Gezer, la ville phénix de tous les empires

Surplombant la route dans un paysage de collines au nord ouest de Jérusalem, Gezer fut une des villes les plus stratégiques de l’époque canaanite et israélite. Mentionnée dans de nombreux textes anciens, ville royale ou forteresse, Gezer fut habitée du Néolithique au Macabéens. Site grand de 33 ares, Gezer domine la vallée de l’Ayalon et la route menant à Jérusalem. Le monticule fut identifié comme étant le Gezer biblique en 1871 grâce à plusieurs pierres portant l’inscription du nom de la ville délimitant le lieu.

Gezer fut occupé du 4e millénaire avant J.-C. jusqu’à la période romaine, peut-être même byzantine. Situé à 225 mètres d’altitude sur les derniers contreforts qui rejoignent le nord de la Shephelah, Gezer est un des croisements les plus stratégiques du pays, reliant la Via Maris (la route Egypte/Asie) et la route menant à Jérusalem.

Son panorama couvre toute la plaine côtière, faisant de ce lieu un centre stratégique militaire pour tous ceux qui l’occupèrent et l’envahirent successivement.

Les premiers vestiges datent de l’époque chalcolithique. Entre 3300 et 3100 avant J.-C., la population originelle est non-sémitique. Petit à petit, elle sort des grottes qu’elle habite primitivement et les utilise comme crématorium et plus tard comme tombeau.

Depuis l’époque canaanite, Gezer est une implantation permanente bien que non fortifiée. Des poteries et des outils en silex ont été retrouvés sur les lieux. Vers le 25e siècle avant J.-C., le site fut détruit. C’est alors que Gezer fut reconstruit comme ville-forteresse et gouverné par des rois successifs.

Le site de Gezer a révélé l’existence d’une culture urbaine en Israël vers 2000 av. J.-C. Cette cité était en effet protégée par des remparts en terre et maçonnerie incluant des tours intérieures et extérieures. Les murailles étaient entrecoupées des portes massives. Ces constructions représentent la plus impressionnante structure de système de défense de cette période. A l’âge de bronze, vers 2000-1500 avant J.-C., Gezer était la plus importante et prospère ville canaanite comme l’attestent les restes archéologiques : Gezer entretenait des relations commerciales avec la Syrie, l’Egypte et Chypre.
La ville a probablement été détruite par Tutmosis III lors de son invasion en 1477 avant J.-C.

Gezer était aussi apprécié pour son ample approvisionnement en eau provenant de sources naturelles tout proches. Le système hydraulique consistait à puiser l’eau d’une source souterraine à l’intérieur de la ville, par un tunnel de 67 mètres de long creusé dans le calcaire, descendant jusqu’à 29 mètres de profondeur. Les plaines fertiles environnantes étaient idéales pour faire pousser des cultures telles que le blé et l’orge et fournissaient d’amples pâturages pour les animaux.

L’époque biblique : une succession de conquêtes et d’empires
A l’époque de la campagne de Josuée, lors de la guerre contre les rois cananéens pour la conquête d’Israel, la ville était philistine.
Les Israélites défirent Horam, roi de Gezer, et la ville fut attribuée à la tribu de Lévi, sur le territoire d’Ephraim, dont la population resta essentiellement canaanite. Les habitants ne furent pas chassés et demeurèrent parmi les Hébreux. Plus tard, le roi David lors de ses conquêtes laissa la cité sous autorité égyptienne.

Une des plus violentes destructions de Gezer semble avoir été causée par un pharaon anonyme. Il conquit la ville et la brûla avant de la donner au roi Salomon comme dot, pour commémorer son traité de mariage avec sa fille, une princesse égyptienne. Ainsi, Salomon ramena Gezer sous contrôle israélite. Mais Gezer fut détruite par ses ravisseurs égyptiens, forçant ainsi Salomon à entreprendre immédiatement la tâche de la reconstruire et la fortifier. Ainsi, Gezer devint une des trois villes fortifiées par le roi Salomon. Les édifices étaient alors construits autour de murs à casemates interrompus par quatre portes.

A l’âge de fer, sous le règne de Réhoboam, en 918 avant J.-C., Gezer fut à nouveau pillé et brûlé. La ville fut reconstruite comme une simple petite implantation, utilisant les murs du roi Salomon. Gezer fut à nouveau assailli par l’Assyrien Tiglath-Pileser III cette fois, et devint une modeste cité assyrienne. Cependant, la population de la ville augmenta et de nombreux colons étrangers vinrent s’y installer. En 733-732, Gezer retomba sous le règne de Judah après la chute du royaume d’Israel. Sous les rois de Judée, Menasséh et Josiah, Gezer redevint prospère.
En 590 avant J.-C., Gezer fut à nouveau détruit mais par les Babyloniens. La ville redevint une importante forteresse royale à l’époque hellénistique. Puis elle devint une implantation juive sous le gouvernement perse.

Durant les guerres menées par les Hasmonéens, Gezer était une des principales bases grecques et resta entre des mains grecques jusqu’à sa capture en 142 avant J-C. par Simeon qui renvoya les étrangers. La ville devint hasmonéenne.Il la refortifia et en fit le centre militaire de son Etat sous le commandement de son fils John Hyrcanus. Un palais hasmonéen fut découvert à Gezer, construit vraissemblablement par des prisonniers grecs.
A nouveau, l’importance de Gezer déclina après la période des Hasmonéens.
En 65 avant J.-C., Gezer était une ville-forteresse romaine avec des maisons aux sols en mosaïques, des presses à vin et des bains publics. Des tombes juives furent trouvées à cette époque.
La ville continua encore d’être occupée à l’époque chrétienne.

Connu sous le nom de Montgisart à l’époque des Croisades, Gezer fut le lieu où le roi Baldwin IV défit les forces de Saladin en 1177 mais en 1191, Gezer retomba entre les mains des musulmans et servit de quartier général dans leur guerre contre Richard Cœur de Lion.Après la période croisée, le site fut completement oublié jusqu’en 1873.Au vingtième siècle, ce site archéologique très riche du fait de son histoire, a attiré de nombreuses fouilles.Avant la Première Guerre mondiale, les recherches se concentrèrent sur les principaux sites bibliques dont Gezer fait partie. Elles continuèrent dans les années 1934-35.Dès la fin des années 1950 et au cours de la décennie suivante, un groupe d’archéologues américains, en collaboration avec les chercheurs israéliens mirent en pratique de nouveaux procédés de recherches archéologie en poursuivant leurs fouilles sur le site biblique de Gezer.
Des excavations entreprises en 1984 et 1990 ont mis à jours une large construction qui devait être un bâtiment administratif.

L’histoire moderne n’a pas oublié Gezer. En 1945, un kibbutz du même nom fut fondé conjointement par des immigrants d’Europe Centrale et de jeunes Sabras. Pendant la Guerre d’Independence (1948), Gezer, situé dans la fine bande d’implantations connectant Jerusalem à la plaine cotière, fut impliqué dans une rude bataille contre la Legion Arabe.Aujourd’hui, le kibbutz Gezer administre plusieurs secteurs d’exploitation et possède un atelier de produits alimentaires. Il y a une dizaine d’années, sa population était approximativement de 280 personnes.

Comme les autres sites de Méggido ou de Modiin, Gezer raconte l’épopée de cette contrée tant sollicitée par tous les empires successifs. Si vous aimez suivre les traces de l’Histoire, ce lieu mérite un détour.

 

Israel Magazine / Noémie Grynberg 2003

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Commentaires (1)

duvivier jean-pierre
  • 1. duvivier jean-pierre | 08/10/2008
cela prouve bien que la région entière appartenait de droit à l'état d'israel
merci de votre travail

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