Les prisonniers de Sion : 40 ans de lutte et d'amour

L’historique mouvement national juif pour un retour à Sion qui a vu le jour en ex-URSS il y a 40 ans, demeure un symbole fort dans l’identité collective juive. Ses leaders, bravant les dangers et vexations du régime soviétique dictatorial d’alors, sont devenus les emblèmes de la résistance juive face à l’oppression moderne contre le sionisme. Leur refus de se soumettre à la volonté toute puissante du Kremlin et leur obstination à vouloir rester fidèles à leur rêve d’immigration vers la Terre Promise les ont désignés d’un nouveau nom : les Refuzniks ou Otkazniks en russe. Leur mouvement a vu son apogée de 1967 (après la guerre des Six Jours) à 1989, année de l’effondrement de l’empire soviétique.

Sous le régime de fer de l’ex-Union soviétique, toute personne demandant un visa d’émigration était considérée comme suspecte ou comme traître, notamment les Juifs, orthodoxes ou laïcs, désireux d’immigrer en Israël pour raison religieuse, idéologique ou pour fuir l’antisémitisme virulent. Les demandes de visas étaient presque automatiquement refusées ou découragées par les lenteurs administratives volontaires du département du ministère de l’Intérieur russe. Souvent, les autorités accusaient à tort les demandeurs de visas de détenir des secrets d’Etats les empêchant de quitter le territoire pour raisons sécuritaires. Ces incriminations étaient particulièrement courantes pendant toute la période de la guerre froide entre le bloc soviétique et l’Occident, coupés par le rideau de fer. Les Refuzniks étaient alors licenciés de leur emploi, arrêtés, emprisonnés, parfois torturés car soupçonnés d’être déloyaux envers leur patrie en invoquant leurs liens avec Israël et les Etats-Unis. Sans travail, ils étaient inculpés de ‘’parasitisme social’’, une infraction pénale pour le régime communiste.
La période stalinienne (1924-1953) a été particulièrement répressive. Staline se sert des Juifs comme boucs émissaires, les accusant d'être des agents au service de l'impérialisme occidental. L'antisémitisme se dissimule alors derrière un antisionisme féroce : les Juifs sont exclus de l'administration, de l'armée, du Parti, des quotas leur barrent la route de l'université et des professions scientifiques et intellectuelles.
La guerre des Six Jours en 1967, et l’exceptionnelle victoire israélienne, a été le déclencheur d’un formidable élan sioniste de la part des Juifs d’URSS et a catalysé leur volonté de demander le droit d’immigrer en Israël. Plus tard, les Refuzniks ont revendiqué le droit à l’immigration libre et à la possibilité de maintenir une vie juive au sein même de l’Union soviétique.
Mais parallèlement, pour les bolcheviques, le judaïsme est présenté comme une religion criminelle, raciste et haineuse, et les Juifs comme des comploteurs cherchant à dominer le monde. Les livres antisémites fleurissent - parmi lesquels les Protocoles des Sages de Sion - et les parodies de procès se succèdent jusque dans les années 80. Une propagande massive rend les Juifs responsables du manque de cohésion de la société russe, des échecs économiques et militaires, de la chute du tsarisme, de la cruauté de la Révolution russe, des Goulags et de la terreur stalinienne. On les interne dans des camps en Sibérie, on interdit l'étude de l'hébreu et la pratique du judaïsme, on les empêche d'émigrer.
Tout au long de leur combat, les Juifs du monde libre ont soutenu la lutte des Refuzniks, rejoints ensuite par plusieurs organisations internationales, par des figures publiques et hommes d’Etat non juifs. La politique soviétique menée à l’encontre des Juifs était considérée comme une violation des droits fondamentaux de l’homme : libre immigration, apprentissage de sa propre langue, culture et héritage, liberté de culte. La persécution des activistes juifs a renforcé en Occident l’opposition au régime totalitaire soviétique et sa sympathie pour le mouvement refuznik. La campagne internationale de soutien aux Juifs d’URSS a eu un énorme impact sur le monde juif en général et a significativement renforcé son sens de la fraternité et de l’appartenance commune à un seul et même peuple.
En 1985, l'arrivée au pouvoir de Mikhaïl Gorbatchev marque un tournant dans la politique soviétique en général et pour les Refuzniks en particulier. Sa politique de glasnost (possibilité de parler, transparence) et de perestroïka (reconstruction), de même que le désir d'entretenir de meilleures relations avec l'Ouest, desserre l’étau implacable de la répression totalitaire. La plupart des Refuzniks est alors autorisée à émigrer grâce à l’ouverture des frontières de l’ex-URSS, ce qui déclanche la grande vague d’immigration en Israël au début des années 1990. Ainsi, sur les 3 millions de Juifs résidant en Union Soviétique à l’époque, 2 millions l’ont quittée dont 1 million résidant aujourd’hui dans l’Etat hébreu.


Noémie Grynberg 2008

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