Les menaces nucléaires mondiales : Israël en ligne de mire

L’Iran n’est pas la seule menace nucléaire pour le monde libre. Depuis une décennie, la course à l’arme atomique semble s’intensifier dans les pays émergeants non démocratiques. Cette menace bien réelle a de quoi inquiéter à juste titre Israël à défaut d’alarmer la communauté internationale tout entière.

Menace indirecte
Depuis 1998, le Pakistan, pays islamique chaotique, est une puissance nucléaire qui dispose d’un arsenal impressionnant comprenant un parc de missiles balistiques nucléaires. Fin juillet 2007, le pays affirme avoir testé avec succès un missile de croisière pouvant être équipé d’une tête atomique. L’armée pakistanaise assure que ce test consolide sa capacité stratégique et renforce la sécurité nationale.
On manque jusqu’à présent de données fiables sur le système de stockage et d’entretien des armes nucléaires au Pakistan. Cet Etat islamique ne peut pas garantir que ses infrastructures ont le niveau scientifique et technique requis concernant l’évaluation de la menace nucléaire potentielle. Nul ne peut exclure que la structure relativement simple d’une charge nucléaire pakistanaise (sur la base d’uranium hautement enrichi) puisse, en cas de détournement, ouvrir des possibilités réelles pour recycler l’uranium dans un engin explosif artisanal.
Aujourd’hui, le pays possèderait une cinquantaine de bombes nucléaires.

Début 2004, le père de la bombe pakistanaise, Abdul Qadeer Khan, reconnaît avoir été engagé dans la voie d’une coopération avec  la Corée du Nord et lui avoir fourni des transferts de technologie nucléaire dans le domaine des missiles.
En 2005, Pyongyang s'engage à rejoindre le TNP (Traité de Non Prolifération) mais pose comme condition préalable au démantèlement de son programme, la livraison de réacteurs à eau légère. Début juillet 2006, la dictature nord coréenne procède à sept tirs d'essai de missiles. Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution comportant des mesures «contraignantes» pour Pyongyang, exigeant la suspension des activités liées au programme de missiles balistiques. Mais cela ne décourage pas le régime totalitaire qui annonce un prochain essai qui s’avèrera un succès. Le Conseil de sécurité de l'ONU décrète alors un embargo sur les armes et les matériels liés à la technologie nucléaire ou à celle des missiles à destination de la Corée du Nord.
Début 2007, elle accepte de « désactiver » son programme nucléaire en échange de la fourniture d'énergie et de garanties de sécurité par les Etats-Unis. Elle accepte aussi de démanteler son site de Yongbyon, à 100 km au nord de la capitale.
Mi-2008, Pyongyang remet un rapport détaillant ses activités nucléaires et détruit une tour de refroidissement de son réacteur nucléaire de Yongbyon ; Washington suspend ses sanctions.
La Corée du Nord autorise des inspecteurs étrangers à venir vérifier que ses installations nucléaires ont bien été démantelées. Mais Pyongyang suspend sa dénucléarisation, demande le retrait des équipements de surveillance de l'AIEA (Agence Internationale de l’Energie Atomique) et annonce son intention de remettre en marche son réacteur.
En 2009 elle lance une fusée longue portée censée transporter un satellite de télécommunications. Les Etats-Unis et leurs alliés asiatiques soupçonnent que ce lancement ne masque un tir expérimental de missile longue portée. Puis Pyongyang annonce avoir repris le retraitement de combustible nucléaire, au lendemain de sanctions de l'ONU contre des entreprises nord-coréennes suite au lancement de la fusée.
Aujourd’hui, la Corée du Nord disposerait d’au moins 11 sites nucléaires.

De son côté l’Algérie poursuit un programme nucléaire civil depuis les premières années de son indépendance, c’est de notoriété publique, mais le soupçon sur le caractère civil de ce programme reste tenace. En juin 2000, le programme militaire algérien se trouve à un stade très avancé, ce qui suscite l'inquiétude de plusieurs capitales, à commencer par celles d'Europe du Sud. Ce sont d’abord les services de renseignements espagnols qui alertent leur gouvernement sur la capacité très proche de l’Algérie à expédier des bombes au plutonium sur Madrid, voire sur Tel-Aviv.
En 2004, la mise en marche du réacteur algérien d’Aïn Oussera attise la crainte des experts occidentaux. Il est trop grand pour un usage civil et bénéficie d’une large défense aérienne. Et si l’Algérie cherchait à réaliser un programme d’armement nucléaire et à maîtriser la manipulation du plutonium ? Jusque-là, Alger n’avait officiellement qu’un seul réacteur et sa puissance n’excédait pas 1 mégawatt. Avec Ain Oussera, l’Algérie se dote d’une puissance de réacteur de 15 mégawatts. La communauté internationale lui a demandé de permette à l’AIEA d’inspecter ses installations car elle s’interroge sur ce que mijotent vraiment les généraux algériens.

Menace directe
En 2006 voilà que l’Egypte, soutenue par  la Russie, la Chine et l'Union européenne, veut aussi relancer son programme nucléaire civil, gelé depuis la catastrophe de Tchernobyl en 1986. Fin 2007, le président égyptien Hosni Moubarak donne le coup d'envoi au programme de construction de centrales nucléaires qui, selon lui, aideront l'Egypte à subvenir à ses besoins en électricité, en soulignant les intentions pacifiques de son pays. L’Ambassadeur des Etats-Unis au Caire et même Israël déclarent alors n’avoir aucune objection.  En 2008, la présidence égyptienne affirme que la construction des centrales se fera dans la transparence avec l'appui de partenaires internationaux et le soutien de l'AIEA. La même année, la Russie et l'Egypte signent un accord de coopération dans ce domaine. En février 2010, l'Egypte annonce officiellement la construction de sa première centrale nucléaire au bord de la Méditerranée, près de la ville d'El-Daba selon les recommandations internationales. La première centrale nucléaire égyptienne sera opérationnelle d'ici huit à dix ans.
Le pays possède déjà deux réacteurs de recherche, le premier livré en 1958 par l'Union soviétique et le second par l'Argentine. L'Egypte dispose en outre d'importants gisements d'uranium. Seuls quelques analystes prévoient que se doter d’une centrale nucléaire constitue parfois le premier pas vers l’arme atomique, comme le montre l’exemple du Pakistan.

Enfin, plus dangereux et menaçant, le programme nucléaire syrien est lancé en 2000. En 2006, selon des sources européennes du renseignement, la Syrie possède un programme nucléaire avancé dans un site secret situé dans la province d’Al Hassaka, près des frontières turque et irakienne (nord-est). Des sources britanniques croient savoir que c’est le frère du président Assad, le colonel Maher Assad, et son cousin Rami Makhlouf, qui supervisent personnellement le programme. Des sources britanniques à Bruxelles affirment par ailleurs que des experts nucléaires iraniens contribuent au programme syrien ainsi qu’une soixante d’experts irakiens réfugiés en Syrie depuis 2003. D’autres experts provenant des républiques ex-soviétiques y contribuent aussi activement. En 2008, les Etats-Unis accusent la Corée du Nord d'avoir aidé la Syrie, dans le plus grand secret, à construire un réacteur nucléaire qui aurait permis de fabriquer une bombe atomique. C’est ce site qu’Israël bombarde en septembre 2007. Situé sur l’Euphrate, près d’Al Kibar, il était alors sur le point de fonctionner. Si l’Etat hébreu ne l’avait pas détruit, on peut craindre qu’il aurait été en service aujourd’hui. Mais avec l’Iran en arrière-plan, Israël se doit de rester extrêmement vigilent.


Noémie Grynberg / Israel Magazine 2010

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