Les femmes, grandes perdantes des Printemps arabes

Partout en Tunisie, en Egypte, en Syrie, en Lybie, au Yémen, au Bahreïn, les femmes du ‘’Printemps arabe’’ ont défié la société patriarcale dans laquelle elles n’avaient pas voix au chapitre. Elles sont descendues dans la rue pour protester contre des régimes autoritaires, espérant du même coup se libérer des entraves traditionnelles qui les enchainaient. Mais un an et demi après, qu’est-il advenu de leurs révoltes ? Ont-elles seulement été entendues ?

tunisiennes.jpgLes défenseurs des droits des femmes voient rouge. Alors qu’elles ont joué un rôle primordial dans les ‘’Printemps arabes’’ en vue d’une transition démocratique, les femmes n’ont pas échappé à la violence des hommes : coups, insultes, viols. Depuis les révolutions, elles continuent de faire face à une marginalisation encore plus étendue et d’être la proie de nouvelles atteintes, y compris la torture. Elles restent toujours la cinquième roue du carrosse, se voyant maintenant confisquer leur place et reléguer aux stéréotypes régressistes. Face aux requêtes féminines, les gouvernants restent obstinément sourds.

Quels acquis pour les femmes ?
Quelles avancées pour les femmes de ces pays ? En fait pour elles, il n’y a pas d’avant ni d’après Printemps arabe. L’espérance portée par le vent des révoltes il y a un an et demi ne s’est pas montrée à la hauteur de la mobilisation des femmes revendiquant l’égalité des droits, exigeant des lois civiles en lieu et place d’un code de la famille inique, refusant les violences sociales et conjugales. Or pour l’heure, l’état des lieux ne s’avère guère reluisant, que ce soit au niveau économique, institutionnel ou législatif. Dans beaucoup de domaines, la régression parait manifeste, pour ne citer que l’accès à l’emploi et la précarisation des conditions de travail. Les femmes restent particulièrement concernées par les injustices, les inégalités et les humiliations exercées par les nouveaux régimes. Les pouvoirs ont changé ici ou là mais le système demeure. Finalement, les femmes n’auraient rien gagné de toute cette agitation. Au contraire, dans certains pays menacés par l’orbe islamiste, elles voient leur situation empirer. Les organisations féministes et les associations pour la promotion et le soutien de l’égalité hommes-femmes sont désormais menacées d’être dissoutes ou sont la cible de diffamations.

Constat d’échec
Au lieu de la prises en compte de leurs revendications, les femmes arabes assistent impuissantes à la poussée des fondamentalistes. Les lentes réformes démocratiques ne font aucun cas de leurs droits et participation. Dans les nouveaux gouvernements, les femmes n’ont pas plus de place que sous les anciens régimes. Absentes des nouvelles configurations politiques, on ne les voit plus, on ne les entend plus. Dans les faits, la position des femmes n’a pas changé, force de culture et de religion. L’influence des groupes conservateurs, conjuguée à l’ascendant des valeurs patriarcales, contribuent au recul inquiétant au niveau des réformes, depuis la réaffirmation du rôle reproductif des femmes plutôt que de leur statut de citoyennes. Les codes de la famille ne sont dans la plupart des cas que des textes instituant exclusion et discrimination. Envolées donc les espoirs d’égalité des sexes, de laïcité, de liberté de conscience et de culte.
Selon la Fédération Internationale des Droits de l'Homme, ‘’Les femmes sont aujourd'hui confrontées à des tentatives d'exclusion de la vie publique par certains acteurs de la transition et à des discriminations et des violences de la part de groupes extrémistes ou des forces de sécurité, le plus souvent en toute impunité. Dans ce contexte de transition où l'on observe déjà une montée en puissance des forces conservatrices, il est plus que jamais nécessaire de prendre des mesures pour consacrer l'égalité entre hommes et femmes, fondement indispensable d'une société démocratique.’’ Malheureusement, les brutalités envers les femmes demeurent répandues tant dans l'espace public que privé et très peu de mesures sont prises pour y mettre fin.

Islam et droits des femmes incompatibles
L’instrumentalisation du religieux demeure le poison récurrent du monde arabe. Pour l’instant, les changements politiques se font au profit des tenants d’un islam radical qui veut reprendre les femmes en mains. La force des us patriarcaux ainsi que le poids inextricable de la religion tentent de ramener les femmes et les filles sous le joug tout puissant d’une domination phallocratique absolue. Ainsi, le système islamique dans son intégralité traite la moitié de la société arabe comme une sous-humanité. Les femmes, menacées par des lois rétrogrades (Charia), restent voilées, prisonnières de leur foyer, interdites de simple mobilité, incapables de se marier ou de divorcer librement, réduites au silence, mineures à vie. En effet, les règles coraniques ne leur laissent que peu de possibilités d'émancipation sociale. La Charia dans son ensemble garde un impact négatif sur le statut et les droits inférieurs des femmes, notamment concernant les questions relevant du statut personnel, jamais supplantés par le droit laïc. Cette législation religieuse justifie la discrimination à leur encontre jusque dans la vie publique.
D’ailleurs, dans le Rapport mondial sur l'inégalité entre les sexes du Forum économique mondial, les pays arabes figurent encore parmi les bons derniers de la planète. Excision, violences domestiques, négation des droits civiques, misogynie : les femmes n’ont toujours pas de libertés là où l’islam les méprise. Et tant que celui-ci veut imposer le Coran comme constitution, la loi demeurera contraire aux droits des femmes et à l’égalité. Aussi, ces dernières restent-elles les éternels otages du monde musulman.

En conclusion, l'évolution du sort des femmes arabes semble bien fragile. Leur pleine participation aux processus décisionnels, sur un pied d’égalité avec les hommes, reste pourtant une condition déterminante pour l’établissement d’une démocratie juste et durable.


Noémie Grynberg / Israel Magazine 2012

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Date de dernière mise à jour : 17/10/2012

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