Modiin ou la vaillante épopée des Maccabi

Les vestiges de cette ancienne cité juive sont presque totalement détruits à la suite des différentes civilisations qui succédèrent aux Hasmonéens et vraisemblablement aussi suite à un tremblement de terre. Les plus emblématiques d’entre eux restent sans conteste les tombes des Maccabi, (dont celle de Juda, héros de Hanouka - fête des Lumières) qui reconsacrèrent le Temple de Jérusalem après sa souillure par les Grecs. Chaque année pour célébrer cette commémoration, une torche est allumée à Modiin et transportée jusqu’à la Capitale. Modiin incarne le symbole de la résistance hébreu contre les Grecs Séleucides au deuxième siècle avant l’ère vulgaire.

Sise sur la ligne de démarcation d’avec la Jordanie durant la guerre d’Indépendance, Modiin, ville antique d’Israël, est citée dans le Livre des Hasmonéens et dans la Mishna. Signifiant en hébreu ‘’information’’ peut-être en raison de son exposition privilégiée, Modiin se situe à la lisière des contreforts rocailleux et pentus des Monts de Judée, entre Lod et Bet Shemesh, à mi-chemin entre la plaine côtière à l’ouest et les montagnes de Jérusalem à l’est. Au nord, se trouve la Samarie et au sud les basses-terres fertiles de Shféla. Cet emplacement de choix conféra à la ville un rôle important de passage entre la côte et la route de Jérusalem, d’abord à l’époque du deuxième Temple, plus tard sous l’empire romain et sous les Croisés.Les hauteurs de Modiin, environ 300 mètres au-dessus du niveau de la mer, offrent une magnifique vue panoramique de la côte. Ainsi, dès l’Antiquité ce site fut choisi comme poste d’observation d’une grande importance stratégique pour défendre des envahisseurs venus de la mer la population vivant dans les montagnes à l’intérieur des terres. Les plus anciens vestiges de Modiin en tant que cité antique datent de la préhistoire, entre –3150 à –2200 ans avant l’ère vulgaire, c’est-à-dire l’ère du bronze, celle des Cananéen. On suppose également qu’il existe des traces d’implantations remontant à l’Empire perse. En fait, Modiin compte trois couches archéologiques distinctes : la première datant de l’époque hellénistique comprenant les constructions initiales de la ville, et les deux autres remontant à l’époque romaine où des poteries en craie et en pierre ont été découvertes. Au temps biblique, la tribu de Dan occupa entre autre cette portion du pays. Le retour du premier exil de Babel amena une nouvelle vague de Juifs à s’installer à Modiin.

Symbole de l’héroïsme juif et fierté historique
Indissociable de la fête de Hanouka et des Maccabi, la région de Modiin propose aux visiteurs venus la découvrir en remontant le temps de riches restes architecturaux de la période juive tardive du 8e et 7e siècle avant J.-C., comme d’anciens bains rituels juifs (mikvé) et romains, les restes d’une synagogue datant du premier siècle avant l’ère vulgaire, différents objets de céramique datant de l’âge de Fer, c’est-à-dire de l’époque des premiers rois d’Israël, des pièces de monnaies et des tombeaux du temps des Hasmonéens. Il existe aussi des restes de tombes de l’époque hellénistique.

Dès le 19e siècle, la région de Modiin est considérée comme un site archéologique important. A cette époque, des archéologues français et britanniques, financés par le Fond d'Exploration de la Palestine, décident de rechercher la tombe des Maccabées. Guérin, un savant français, commence par chercher Modi'in sur le lieu actuel de Latrun et de Tel Guézer. En vain. Il réoriente ses prospections vers El-Midia. Là, Guérin trouve dans une grotte funéraire 20 sarcophages portant des noms hébraïques. Sur l'un d'entre eux figure le mot « hasmonai » (hasmonéen en hébreu). Il croit alors découvrir ceux des Maccabées qui pourtant n'auraient dû être que sept. Poursuivant ses fouilles, l’explorateur français repère 7 nouveaux tombeaux de taille et de magnificence remarquable. Pour les archéologues, il est clair aujourd'hui que Guérin et son équipe ont bien trouvé les réelles tombes des Maccabées. Selon le géographe Zohar Baram et l'archéologue Zvi Eilon, la taille et l'orientation des ruines ont permis d'authentifier ces sépultures correspondant aux descriptions données par Flavius Joseph. Les professeurs Michael Avi Yona et Gibson qui font autorité en matière d'archéologie, confirment aussi que l’actuel Modiin coïncide bien avec le site découvert par Guérin.

Les vestiges antiques permettent aux touristes de visualiser physiquement à quoi ressemblait la communauté hébreue du temps du second Temple. Leur importance nous permet de mieux comprendre la société et la culture du peuple juif. Berceau et patrie des Maccabi famille à l’origine de la dynastie hasmonéenne des Rois de Judée qui régnèrent jusqu’au temps de Hérod, elle y vit naître également Rabbi Eliézer grand pontife de la 2e guerre des Juifs dont l’effigie figure sur les pièces de monnaie de cette époque, proche parent de Bar Korba (nom messianique signifiant ‘’Fils de l’Etoile’’) chef de la seconde révolte juive de 132 à 135 de l’ère vulgaire contre Rome. Modiin symbolise le courage, la bravoure et l’honneur de tout un peuple luttant pour son indépendance, sa foi et son identité propre et résistant à l’assimilation forcée. Les documents trouvés à Qumran en 1951 en témoignent ainsi que les vestiges archéologiques mis à jour tels que des puits de 6 mètres de fond servant à récolter les pluies d’hiver, des tunnels et des caves utilisés lors de la révolte de Bar Korba deux siècles avant l’ère vulgaire, contre la loi romaine en Judée. En 167 avant J.-C., le prêtre Mattathias l’Hasmonéen, père de cette illustre famille juive et de ses descendants donna le signal de la première révolte contre Antiochos IV Epiphane (175 – 164 avant J.-C.). Lors de cette célèbre insurrection deux siècle avant l’ère vulgaire, bien que les rebelles fussent forcés de quitter le village de Modiin, ils purent tout de même y enterrer leurs morts. Simon fils de Mattathias, y construisit un magnifique mausolée paré de sept pyramides et de hautes colonnes sculptées visibles depuis la mer. En 168 avant J.-C., son frère Juda, succédant à son père, guida militairement la révolte contre la Syrie pour venir en aide aux Juifs de Galilée et défit Antiochos V. Il reconquit Jérusalem et son Temple en – 164 et obtient pour les Juifs la liberté religieuse mais non l’indépendance. Ce n’est que du temps de son jeune frère Jonathan, grand prêtre assassiné en 143 avant J.-C., que Modiin passa sous contrôle juif. En 142 avant J.-C., Simon assassiné à son tour en 134 avant J.-C., obtint l’indépendance de la Judée. Enfin, c’est encore là que ses 2 fils campèrent avant la bataille de Kidron aux portes de Jérusalem.

Ainsi, les visiteurs peuvent admirer les traces des civilisations successives qui se développèrent à Modiin et ses environs : des installations agricoles, un four à pain, une presse à vin datant de l’époque grecque, une presse à olive de l’époque romaine, ainsi que des grottes, certaines funéraires et d’autres vraisemblablement habitées par les premiers Chrétiens. Parmi les autres ruines du site, on trouve les vestiges d’une ferme de l’époque byzantine comprenant un sol en mosaïque et une carrière adjacente.
Au 12e siècle, lors de la conquête croisée en Terre Sainte les Chevaliers construisirent à Modiin une tour de guet au sommet
des ruines d’un bâtiment hasmonéen, d’où ils récupérèrent de larges pierres sculptées du temps des Maccabi.

Site naturel et ville nouvelle
Pour les ornithologues amateurs, Modiin est un endroit privilégié pour l’observation de plus de 75 espèces de volatiles et pour celle de la migration des oiseaux, surtout au printemps et en été : rapaces, cigognes, pélicans, colombes, corbeaux, moineaux et grues. Au nombre des 27 sortes d’oiseaux vivant en permanence à Modiin, on peut compter le Boulboul, la fauvette, la perdrix, la grive, la chouette, le chardonneret, la crécerelle, le merle et le pluvier. En hiver, parmi les 19 espèces de cette saison, on note la présence du rouge-gorge, du pinson, de la bergeronnette, du colvert, du canard, de la buse et de l’aigle royal. Une richesse naturelle inestimable dont Israël peut s’enorgueillir.Quant aux amateurs de botanique, ils peuvent admirer plus de 50 familles de plantes différentes. Parmi les espèces sylvestres, on trouve : cyprès, pin, amandier, figuier, caroubier, sabra, dattier, grenadier et olivier. Pour les fleurs, on peut contempler le crocus, le cyclamen, le narcisse, l’anémone, l’iris, le coquelicot, le bouton d’or et le chardon.On trouve également de l’avoine, de l’orge, du fenouil, de la moutarde, de l’aneth, de la chicorée.
Dans les années 50 germa l’idée de rebâtir à Modiin, alors terrain militaire, une ville moderne. Lorsque le Ministère de l’Intérieur planifia le projet, Moshé Dayan en personne soutint l’idée. Dans les années 70, la perspective de la ligne verte réactualisa le projet. Les nouveaux premiers habitants s’y installèrent en 1996. Aujourd’hui, en pleine expansion, la ville compte 30.000 citadins. Avec son environnement privilégié, ses nombreux jardins et promenades, entourée de champs et de forêts, elle offre un des cadres de vie les plus appréciés d’Israël et son développement est montré comme exemple. A mi-chemin entre les 2 grandes métropoles du pays, Jérusalem et Tel-Aviv, Modiin en est leur axe essentiel.En fait, tout au long de l’Histoire, de la conquête du pays par les Hébreux en passant par l’époque de la Michna et du Talmud, des Byzantins ou des Ottomans au Moyen-Age, Modiin n’a jamais cessée d’être une citée habitée par des Juifs. C’est pendant la guerre d’Indépendance que Modiin a été reconquise par les combattants d’un régiment du Palmah. Durant 5000 ans, du 4e millénaire avant J.-C. au 19e siècle de l’ère vulgaire, Modiin a accumulé les vestiges archéologiques comme autant de trésors locaux historiques. Lieu antique israélien remis au goût du jour, Modiin, ville du futur, allie passé et présent. Sur les ruines de son épopée héroïque, elle renaît de ses cendres pour devenir une citée moderne fière de son patrimoine.
 


Israel Magazine / Noémie Grynberg 2002

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