas pour demain.


Noémie Grynberg / Israel Magazine 2012

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Date de dernière mise à jour : 06/07/2012

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