Le sommeil : un bienfait pas toujours de tout repos

A l’heure actuelle, les troubles du sommeil constituent un réel problème de santé publique de nos sociétés industrialisées où une personne sur sept est victime d’un trouble chronique du sommeil ou de la vigilance. Etre privé de sommeil représente incontestablement une souffrance. La fatigue devient donc la plainte la plus universellement entendue. Elle peut recouvrir des maladies sans aucune manifestation visible et cacher des affections qui laissent beaucoup de médecins perplexes comme l’asthénie ou le syndrome de fatigue chronique. C’est pourquoi  il faut prendre le sommeil au sérieux.

Le sommeil occupe un tiers de notre existence et son rôle est capital pour notre organisme. Il n’est pas seulement du repos, c’est aussi un moment de récupération pour tous les centres de notre cerveau. Dormir permet en effet à toutes nos cellules du système nerveux central de se recomposer. Il existe donc un lien entre sommeil et santé en tant qu’allié déterminant pour la croissance, la maturation cérébrale, le développement et la préservation de nos capacités cognitives. Les conséquences des troubles du sommeil et de sa privation chronique peuvent être nombreuses sur la santé : prise de poids, diabète, augmentation de la douleur, dépression, aggravation des troubles respiratoires et cardiovasculaires, endormissements au volant ou au travail, baisses de performance, difficultés relationnelles. Les troubles du sommeil sont responsables de plus de mortalité que les maladies cardio-vasculaires ou les cancers.

Une nouvelle discipline : la somnologie
La somnologie (ou hypnologie), spécialisation médicale d’apparition récente, est spécialisée la médecine du sommeil et de l'éveil, notamment dans le diagnostic et le traitement des troubles de la vigilance (somnolence excessive) et de l’insomnie ou de la parasomnie (ensemble de manifestations pathologiques ou physiologiques accompagnant le sommeil).
Les somnologues ont découvert de nouveaux troubles, insoupçonnés jusque-là. Des pathologies qui se produisent exclusivement pendant le sommeil et qui altèrent la qualité de la vie pendant la journée. Leurs manifestations les plus courantes sont la fatigue, l’engourdissement, les déficits d’attention, de concentration et de mémoire, l’anxiété, la dépression, l’irritabilité, etc. Dans la dernière Classification Internationale, on ne compte pas moins de 88 troubles du sommeil, soit le même nombre que celui des touches d’un clavier de piano : troubles respiratoires (ronflements, apnée), syndrome des mouvements périodiques et des jambes sans repos, insomnies, sevrage médicamenteux, troubles du rythme, parasomnies, syndrome de fatigue chronique / fibromyalgie (affection caractérisée par un état douloureux musculaire chronique et de fatigue), dyssomnies (altérations de la quantité, de la fréquence ou de la durée du sommeil).
Pourtant, la somnologie reste encore le parent pauvre de l’enseignement médical et des thèmes de santé publique.

Enfants : croissance et développement
A chaque âge, le sommeil accompagne le développement humain. Il demeure indispensable au bon fonctionnement physiologique, biologique, neurologique et chimique du corps.
Les troubles du sommeil du nourrisson peuvent être révélateurs de pathologies médicales : affections aiguës ou chroniques. Ils peuvent aussi et plus simplement provenir d’erreurs diététiques : repas insuffisant ou trop abondant, suppression prématurée du repas de la nuit, horaires non adaptés, bruits, etc. Les troubles du sommeil sont très fréquemment liés à l’inquiétude parentale réelle ou imaginaire ou aux conflits au sein du couple. Trop de stimulation peut aussi nuire à la sérénité de l’endormissement, certains parents vont même jusqu’à réveiller l’enfant pour vérifier sa survie.
L’enfant a besoin de son sommeil pour grandir d’autant plus qu’il constitue un élément essentiel de son développement. C’est en effet principalement pendant son sommeil qu’il sécrète l’hormone de croissance. C’est également pendant qu’il dort que tout ce qu’il a vécu, appris, expérimenté, va s’inscrire dans sa mémoire. Lorsque l’enfant dort, il ne fait pas que se reposer : il récupère, ce qui lui permet de se réveiller reposé ; son système nerveux s’organise et se perfectionne ; il mémorise ; il rêve, ce qui l’aide notamment à évacuer les tensions accumulées au cours de la journée ; son système immunitaire se renforce : c’est au cours de la nuit que le taux de globules blancs est à son maximum.  Pour bien jouer son rôle, le sommeil doit être suffisant, mais aussi de bonne qualité.
Par ailleurs, c’est en laissant l’enfant développer son schéma d’autoréconfort qu’on lui apprend à s’endormir et à se rendormir seul. On peut ainsi considérer le sommeil comme une des étapes essentielles à franchir par l’enfant pour acquérir son indépendance.
A la puberté les hormones sexuelles sont secrétées pendant les phases de sommeil lent et profond, permettant ainsi d'atteindre la maturation sexuelle.

Dormir pour mieux retenir
D’après les toutes dernières recherches en somnologie, le sommeil lent serait une phase pendant laquelle les connaissances acquises sont renforcées et le sommeil paradoxal servirait à augmenter les capacités de mémorisation, ce qui expliquerait que la mémoire soit meilleure lorsqu'il y a une phase de sommeil après la phase d'apprentissage. Certaines expériences ont montré qu'un temps de sommeil en quantité suffisante est une aide à la mémoire. Pour préparer un examen, il ne faut pas seulement avoir les connaissances requises, mais il faut aussi bien dormir.
Le sommeil peut donc aider le cerveau à consolider les apprentissages relevant de la mémoire « implicite » ou « non déclarative » tel que faire de la bicyclette, jongler, attacher ses lacets, acquérir un savoir-faire spécifique, etc. Il en va de même pour la mémoire « explicite », celle qui permet d’emmagasiner dans la mémoire à long terme des faits, des événements, des images ou des propositions.
Le sommeil favorise les changements plastiques au niveau du système cérébral pour le transfert d’informations dans le cadre de la mémoire linguistique. Le processus de mémorisation et de consolidation du souvenir semble effectivement être sommeil-dépendant. Durant le sommeil, le cerveau « révise » les apprentissages mémorisés au cours des heures précédentes. Associée à une activité accrue de l’hippocampe - partie du cerveau chargée d’emmagasiner les souvenirs - cette réverbération de l’information aurait pour effet de renforcer les souvenirs et de les rendre moins vulnérables aux interférences.

Dépression : idées noires et nuits blanches
La santé mentale et le sommeil sont intimement liés. La fatigue est un des symptômes bien connus de la dépression. Elle est non seulement physique (manque d'énergie, somnolence) mais aussi psychologique : absence d'entrain, baisse de la motivation au travail et dans les loisirs.
Les problèmes d'insomnie et de réveil nocturne sont souvent des symptômes d'un épisode dépressif car les soucis empêchent de dormir. Dès qu'un problème psychique survient, les nuits sont perturbées. Et c'est particulièrement vrai pour la dépression. Le syndrome dépressif provoque généralement un éveil précoce : la personne se réveille très tôt, parfois dès trois heures du matin. Elle tourne dans son lit, rumine des idées noires et en général fini par trouver le sommeil quand il est l'heure de se lever. En fait, l'insomnie pourrait être une sorte d'automédication d'une dépression latente. En effet, il a été prouvé que l'insomnie précède la dépression et non l'inverse.
L'important est d'identifier alors ce problème comme un des symptômes de la dépression. Car nombreux sont ceux qui traitent spécifiquement ces troubles du sommeil, notamment à l'aide de somnifères, sans s'attaquer à la cause réelle, à savoir la dépression.

La maladie du sommeil
Au contraire de la dépression, le KLS ou syndrome de Kleine-Levin découvert en 1925, se caractérise par une hypersomnie, un besoin excessif de sommeil pouvant aller jusqu'à 20 heures par jour. Il concerne surtout les adolescents vers 15 ans et les jeunes adultes. Le KLS peut disparaître tout seul entre 25 et 30 ans. La cause de cette maladie n'est pas encore connue. Les chercheurs pensent qu'il s'agit soit d'un dysfonctionnement de l'hypothalamus, soit d'une maladie auto-immune, c'est-à-dire d'un fonctionnement anormal du système immunitaire.
Le syndrome de Kleine-Levin touche la partie du cerveau qui intervient dans la régulation du sommeil mais aussi de l'appétit, du stress et des comportements sexuels. Avant les crises, la personne est très souvent agressive et léthargique, elle a aussi tendance à développer une hyperboulimie et une hypersexualité. Elle a également du mal à supporter la lumière et le bruit et elle peut souffrir de désorientation et d'hallucination. Une centaine de cas a été rencensée dans le monde. A l'heure actuelle, les remèdes ne sont pas très efficaces.

Recherche en Israël
Des centres de médecine du sommeil existent dans tout le pays, principalement à Haïfa, Jérusalem, Holon et Hedera. Le premier laboratoire a été instauré en 1976. Graduellement, il a développé des services de diagnostiques et de traitement des désordres du sommeil. Dès 1980, des travaux de recherche en collaboration avec le Technion de Haïfa ont débuté.
En effet, les troubles du sommeil touchent un grand nombre d’Israéliens. Entre 2004 et 2006 (seconde Intifada), la consommation de somnifères requérant une prescription médicale a augmenté de 30%.
Les experts israéliens en matière de sommeil suspectent que les sommeils désordonnés sont à l'origine de nombre d'accidents de la route et du travail, ainsi que de dysfonctionnements physiques et psychologiques. Fin 2009, un laboratoire miniature d'analyse du sommeil a été développé par des spécialistes israéliens. Porté sur le poignet et le doigt, il permet de diagnostiquer et d’identifier la source des problèmes de sommeil. Le système mesure les signaux qui indiquent les changements du système nerveux autonome provoqué par des perturbations respiratoires pendant le sommeil. Le dispositif enregistre les signaux, l'impulsion, la saturation de l'oxygène et les cycles de repos de l'activité respiratoires. Les informations sont stockées sur une carte mémoire miniature destinée au praticien qui les analyse. Cette invention a été considérée comme l'une des 10 meilleures innovations médicales de l’année 2010 par une clinique américaine de Cleveland, un des centres médicaux les plus réputés du monde.


Noémie Grynberg 2010

 

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Date de dernière mise à jour : 05/10/2012