Hollywood et les Juifs : moteur, ça tourne !

L’histoire de l’industrie cinématographique hollywoodienne est une histoire juive. Les fameux studios de cinéma MGM, Warner Bros ou Twentieth Century Fox ont été créés par des Juifs immigrés d’Europe de l’Est. Les frères Warner, Samuel Goldwyn, Louis B. Mayer ou encore Adolphe Zukor sont à l’origine des quatre plus grandes majors américaines.

Au début du 20e siècle, alors que l’industrie du cinéma est en pleine expansion, de jeunes Juifs immigrés ambitieux perçoivent vite les lacunes criantes du marché des loisirs et sont prêts à prendre des risques. Ils voient grand. Indépendamment, chacun devient propriétaire de studios de cinéma. Les nouveaux patrons juifs d’Hollywood deviennent si puissants qu’ils ont le pouvoir de faire ou défaire les carrières.

 

La Warner Brothers
La Warner Bros. Pictures Inc, fait partie des pionniers de l’industrie cinématographique. Elle est fondée en 1903 par quatre frères originaires de Pologne : Harold (l’aîné, 1881–1958), Jack (1892–1978), Albert (1883–1967) et Sam (1884–1927) Warner. L’entreprise prospère d’abord dans l’exploitation de salles de cinéma. En 1912, les frères décident de produire un film eux-mêmes. Sam devient le directeur technique du studio, Albert se charge de la distribution, Harry prend en main les finances et Jack la production.
Les studios sont créés en 1923. En 1925, la Warner Bros. Pictures Inc. est leader dans le business des films muets. La même année, elle rachète la Vitaphone Company détentrice de l’invention de la synchronisation son-image. En 1927, Warner est la première à se lancer dans la nouvelle aventure du parlant. Avec Le chanteur de jazz dont l’acteur principal Al Jolson est également juif, la Warner révolutionne l’industrie du cinéma. En rachetant en 1929 la société First National Pictures, la Warner contrôle 250 salles de cinéma qui garantissent la diffusion de ses films. Le studio se spécialise dans les films d’aventures comme Robin des Bois (1938) et les films policiers avec les vedettes de l’époque comme Humphrey Bogart (le Faucon maltais). Dans le même temps, Warner se diversifie, se lançant dans le dessin animé. Il accueille entre autre dans ses studios le génial Tex Avery et son univers de personnages délirants.
Les studios Warner continuent d’être parmi les leaders d’Hollywood jusque dans les années 1960.

 

Paramount
Né en Hongrie, Adolph Zukor (1873–1976) découvre le cinéma à 20 ans. Il commence par distribuer quelques films. Il s’aperçoit rapidement du manque de longs métrages de qualité. Il se tourne alors vers la production. Avec Daniel Frohman, ami juif producteur de spectacles, il ouvre un studio de production : Famous Players. Leur but est d’amener des acteurs de théâtre célèbres à se tourner vers le septième art balbutiant. Ils produisent des classiques comme Le Comte de Monte Christo.
En 1917, Zukor rassemble d’autres maisons de production naissantes et fonde Paramount Pictures. Ces studios inventent l’industrie cinématographique en assurant au sein d’une même compagnie la production, la réalisation et la distribution des films. Zukor qui brille dans tous ces domaines, assure lui-même la présidence de la société, une des plus grandes du monde. Mais Zukor n’oublie pas ce qu’il est : il s’investit dans la bienfaisance juive.

 

Twentieth Century Fox
Le producteur William (Fuchs) Fox (1879–1952), lui aussi originaire de Hongrie, entre en 1904 dans la profession en achetant son premier théâtre. Il y installe un projecteur de cinéma. Fox étend son circuit de salles aux Etats-Unis. Cela le mène en 1915 à la présidence de Fox Film et Fox Theater Corporations. Insatisfait de la qualité des films distribués, il commence à tourner ses propres longs métrages dans une grange qu’il loue. En 1917, il construit des studios à Hollywood et dans les années 1920 produit des films à succès. En 1935, la 20th naît de la fusion de Fox Film et de Twentieth Century Pictures fondée en 1933 par Joseph Schenck (1878-1961) autre Juif originaire de Russie, ancien président de United Artists.

 

La M.G.M.
En 1913, Samuel Goldfish (1882–1974), d’origine polonaise, rentre dans l’industrie du cinéma alors qu’il est gantier. Son premier long-métrage, Le mari de l’Indienne, est un succès immédiat. Deux ans plus tard, il s’associe avec Edgar et Archibald Selwyn pour créer la Goldwyn Pictures Corporation, (formé de la 1e syllabe de Goldfish et de la dernière de Selwyn). Samuel Goldfish finit par adopter ce nom (un peu plus chic et un peu moins juif). La période spectaculaire de sa carrière s’ouvre quand en 1923 il commence à faire des films indépendants. Un an plus tard, il fusionne avec Mayer et Metro pour devenir les fameux grands studios de cinéma Metro Goldwyn Mayer (M.G.M.). Samuel Goldfish dote ses films de son talent et de son imagination propres, reflets de sa marque personnelle. Il introduit et produit beaucoup d’acteurs populaires. Il engage également des écrivains et scénaristes renommés. Grand producteur, Goldwyn devient une légende dans l’industrie du cinéma. Il consacre ses profits à la Fondation Samuel Goldwyn qui aide les causes philanthropiques et éducatives.

De son côté, originaire de Biélorussie, Louis Burt Mayer (1885–1957) commence sa carrière en achetant en 1907 un théâtre burlesque dans l’Etat du Massachusetts. Il y projette des films. Bientôt, il achète tous les théâtres de la ville de Haverhill. Il s’établit à Los Angeles en 1916. Grâce aux salles de cinéma, il devient rapidement exploitant, distributeur et enfin producteur avec son entreprise, la Louis B. Mayer Pictures Corporation. Il fusionne sa société avec la M.G.M. en 1924. Louis B. Mayer est nommé vice-président et devient directeur de la production jusqu’en 1951. Son aptitude à sentir le goût du public assure à la M.G.M. un énorme succès. Il cumule les réussites : la Grande Parade en 1925 ou Grand Hôtel en 1932. Mayer est un grand défenseur du ‘’star system’’. Il découvre et soutient des vedettes comme Greta Garbo, Joan Crawford et Clark Gable, ou des enfants comme Mickey Rooney, Judy Garland et Elizabeth Taylor qui feront plus tard les carrières que l’on sait.
Dans le milieu, Louis Mayer est appelé “le Tout-Puissant”. La M.G.M. est connue sous le nom de ‘’Mayer Gunsa Mishpocha’’ (Mayer pour toute la famille, en yiddish) parce que l’homme avait tendance à y employer ses parents !

A la M.G.M., tous les responsables du studio sont juifs comme le directeur Marcus Loew ou le responsable de la production Irving Thalberg.
Marcus Loew (1872–1927), commence sa carrière dans le cinéma en projetant des films dans des salles louées. En 1919, il achète Metro Pictures Inc. et en 1924 acquiert Goldwyn Pictures. Puis Marcus Loew est nommé président des studios Metro-Goldwyn-Mayer et sa compagnie Loew’s Inc. devient une des plus grandes chaînes de cinéma aux Etats Unis.
Pour sa part, Irving Grant Thalberg (1899–1936) rejoint Universal Pictures juste après avoir fini ses études. Il devient directeur général des studios à 24 ans, lorsqu’il produit Le bossu de Notre Dame (1923). Un an plus tard, il devient le bras droit de Louis B. Mayer et peu après l’avènement de la Metro-Goldwyn-Mayer, devient le producteur en chef de la compagnie. C’est à lui que l’on doit la première version de Ben-Hur (muet) en 1926. Thalberg guide la M.G.M. dans sa transition du muet au parlant, pulvérisant les records du box office avec la première comédie musicale Broadway Melody (1929). Il est responsable des plus célèbres films de son temps, comme Les révoltés du Bounty (1935) ainsi que de plusieurs comédies des Marx Brothers (comiques juifs).

La M.G.M. contribue à l’âge d’or du cinéma américain. Les plus grands y travaillent : Leslie Caron, Cyd Charisse, Ava Gardner, Laurence Olivier, Alfred Hitchcock. La M.G.M. sera le véritable symbole de l’hégémonie cinématographique américaine et de l’industrie du spectacle.

 

Quant à David Oliver Selznick (1902–1965), il ne crée pas de major mais devient un des plus grands et plus renommés producteurs d’Hollywood. Il commence d’abord comme assistant de production sur des Westerns aux studios M.G.M. Rapidement, il se hisse au premier rang des producteurs d’Hollywood. Il travaille pour Paramount et plus tard pour la société de production indépendante R.K.O. Il produit notamment King Kong. Revenant à la M.G.M. comme vice-président, il finance des succès importants comme Autant en emporte le vent (1939), le film le plus cher jamais réalisé à l’époque, Rebecca (1940), Une étoile est née (1954). David Selznick découvre et fabrique de nombreuses stars : Fred Astaire, Katharine Hepburn, Ingrid Bergman, Vivien Leigh. Au faîte de sa carrière, il est élu meilleur producteur 10 années consécutives. Mais son extrême méticulosité le conduit à d’innombrables disputes avec réalisateurs et acteurs. Certains refusent même de travailler avec lui.
De son côté, son frère Myron Selznick, devient l’un des agents les plus puissants d’Hollywood.

 

Emigrés fuyant la misère et les persécutions, ces visionnaires ont crée l’industrie du rêve. Avec talent et intelligence, ils ont eu l’intuition de percevoir le potentiel extraordinaire de ce nouveau média. Réinventant un monde imaginaire onirique et merveilleux, ils comblèrent les espoirs du public sur grand écran et firent de ce spectacle le véritable âge d’or du cinéma américain. Hollywood, une histoire juive en somme.