Béershéva, capitale du Néguev

Béershéva est mentionnée pour la première fois dans la Genèse, dans le récit de la révélation divine à Abraham. Son nom provient du mot hébraïque shevoua (serment) ou shiva (sept). Selon la tradition, Béershéva serait donc la cité des sept puits.

Située à mi-chemin entre l’extrémité nord et sud du pays, appelée la capitale du Néguev, à 300 mètres d’altitude, Béershéva dessert toute la partie méridionale d’Israël. Son histoire remonte à plusieurs milliers d’années.

Les vestiges de plusieurs sites datant du chalcolithique (IVe millénaire avant J.-C.) ont été mis au jour en 1951-1960.
Leur spécificité consiste en leurs dix niveaux de peuplement, voire davantage, que les spécialistes désignent désormais sous le terme générique de Culture chalcolithique de Béershéva.
Les logements circulaires ou ovales étaient creusés sous terre. Dans les pièces souterraines, des niches de différentes tailles aménagées dans les parois servaient d'entrepôt. L'entrée principale de ces galeries se faisait par un boyau souterrain creusé à une profondeur de plusieurs mètres. Le danger permanent d'effondrement explique les soutènements de pierre mis en place sur les parois de certaines pièces, ainsi que les poutres de bois étayant les toitures. Selon les archéologues, l'habitat souterrain était une solution contre la chaleur ambiante de la vallée de Béershéva. La population comprenait plusieurs grandes familles semi-nomades vivant du produit d'une agriculture rudimentaire et de la domestication des animaux (chèvres et moutons), un mode de vie qui facilita leur sédentarisation.
Le grand nombre d'objets en matériaux divers exhumés atteste d'une culture relativement élaborée, contrairement à la poterie en argile plutôt rudimentaire. De nombreux outils de pierre ont été mis au jour : burins, haches racloirs, forets, couteaux, lames de faucilles et quelques têtes de lance.
Le cuivre était vraisemblablement importé d'Edom. Des enclumes de pierre servant à broyer le minerai et les âtres devaient servir aux activités métallurgiques.
Les céréales - blé et orge - et les légumes secs constituaient un élément essentiel du régime alimentaire des habitants de la région. Les surplus de grains étaient entreposés dans des silos souterrains.
Plus tard, l'antique cité fut construite sur une colline peu élevée, sur les rives d'un oued ne charriant de l'eau que durant les mois d'hiver. Une couche aquifère proche de la surface et située le long de l’oued fournissait les ressources en eau tout au long de l'année.
Selon la Genèse, c'est l'endroit où le patriarche Abraham fit serment de fidélité au roi de Guérar, Abimélech, et lui donna sept brebis comme témoignage de ce qu'il avait creusé le puits, d'où la double signification du nom Beersheba, « puits du serment » et « puits des sept ». Abraham planta également à cet endroit un tamaris en invoquant le nom de Dieu. Un autre récit attribue le nom du site à Isaac ; c'est l'endroit où il vécut avec son fils Jacob.
Les plus anciens vestiges de peuplement de cette ville antique sont constitués par un puits de vingt mètres fournissant en eau fraîche les habitants de la première agglomération permanente non fortifiée de la tribu de Siméon au XIIIe siècle avant J.-C., ainsi que par plusieurs habitations taillées dans le roc, datant du XII-XIe siècle avant l'ère chrétienne. A la fin du XIe siècle avant J.-C., un point de peuplement fortifié, composé de maisons contiguës, fut établi à Béershéva. Au milieu du Xe siècle avant J.-C., au cours de la période monarchique, la première grande ville fortifiée fut créée à Béershéva, et devint le centre administratif de la région sud du royaume. Le plan de cette cité fortifiée fut conservé dans ses grandes lignes au cours des trois siècles suivants, pendant lesquels elle fut rebâtie à plusieurs reprises.
Au IXe siècle avant J.-C., un nouveau mur d'enceinte fut érigé sur les vestiges du précédent. Il comprenait deux murs parallèles séparés par un étroit espace divisé en petites salles, utilisées pour les activités quotidiennes et pour entreposer des réserves à l'intérieur des murailles.
Cette remarquable planification d'une cité provinciale marque l'importance de Béershéva comme la défense de la frontière sud du royaume de Juda à la fin de la monarchie. Béershéva était alors la ville la plus méridionale du royaume. Elle symbolisait la frontière sud de la terre d'Israël. La ville fortifiée était divisée en quartiers. Un système de canaux existait sous les rues pour collecter les eaux de ruissellement dans un conduit central, qui les amenait au puits situé à l'extérieur de la porte de la ville. Un autre système sophistiqué de collecte des eaux avait également été construit au nord-est de la ville, à l'intérieur de la muraille, avec un escalier de pierre descendant vers une citerne taillée dans le roc, en cas de sièges prolongés de la ville.
Dans la partie orientale de la ville, se trouvait l'entrepôt, le palais du gouverneur et des dizaines de maisons.
Sa population au Vllle siècle avant J.-C. comprenait sans doute quatre à cinq cents habitants, y compris les officiers et soldats de l'armée de Juda en garnison à Béershéva, capitale régionale du sud.
Un imposant autel aux angles en forme de corne a été découvert sur le site et reconstitué à l'aide de pierres taillées réutilisées dans les murs d'un bâtiment ultérieur. Cet autel atteste de l'existence dans la ville d'un temple ou d'un centre cultuel, vraisemblablement démantelé durant les réformes du roi Ezéchias.
La ville de Béershéva fut détruite par le roi Sennachérib d'Assyrie, durant sa campagne menée contre Juda en 701 avant l'ère chrétienne.
Au Vlle siècle avant J.-C., Béershéva n’était plus qu’une petite localité.
Sous Jean Hircan (135 à 106 avant J.-C.), fils de Simon, Béershéva tomba sous l’hégémonie des Asmonéens ou Maccabées. Après la destruction du second Temple, elle devint un des principaux bastions de la frontière romaine, pour défendre l’empire contre les incursions des Nabatéens.
Durant la période arabe, elle fut abandonnée jusqu’au XIXe siècle. Au temps du sultan turc Abd el-Hamid II, le gouvernement décida, en 1900, de construire la demeure du gouverneur à Béershéva ainsi qu’une mosquée et une école. À la même époque, un certain nombre de familles juives vinrent s’établir dans la ville et y ouvrirent un moulin à farine qui contribua à sa prospérité.
En 1948, la ville fut conquise par l’armée israélienne et, depuis lors, n’a cessé de se développer. Capitale du Néguev, c'est aujourd’hui le centre administratif pour le sud d'Israël. Ville d’immigration, elle dispose de structures d’accueil et d’un centre d’intégration pour nouveaux arrivants.
Béershéva est également une ville culturelle. Entre autres infrastructures de loisirs, elle compte un conservatoire avec orchestre philharmonique, une bibliothèque municipale, un musée des antiquités installé dans une mosquée turque datant de 1915. Son minaret offre un beau panorama.
Elle possède également la célèbre université Ben Gourion. Au sein de l'université, les francophones bénéficient d’une antenne de l’Institut français qui développe la coopération entre les milieux universitaires français et israéliens dans le domaine des sciences humaines, relance la coopération culturelle et continue de promouvoir l’apprentissage du français dans le Néguev. L’Institut français de Béershéva organise également un festival du film juif.
Aujourd’hui, Béershéva compte une population de plus de 185.500 habitants, ce qui en fait la plus grande ville du Néguev et la sixième plus grande ville israélienne.

Israel Magazine / Noémie Grynberg 2007

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