Gath et la forteresse de Blanche garde

gath.jpgCommandant la vallée d’Elah, l’ancienne cité philistine de Gath (signifiant "pressoir à vin" en hébreu), se trouvait incluse dans le lot de la tribu de Juda, lors du partage de Canaan par Josué. Plus tard, c’est dans cette ville peuplée de géants que se déroula le fameux duel entre David et Goliath.

Au sommet du tell de l’antique ville biblique de Gath, la vue embrasse une vaste étendue, permettant d’apercevoir lors de conditions particulièrement bonnes, Ramla et Latroun au nord, le massif judéen à l’est, le haut du Néguev au sud, et la plaine côtière à l’ouest.
Depuis le Moyen-âge, s’élève sur la colline une forteresse. En effet, en 1142, le comte Foulques d'Anjou, roi de Jérusalem, entreprit la construction d’une citadelle située à mi-chemin entre Ascalon et Bethléem, afin de compléter le dispositif de défense de la région et d'assurer la sécurité de la frontière sud-ouest de la Judée soumise aux razzias venues d'Égypte. Pour établir le fort, le choix du monarque angevin se porta sur une butte dans les premiers contreforts du massif judéen. Cette éminence commandait le couloir du Wadi el-Sant (Vallée des Mimosas) et du Wadi al-Dahr (ancienne vallée de Térébinthes). Un des premiers résultats fut de permettre de rétablir tout à l'entour la culture des terres. Des murailles de la citadelle, on voyait nettement Ascalon. Les chroniqueurs des Croisades traduisirent littéralement le nom arabe du lieu, Tell es-Safi, par « Mont Clair », sans doute à cause de l’éclat de ses rochers crayeux. Ainsi, l’appellation de Blanche garde provient des calcaires de la colline de Gath.
La forteresse devint le cœur d’une seigneurie, jouant à la fois son rôle défensif, tout en assumant aussi d’autres fonctions : cœur administratif et économique, centre de stockage, chef-lieu de collecte des impôts et des taxes, base de contrôle des populations alentours, des tribus nomades, des brigands, etc.
Blanche Garde resta durant son développement économique, sous l’administration directe du roi franque de Jérusalem, jusqu’à ce qu’elle soit rattachée au comté de Jaffa. Puis, comme de nombreuses autres forteresses, elle entra en possession du sultan égyptien Saladin et fut démantelée pour contrer la reconquête du littoral, initiée par le roi Richard et les armées de la Troisième croisade. Aux termes du traité de 1192 signé avec Saladin, la forteresse redevint domaine franque. Mais elle fut reprise par les Musulmans en 1244 dans des circonstances méconnues et de nouveau démantelée. Suite aux Croisades, le bourg castral fut constamment occupé par les Arabes de la région jusqu’en 1948.

Aujourd’hui, la ruine très avancée du château ne permet pas de préciser sa forme initiale. Vu sa situation et son nom, la fonction première de Blanche garde blanchegarde.jpgparaîssait celle d’une vigie destinée à avertir les autres châteaux des alentours en cas d’alerte. D’après les quelques vestiges visibles, il semble qu’il ait en fait consisté en un castrum simple, de taille modeste, flanqué de quatre tours d’angle. Seules les fondations de deux d’entre elles affleurent toujours. Au XIXe siècle, l’une des tours a été transformée en mausolée par les villageois locaux. Quelques gros moellons aux bossages de belle facture apparaissent encore ça et là. Des travaux récents ont encore révélé l’existence d’une carrière franque, située à trois cents mètres en deçà du château ainsi que des structures fortifiées à quelques mètres au nord du tell. Ce qui laisse penser qu’une enceinte plus large a pu exister autrefois.
Par ailleurs, d’autres fouilles archéologiques ont dégagé un autel de pierre datant du IXe siècle avant l’ère vulgaire. Il rappelle les reposoirs israélites de la même période. La table mesure environ un mètre de haut, cinquante centimètres de large et autant de long. Ses caractéristiques les plus remarquables proviennent d’une paire de cornes sur sa façade et sur une corniche au centre. Sa forme renvoie aux descriptions des autels évoqués dans les Ecritures, à la différence notable que celui du Temple était orné de quatre cornes.
De nouvelles excavations ont aussi mis à jour un fossé de deux km et demi de long qui entourait la ville antique de trois côtés. Datant également du IXe siècle avant J.-C., il fut apparemment construit par Hazaël et son armée araméenne lors du siège de la ville en -811. Un bref aperçu de cette bataille est d’ailleurs narré dans le Livre des Rois.
Ainsi, une visite à Gath et son fort retrace une part de l’Histoire mouvementée de la Judée.


Noémie Grynberg 2013

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Date de dernière mise à jour : 18/07/2013