Norvège – Israël : les relations qui venaient du froid

Oslo-1.jpgDans l'histoire de la Norvège, l'antisémitisme semble profondément enraciné. Alors que durant l'occupation nazie, le royaume nordique ne fait aucun effort majeur pour protéger ses Juifs, en 1993, les ‘’Accords d’Oslo’’ signés entre Palestiniens et Israéliens sont pourtant conclus dans la capitale norvégienne. Mais depuis une décennie, le pays scandinave et l’Etat hébreu sont en froid.

La tension entre la Norvège et Israël ne date pas d’hier. Depuis quelques années, les relations entre les deux pays sont grinçantes. Le premier incident notable remonte à septembre 2006, suite aux coups de feu tirés à l'arme automatique contre la façade d’une synagogue d’Oslo. Trois hommes sont arrêtés, suspectés également de projeter des attentats contre l’ambassade israélienne dans la capitale norvégienne. Une crise diplomatique éclate alors entre les deux Etats, due aux propos de l'ambassadrice d'Israël, Myriam Shomrat, qui reproche à la famille royale de n’avoir pas condamné publiquement et officiellement l’acte terroriste. De plus, l’ambassadrice d’Israël en Norvège dénonce un article de l’ancien Premier ministre, Kore Wilok, publié dans la presse locale, diffamant l’Etat hébreu. Selon Myriam Shomrat, ce papier constitue une justification a priori de l’attentat perpétré contre un lieu de culte juif. Ces déclarations provoquent le mécontentement affiché du bureau du Premier ministre et de celui des Affaires étrangères norvégiens.

Début 2009, nouvelle dissension. Alors qu’Israël lance l’offensive terrestre ‘’Plomb durci’’ à Gaza consécutivement aux tirs de roquettes sur Sderot, des avocats norvégiens annoncent qu'ils déposent plainte contre de hauts responsables israéliens, y compris l'ex-Premier ministre Ehud Olmert, pour "crimes de guerre" et "violations graves des droits de l'Homme". De plus, organisations, syndicats et manifestants exigent l’abandon de tous les investissements norvégiens en Israël et appellent à une grève quasi-générale en signe de solidarité envers les civils palestiniens tués lors de l’opération militaire israélienne. Pire, la Norvège demande le retrait du prix Nobel de la Paix au Président israélien Shimon Pères.
L’« humanisme » norvégien ne s’arrête pas là. En juin 2010, suite à l’abordage par Tsahal de la première flottille ‘’humanitaire’’ turque vers Gaza, la Norvège exige une enquête internationale concernant l’intervention aéroportée israélienne. Dix mois plus tard, après le mea culpa du juge Goldstone concernant l’affaire du Marmara 1, le ministre norvégien des Affaires Etrangères, Jonas Gahr Støre, déclare « qu’il va constituer une commission de vérification pour étudier les différences entre le rapport du juge Goldstone et ses récentes révélations dans le journal Washington Post ». Gahr Støre ajoute « que si ces différences se vérifient, la Norvège cesserait son soutien total au Rapport Goldstone et publierait une annonce en ce sens en faveur d’Israël ». Jérusalem attend encore.

Au niveau militaire, Oslo sanctionne Israël en lui interdisant en octobre 2010, une série d’exercices pour deux de ses sous-marins, dans les eaux territoriales norvégiennes. Les submersibles hébreux ne peuvent plus stationner à la base navale de Markiva comme prévu initialement. Ce refus intervient après une décision des autorités norvégiennes de suspendre le commerce d’armement vers l’Etat hébreu. Le même Jonas Gahr Støre avance pour l'occasion, que son pays n'exporte pas de "matériel ou de services dans le domaine de la défense vers des pays où la guerre menace".

La première moitié de 2011 ne commence pas mieux, marquée par de nombreux incidents dans les relations entre les deux Etats. D’abord en février, l’ambassade Israélienne à Oslo reçoit une notification officielle du gouvernement norvégien, lui demandant de trouver un autre site d’ici 2012. La Norvège insiste pour que l’Ambassade israélienne déménage et se relocalise en dehors de la capitale d’ici un an. Selon les autorités locales, l’Ambassade d’Israël perturbe les riverains qui craignent pour leur sécurité et s’indignent des mesures prises par les services israéliens concernant notamment la construction d’un petit mur de sécurité - autorisé par la ville d’Oslo - autour de l’ambassade. Ainsi, la représentation diplomatique de l’Etat hébreu aurait un impact négatif sur la qualité de vie des résidents du quartier. De son côté, l’Ambassadeur israélien à Oslo constate que ses recherches de relocalisation n’aboutissent pas car personne ne semble vouloir lui vendre de propriété. Le ministère israélien des Affaires Etrangères conçoit que cette affaire représente bien une nouvelle dégradation des relations entre l’Etat hébreu et le royaume scandinave. Pour lui, les "autorités norvégiennes ont capitulé devant l’opinion publique hostile à Israël".

Au sein du monde académique, la situation n’est guère plus brillante. Fin mars 2011, le Pr Dershowitz, brillant avocat américain qui enseigne le droit à l’université d’Harvard et ancien défenseur de Nelson Mandela, a la déplaisante stupéfaction de se voir décliner sa demande de rencontrer les dirigeants norvégiens. Et lorsqu’il souhaite donner une conférence dans les universités d’Oslo et de Trondheim, on lui fait comprendre qu’il n’est pas le bienvenu en Norvège en raison de ses prises de position pro-israélienne. Suite à une pétition rédigée par des professeurs norvégiens appelant au boycott d’Israël, le Pr Dershowitz conclut que ce qui y est dénoncé est l’existence même de l’Etat juif.

Pourtant, diplomatiquement, la Norvège se dit très impliquée dans la tentative de résolution du conflit israélo-palestinien, notamment depuis la signature des Accords d'Oslo, en 1993. Or dernièrement en juillet, le ministre norvégien, Jonas Gahr Støre (encore lui), annonce "Nous allons considérer avec beaucoup d'attention le texte qui sera proposé par les Palestiniens au cours des prochaines semaines". En effet, le royaume juge la candidature de la Palestine, lors de la prochaine Assemblée générale de l'ONU prévue ce mois de septembre, parfaitement légitime. Et Jonas Gahr Støre de préciser que parallèlement, la poursuite des négociations avec Israël doit continuer.

Enfin, malgré la récurrence des positions norvégiennes anti-israéliennes, l’Etat hébreu se mobilise et exprime immédiatement ses condoléances aux familles des victimes après les deux attentats terroristes d’Oslo du 22 juillet dernier, faisant plus de 90 morts. Le Ministre israélien de la Défense, Ehud Barak, propose même l’assistance médico-légale, l’évacuation des blessés ainsi qu’une aide des services “d’intelligence” à la Norvège. Offre refusée par cette dernière. Commentaire de l’intéressée par sa voie diplomatique : le terrorisme du Hamas contre Israël peut se justifier davantage que la récente attaque terroriste contre la Norvège. Autrement dit, tout terrorisme est condamnable sauf celui contre l’Etat hébreu. Déclaration qui envenime un peu plus les relations entre les deux pays.

Comment le royaume scandinave en est-il arrivé là ? La faute, semble-t-il, au multiculturalisme qui a, comme dans de nombreux autres pays, corrompu l'élite nationale - universitaires, intellectuels, écrivains, journalistes, politiciens et technocrates majoritairement à gauche - au sein de laquelle fleurit l’idéologie anti-israélienne. Cet acharnement de la Norvège contre l’Etat hébreu fait du royaume nordique un pays nettement classé comme antisémite. Un fait confirmé par les chiffres : 40% des Norvégiens se disent favorables à un boycott des produits israéliens, y compris des universités.


Noémie Grynberg / Israel Magazine 2011

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Date de dernière mise à jour : 11/11/2011

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