La notion de droite/gauche en politique

En politique, les notions gauche/droite semblent claires et tranchées. Pourtant, il n’en est rien.
La droite est associée à la pensée libérale, conservatrice ou réactionnaire. Or, ces trois courants ne sont pas identiques. Quant à la gauche, elle est identifiée à la pensée humaniste, sociale et révolutionnaire. Ces clichés simplistes sont loin de représenter la multiplicité de la philosophie politique.

La genèse gauche/droite
Le libéralisme originel, né au XVIIe siècle en Angleterre, a été le précurseur de la pensée des Lumières, soucieuse des principes de droit, de citoyenneté, de division des pouvoirs, en réaction à l’absolutisme.
Contrairement à ce que l’on pourrait croire, le concept de Contrat social n’est pas ‘’de gauche’’. Ce sont les penseurs à l’origine de la théorie libérale, Thomas Hobbes (1588-1679) et John Locke (1632-1704) les premiers qui le théorisent. Le philosophe français Jean-Jacques Rousseau (1712-1778) ne le formalisant qu’ensuite, dans le courant de la pensée radicale dont il est le fondateur. Le Contrat social, basé sur les Droits naturels (de vie, de propriété, de liberté), soutient l’idée d’Etat en tant que garant de la défense de ces droits en échange de la soumission volontaire des citoyens à son autorité et à sa souveraineté.

Le radicalisme (ancêtre de la ‘’gauche’’, incarné par la France) est donc une émanation du libéralisme (vu par opposition comme la ‘’droite’’, représenté par la Grande-Bretagne et les Etats-Unis). Tous deux instituent les fondements démocratiques modernes, basés sur des principes humanistes communs : la croyance dans le potentiel humain inné à la raison et au libre arbitre. Cependant des différences de conception sur le rôle de l’Etat et la place du citoyen subsistent au niveau de la forme et des priorités. En effet, pour les premiers, la personne est au cœur de l’ensemble du dispositif du pouvoir alors que pour les seconds, l’Etat prime.

Si les libéraux défendent les droits individuels de la personne, les radicaux préfèrent les droits collectifs de la communauté avec le risque d’enfreindre les droits privés au nom du général. Pour les libéraux, le gouvernement de la majorité assure la stabilité sociale par le biais d’élections et de ses représentants tout en étant limité constitutionnellement. La minorité accepte les décisions de la majorité. Le danger : tyrannie de la majorité toute puissante, intolérance et conformisme. Contre cette vision, le radicalisme propose le gouvernement du peuple c’est-à-dire la volonté générale avec cependant un risque de dérive débouchant sur un élitisme intellectuel minoritaire prétendant détenir la vérité.
La grande peur des libéraux reste en effet le despotisme républicain. C’est pourquoi ils préconisent une limitation du pouvoir, condition de stabilité politique, en le divisant en exécutif, législatif, judiciaire. Le garant en est la constitution, écrite ou non. De même, le libéralisme promeut la décentralisation. Le pluralisme social, intellectuel, politique et constitutionnel de la société (associations, syndicats, organisations professionnelles, etc.) est un garant supplémentaire des intérêts divers. Il comprend la liberté d’expression et d’entreprise (capitalisme). Au contraire, les radicaux préfèrent un pouvoir centralisé fort et s’opposent au particularisme qui affaiblit la volonté générale, ce qui rend difficile les processus de démocratisation.
Enfin, radicaux et libéraux se divisent sur la priorité entre liberté et égalité. Pour les libéraux, trop d’égalité nuit au développement autonome de la personne. La liberté, valeur suprême, prime et peut amener plus d’égalité car l’égalité sans liberté perd son sens. A l’opposé, les radicaux revendiquent une réelle égalité au niveau légal et politique, social et économique, au détriment parfois si nécessaire de la liberté.

Les autres courants de droite
Les deux principales tendances dures sont le conservatisme et la pensée réactionnaire.
C’est un Irlandais, Edmond Burke (1729-1797), qui est à l’origine de la mouvance conservatrice. Inquiet des débordements sanguinaires de la Révolution Française, au nom de la volonté générale, le penseur prend le contre-pied politique. Il prône la continuité dans l’Histoire. L’évolution des institutions sociales doit être graduelle, modérée et résulter de longs processus historiques progressifs. Le conservatisme ne sépare pas religion et Etat. Selon lui, la loi divine reste la loi suprême. L’ordre et la hiérarchie ‘’naturelle’’ règnent. Les nouveautés doivent venir de l’intérieur et s’intégrer dans le cadre ancien tout en conservant l’autorité existante et la tradition. Le principe d’égalité ne rentre pas dans le cadre conceptuel. Et la propriété, base du pouvoir, l’emporte sur la liberté.
Le conservatisme craint donc le désordre et la révolution. Il n’est pas contre les réformes à conditions qu’elles découlent d’un processus naturel d’évolution.
La pensée réactionnaire est un extrême du conservatisme. En général, elle s’oppose à la modernité, au changement, contraires à la tradition. Le présent est perçu comme fondamentalement décadent car loin des institutions héritées du passé. La pensée réactionnaire prône donc une société extrêmement hiérarchisée avec des privilèges selon les classes sociales. Son ennemi mortel reste la révolution populaire.
Les formes modernes de cette pensée extrême s’incarnent dans les dictatures telles que fascisme, franquisme, nazisme (totalitarisme génocidaire absolu), avec leurs variantes respectives mais la même vision d’un pouvoir autoritaire dirigé par un parti unique, nationaliste et anticommuniste, rassemblé derrière un seul homme (culte de la personnalité et importance de la hiérarchie), avec un Etat fort devant lequel l’individu doit s'effacer. Rejetant la notion de droits, de démocratie, de pluralisme, de liberté (d’expression, de culte, d’association, de pensée, d’opinion, etc.), l’autoritarisme de droite s'accompagne d'un Etat policier répressif et sécuritaire, d'une organisation professionnelle corporatiste dans une économie centralisée, d'une méfiance envers les étrangers et d'une société très conservatrice et religieuse.

Depuis les années 1980, on parle de néo-libéralisme. Il s’agit de la prépondérance des lois du marché face à un retrait de l’Etat en matière économique, sociale et juridique (laisser-faire) dont l’incarnation a été la politique de Margaret Thatcher en Grande-Bretagne (1979 à 1990) et de Ronald Reagan aux Etats-Unis (1981 à 1989).

Les autres courants de gauche
Au XIXe siècle en Allemagne, Karl Marx (1818 – 1883) s’interroge sur la société capitaliste de son époque qui voit l’apogée de l’industrialisation, du colonialisme mais aussi du syndicalisme et des changements sociaux profonds. Il s’agit pour le communisme, idéal de justice sociale, d’instaurer la dictature du prolétariat combattant l’inégalité et l’exploitation. Il prône la suppression de l’outil de production privé considéré comme du vol. Marx va plus loin et prêche l’abolition de la famille et de l’Etat en tant qu’institutions bourgeoises et exhorte à la révolution. Le communisme stigmatise le socialisme comme réactionnaire et conservateur du côté des patrons exploiteurs du peuple.
Le bolchévisme, léninisme et stalinisme (totalitarisme) qui ont suivi, se revendiquant du marxisme, sont en fait des déviations despotiques sans réel rapport avec les idées de gauche, hormis la terminologie.
Le trotskisme est une dissidence du communisme. Opposé à la dérive autoritaire du bolchévisme de Lénine puis Staline, la doctrine promeut la révolution mondiale.
Le marxisme est à l’origine de tous les mouvements révolutionnaires mondiaux (de l’Europe à l’Asie en passant par l’Amérique du Sud) qui ont suivis jusque dans les années 1970 : maoïstes, Brigades Rouges, Sentier Lumineux, Khmers Rouges, Viet Minh, etc. Tous ces courants sont classés comme d’extrême gauche.
Le marxisme a également alimenté les mouvements tiers-mondistes de libération nationale. D’où le soutien systématique de la gauche dure aux Palestiniens.

Aujourd’hui, le néo-marxisme s’incarne plutôt dans l’alter-mondialisme et le mouvement écologiste.
Récemment en Occident, le multiculturalisme est apparu comme l’expression postmoderniste du radicalisme. Il remplace l’égalitarisme identitaire républicain (principe de citoyenneté à la française) par l’exaltation du particularisme culturel, les droits de la personne par les droits collectifs, l’individualisme par le communautarisme (Angleterre).

A l’opposé, la social-démocratie représente une alternative non révolutionnaire au radicalisme. Elle se situe entre libéralisme et socialisme, alliant pluralisme, initiative privée et prestations sociales.

Toutes les gauches/droites dans le monde se ressemblent-elles ?
Chaque pays propose sa propre version gauche/droite. En France, le parti socialiste s’inscrit dans la tradition radicale, prônant un Etat régulateur social et économique, tandis que l’UMP penche vers le libéralisme mais dans une version ‘’francisée’’ socialisante.
Aux Etats-Unis, Républicains et Démocrates sortent tous deux de la mouvance libérale ; les premiers plutôt conservateurs, les seconds plus progressistes.
En Grande-Bretagne, le parti Travailliste défend un socialisme pluraliste prenant en compte les réalités économiques du marché. De leur côté, les Conservateurs prônent un capitalisme privé, un Etat peu interventionniste et un allègement des charges sociales publiques.
Enfin en Israël, les débuts de la gauche étaient nettement radicales, socialistes-collectivistes. Aujourd’hui Avoda incarne une tendance social-démocrate. En 1992, l’ancien parti marxiste Mapam se fond à la nouvelle formation Meretz, considérée comme d’extrême-gauche. A droite, le Likoud, héritier du Parti sioniste social créé par Vladimir Jabotinsky, se veut un mouvement libéral. Quant à Israël Beytenou, il s’affirme en faveur d’un Etat-nation laïc.
Pour sa part, Kadima est un agrégat de composants venant de différents courants du spectre politique israélien.

De façon générale, le libéralisme peut être considéré comme le centre-droit, la social-démocratie comme le centre-gauche. Au-delà, de part et d’autre, il s’agit des divisons classiques droite/gauche menant aux mêmes extrêmes ou dérives autoritaires.

Au-delà de la dichotomie
La majorité des démocraties ont adopté un système bipartite même si aujourd’hui, la frontière droite/gauche s’estompe. La réal-politique dicte son agenda socio-économique aux programmes droite/gauche devenus à peu près semblables car répondant aux mêmes impératifs politiques mondiaux et nationaux. C’est pourquoi, on voit souvent un gouvernement de ‘’droite’’ faire une politique de gauche (sociale) et inversement.


Noémie Grynberg 2011

 

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Commentaires (1)

Qaderi Abdulhadi
  • 1. Qaderi Abdulhadi | 05/01/2012

Un très bon effort pour résumer ces deux notions.

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Date de dernière mise à jour : 05/10/2012

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