La burqa : prescription religieuse ou repli identitaire ?

L’importation de pratiques discriminatoires doit-elle avoir sa place en Occident ? Au nom de la liberté de culte et de croyance, des droits privés et collectifs, l’espace public doit-il se laisser envahir par des traditions sexistes rétrogrades ? C’est de tout cela que relève la problématique du voile islamique intégral.

La question de la burqa (voile traditionnel afghan recouvrant entièrement la femme et empêchant son identification) et de son interdiction pose le problème de la laïcité dans l’espace public et de la liberté de culte. En effet, le caractère d’un Etat définit sa relation à l’institution religieuse. Selon qu’il existe un principe de séparation ou non, l’espace public est envisagé de façon libre ou restreint.
Dans le principe de laïcité à la française, l’espace public est considéré comme neutre c’est-à-dire exempt de tout signe ou caractère religieux. La croyance reste une affaire privée et ne s’exprime donc que dans la sphère particulière, non collective.
A l’inverse, dans le cas de non séparation religion/Etat, la sphère publique et privée ne sont pas distinctes au niveau de la pratique. Les croyances personnelles peuvent s’exprimer et s’afficher en société. Les pays multiculturels comme la Belgique, autorisent les signes religieux ostentatoires dans l’espace public.
Cette distinction de caractère de la sphère collective implique également une différence légale. Pour la laïcité, le port d’insignes religieux viole la loi de la neutralité publique alors que pour le multiculturalisme, la manifestation publique de sa religion relève du droit fondamental.
Cependant, ces deux positions connaissent des critiques. Les détracteurs de la laïcité accusent son hypocrisie. Selon eux, l’espace public ne serait pas neutre mais reflèteraient la religion dominante comme par exemple, les jours fériés (Noel, Pâques, Toussaint, etc. – fêtes chrétiennes). Les adversaires du multiculturalisme dénoncent l’enracinement de coutumes ancestrales contraires à la dignité humaine, au nom des droits collectifs (port du voile, excision, mariage forcé, etc.)

Le droit international admet certaines limitations (sans violation du droit de la liberté d’expression) de manifester ses croyances et pratiques religieuses si elles affectent l’ordre, la santé, la dignité des personnes et la morale publics. Ces restrictions sont donc justifiées sur des bases juridiques visant à assurer la paix sociale. De fait, toute pratique religieuse dégradante pour les êtres humains viole les droits de l’Homme.

Le phénomène de la burqa est apparu en Occident suite à plusieurs facteurs. Premièrement, le djihad déclaré par l’islam radical depuis le début des années 1980.
Deuxièmement, l’échec généralisé de la modernisation du monde arabe qui se replie, en désespoir de cause, sur ses valeurs traditionnelles pour affirmer son identité faute de visibilité internationale. Enfin, la mutation des sociétés multiculturelles et l’apparition des droits collectifs.
Devant l’ampleur du phénomène islamique extrême, les pays d’Europe se sont retrouvés au départ, impuissants à gérer le problème car le consensus régulant l’espace public s’est vu remis en cause, hors cadre juridique spécifique précis. Du coup, les Etats ont dû réfléchir à une nouvelle compétence visant à réglementer le port de la burqa, considérée comme contraire aux droits et à la dignité des femmes.

En fait, la burqa n’est pas une prescription religieuse. C’est une déviation intégriste qui heurte la condition de la femme. Nulle part le Coran ne lui interdit formellement de montrer sa face. Une revendication identitaire ne peut se faire au détriment de la liberté individuelle. La burqa relève du fondamentalisme, pas de l’observance islamique.  
De plus, dans la culture occidentale, on appréhende l'autre au travers de son visage. Une figure dissimulée donne une impression de danger ou de suspicion. En effet, la burqa peut être un moyen aisé de se cacher pour commettre des méfaits ou des attentats terroristes sans être reconnu.

Burqa et sécurité
En Belgique, depuis des années, les revendications communautaires musulmanes contraires à la loi persistent : dérogations accordées pour les photos d’identité de femmes voilées,  port du voile dans l’enceinte de l’école publique, dispense d’éducation physique pour les filles, etc.
Invoquant le respect de la Sécurité publique (une des seules raisons selon la charte des Droits de l’Homme, permettant de limiter légalement le droit à la libre expression de sa religion), la Belgique est devenue le premier Etat européen à interdire le port du voile islamique intégral en 2010. Les députés ont adopté cette mesure à une très large majorité. Le texte formulé en termes généraux érige en infraction le fait de se dissimuler le visage de manière à rendre impossible toute identification. Son objectif vise à interdire l’imposition forcée aux femmes musulmanes de porter un voile intégral.
Ainsi, la burqa est désormais bannie dans l’intégralité de l’espace public ouvert et fermé : rues, jardins, administration, écoles, hôpitaux.
Le voile intégral est considéré par la loi belge comme violant l’obligation de justifier son identité, le respect du principe d’égalité homme / femme, ainsi que le lien social par l’impossibilité de tout contact humain à défaut de pouvoir connaître son interlocuteur.
Le texte, plébiscité par la Chambre des Représentants, prévoit que les personnes qui "se présenteront dans l’espace public le visage masqué ou dissimulé, en tout ou en partie, par un vêtement de manière telle qu’ils ne soient plus identifiables" seront punis d’une amende et/ou d’une peine de prison de un à sept jours.
Mais dernièrement, les autorités belges semblent faire marche arrière. En janvier dernier, le Tribunal de police de Bruxelles rendait un jugement estimant non proportionnelle l’interdiction par une autorité communale, du port de la burqa dans la rue ou dans les lieux publics.

Burqa et citoyenneté
Concernant la France, la liberté religieuse est évoquée dans l'article 10 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789 : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi. » Or, s’appuyant sur ce texte, en contrevenant au principe de neutralité, les musulmans ont commencé à revendiquer leurs pratiques religieuses de l’espace public. Le premier débat se pose lors de l'interdiction du port du voile à l'école. Mais la loi reste évasive. Si bien qu’en février 2010, Jean-François Copé, chef de file des députés de la majorité, soutenu par l'association militante « Ni putes ni soumises » dépose une nouvelle proposition de loi interdisant cette fois le port du voile intégral dans tout l'espace public. En septembre 2010, c’est chose faite. Lors d'un ultime vote du Sénat, le Parlement français adopte définitivement la loi dite « antiburqa » stipulant que toute femme qui déciderait de conserver son voile intégral sera passible d'une amende de 150 euros dans un moratoire d'une demi-année avec stage de citoyenneté. Mais la verbalisation ne sera pas systématique. La femme est regardée ici comme victime et non comme militante. De plus, un homme qui contraindrait une femme à porter le voile intégral écopera sans délai d'une peine pouvant aller jusqu'à un an de prison et 30 000 euros d'amende. La loi doit entrer en vigueur ce printemps 2011. Une seule réserve : l'interdiction ne s'appliquera pas dans les lieux de cultes ouverts au public.


Noémie Grynberg 2011

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